XA­VIER DU­POR­TET

À 27 ans, ce doc­teur en bio­lo­gie syn­thé­tique vient de créer Pha­geX, une bio­tech qui s’at­taque au mar­ché des an­ti­bio­tiques. Vice-pré­sident d’Osons la France, il a his­sé au ni­veau mon­dial le Hel­lo To­mor­row Chal­lenge.

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PAR PERRINE CREQUY @Per­ri­neC­re­quy

À 27 ans, ce doc­teur en bio­lo­gie syn­thé­tique lance une bio­tech qui s’at­taque au mar­ché des an­ti­bio­tiques.

Il se lève chaque ma­tin pour chan­ger le monde. Une vaste mis­sion que Xa­vier Du­por­tet mène l’oeil ri­vé au mi­cro­scope. À 27 ans, ce doc­teur en bio­lo­gie syn­thé­tique, for­mé au MIT de Bos­ton et à l’In­ria, dé­ve­loppe Pha­geX, une bio­tech qui veut ré­vo­lu­tion­ner le mar­ché des an­ti­bio­tiques. « La ré­sis­tance aux an­ti­bio­tiques cau­se­ra 10 mil­lions de morts dans le monde à l’ho­ri­zon 2050, soit plus que le can­cer. Pour lutter contre ce fléau, nous tra­vaillons à mettre au point un an­ti­bio­tique in­tel­li­gent : un genre de petit ro­bot mo­lé­cu­laire, ca­pable de sé­quen­cer le gé­nome de la bac­té­rie pour la dé­truire ou blo­quer l’ex­pres­sion de cer­tains com­por­te­ments. Nous vou­lons être les ti­reurs d’élite de la mi­cro­bio­lo­gie, là où les an­ti­bio­tiques ac­tuels sont des bombes nu­cléaires qui éra­diquent toutes les bac­té­ries pré­sentes dans le corps, y com­pris celles qui sont utiles », vul­ga­rise le cher­cheur-en­tre­pre­neur. Sa tech­no­lo­gie de syn­thé­ti­sa­tion d’ADN cible des en­ne­mis pré­cis, comme le sta­phy­lo­coque do­ré. « Nous sa­vons au­jourd’hui que cer­taines bac­té­ries jouent un rôle pré­pon­dé­rant dans la ra­pi­di­té de crois­sance d’une tu­meur, et aus­si dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’au­tisme chez l’en­fant. Les ap­pli­ca­tions de notre ou­til sont donc nom­breuses. Nous pou­vons aus­si ai­der les in­dus­triels de la cos­mé­tique à mettre au point des trai­te­ments an­ti-ac­né et des dé­odo­rants na­tu­rels. » Xa­vier Du­por­tet am­bi­tionne de mettre sur le mar­ché son pre­mier an­ti­bio­tique dans huit ans. Lau­réat du Concours mon­dial de l’in­no­va­tion en 2013, il a ob­te­nu une bourse de 200000 eu­ros. De quoi em­bau­cher les deux pre­miers cher­cheurs sa­la­riés de Pha­geX. « Xa­vier est très dé­ter­mi­né. Il est ca­pable de faire avan­cer plu­sieurs choses de front, et il a une ai­sance à mo­ti­ver ses équipes. Il sait très bien s’en­tou­rer », sou­ligne Da­vid Bi­kar, di­rec­teur du la­bo­ra­toire de bio­lo­gie de syn­thèse à l’Ins­ti­tut Pas­teur et as­so­cié co­fon­da­teur de Pha­geX. Au cours du pre­mier tri­mestre, Xa­vier Du­por­tet ira ren­con­trer des in­ves­tis­seurs dans le but de le­ver 1 à 1,5 mil­lion d’eu­ros. « Dé­ve­lop­per un mé­di­ca­ment est long, coû­teux et ris­qué. Les in­ves­tis­seurs dans les bio­tech­no­lo­gies ont un cô­té phi­lan­thrope », plai­sante l’en­tre­pre­neur, char­meur et dé­con­trac­té. Pré­coce et doué, il est en­tré en classes pré­pa­ra­toires à Jan­son-de-Sailly, à l’âge de 16 ans. À 24 ans, il créait sa pre­mière en­tre­prise, Omeecs, qui s’est éteinte en 2011 après huit mois d’ac­ti­vi­té. « Avec un ami, nous vou­lions dé­ve­lop­per l’ac­ti­vi­té au­tour d’une mo­lé­cule an­ti­fon­gique, que j’avais dé­cou­verte et bre­ve­tée en 2009, lors d’un se­mestre à l’uni­ver­si­té de Au­ck­land, en Nouvelle-Zé­lande. Mais un concur­rent a ra­che­té cette tech­no­lo­gie. L’ex­pé­rience a été dou­lou­reuse mais utile : sans cet échec, je n’au­rais ja­mais fait ma thèse. » Un tra­vail qu’il a sou­te­nu de­vant un ju­ry en no­vembre der­nier. Quelques mi­nutes avant sa pré­sen­ta­tion, il a re­çu la vi­site de Clau­die Hai­gne­ré, l’an­cienne mi­nistre de la Re­cherche, et as­tro­naute : « Xa­vier m’a éton­née par sa dé­con­trac­tion dans ce mo­ment im­por­tant. Il est en­thou­siaste et cha­ris­ma­tique, tou­jours joyeux et pé­tillant. J’ai croi­sé beau­coup de gens au par­cours peu or­di­naire, mais lui se dis­tingue par sa foi dans le pro­grès et sa ca­pa­ci­té à faire équipe. » Au­jourd’hui pré­si­dente d’Uni­ver- science, elle ac­cueille dans les murs de la Ci­té des sciences et de l’industrie la fi­nale du Hel­lo To­mor­row Chal­lenge. Xa­vier Du­por­tet a im­pul­sé ce concours de créa­tion d’en­tre­prises tech­no­lo­giques, ou­vert cette an­née à des par­ti­ci­pants du monde en­tier, dou­blé de confé­rences ras­sem­blant le gra­tin de l’éco­sys­tème de l’en­tre­pre­neu­riat tech­no­lo­gique. La pré­cé­dente édi­tion a réuni « 1500 can­di­dats eu­ro­péens dont 40% de femmes », et les dé­bats ont ras­sem­blé des poin­tures de toutes dis­ci­plines, en­tre­pre­neurs, cher­cheurs et in­ves­tis­seurs. « Xa­vier est pro­mis à un bel ave­nir. Or­ga­ni­sa­teur d’évé­ne­ments ef­fi­cace, me­neur, il est aus­si un cher­cheur brillant, dans un do­maine qui compte peu de spé­cia­listes au monde. Il était dé­jà re­con­nu aux États-Unis quand je l’ai ren­con­tré au MIT où j’en­sei­gnais », se sou­vient Joël de Ros­nay, scien­ti­fique, pré­sident exé­cu­tif de Bio­tics In­ter­na­tio­nal et conseiller de la pré­si­dente d’Uni­vers­cience. Même s’il a dé­jà re­çu des di­zaines de dis­tinc­tions scien­ti­fiques comme en­tre­pre­neu­riales, Xa­vier Du­por­tet se montre mo­deste, es­ti­mant que « bien des cher­cheurs sont plus ta­len­tueux » que lui, et consi­dé­rant que dans son par­cours, « tout reste à faire ». « Xa­vier est presque trop humble. Il mé­ri­te­rait de se mettre da­van­tage en avant », confie Ro­main La­vault, Ge­ne­ral Partner chez Par­tech Ven­tures. « Il est créa­tif, in­sou­ciant et n’a pas froid aux yeux. C’est avec la même sim­pli­ci­té qu’il dia­logue avec les jeunes cher­cheurs can­di­dats au Hel­lo To­mor­row Chal­lenge, qu’il par­tage des ré­flexions avec des gens de 20 ans ses aî­nés, et qu’il dîne à la table du mi­nistre de l’Éco­no­mie, Em­ma­nuel Ma­cron. » La se­maine pro­chaine, Xa­vier Du­por­tet s’en­vo­le­ra pour le Chili, où il doit in­ter­ve­nir au Con­grès du fu­tur, or­ga­ni­sé à Santiago par le Sé­nat chi­lien. Il par­tage l’af­fiche de l’évé­ne­ment avec l’éco­no­miste Tho­mas Pi­ket­ty, Fran­ces­co Sta­race, ad­mi­nis­tra­teur dé­lé­gué de l’éner­gé­ti­cien ita­lien Enel, ou en­core l’es­sayiste Jé­ré­my Rif­kin. Il s’in­ves­tit aus­si sur la scène na­tio­nale, en tant que vice-pré­sident du fo­rum Osons la France, de­puis mars der­nier. Aude de Thuin, pré­si­dente fon­da­trice d’Osons la France, voit en lui un « bâ­tis­seur de de­main » :« Xa­vier a une acui­té, une per­cep­tion fine des choses. Il écoute avec at­ten­tion, sans ja­mais prendre de notes, et ana­lyse tout en di­rect, si­len­cieu­se­ment. Il s’im­plique sur de nom­breux fronts, mais je ne doute pas qu’il sau­ra se pré­ser­ver du risque de dis­per­sion. » An­cien com­pé­ti­teur en ski, Xa­vier Du­por­tet sait res­ter concen­tré sur son ob­jec­tif. Et quand il s’ac­corde un ins­tant de rê­ve­rie, c’est pour ob­ser­ver l’ac­ti­vi­té de la four­mi­lière qu’il a ins­tal­lée à l’Ins­ti­tut Pas­teur, où Pha­geX est in­cu­bée. Cette pas­sion pour les co­lo­nies d’in­sectes lui est ve­nue à l’âge de 12 ans, lors d’un stage dans un la­bo­ra­toire. C’est alors qu’il a at­tra­pé le vi­rus de la paillasse, qu’il s’ef­force au­jourd’hui de pro­pa­ger au-de­là de toutes fron­tières.

Zone d’in­fluence : #Bio­tech, #Eco­sys­tème, #Créa­tion d’en­tre­prise, #Re­cherche

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