« L’ÉCO­NO­MIE, C’EST LA RÉ­GION! »

À la veille du dé­bat par­le­men­taire sur les com­pé­tences de la Ré­gion Île-de-France et de la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris, Jean-Paul Hu­chon af­firme ré­so­lu­ment que le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique in­cluant l’aide aux en­tre­prises est ex­clu­si­ve­ment du res­sort de la col

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JEAN PIERRE GONGUET

af­firme avec convic­tion Jean-Paul Hu­chon, pré­sident de la Ré­gion Île-de-France. En­tre­tien ex­clu­sif.

LA TRI­BUNE – En 2016, la pre­mière ré­gion éco­no­mique d’Eu­rope, l’Île-de-France, au­ra en son sein l’une des deux plus grandes métropoles d’Eu­rope, celle du Grand Pa­ris. Pen­sez-vous que le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, dont l’aide aux en­tre­prises et à la créa­tion d’en­tre­prises, puisse être une com­pé­tence par­ta­gée entre les deux col­lec­ti­vi­tés ? JEAN-PAUL HU­CHON – Le point es­sen­tiel de la loi Notre (1), c’est la fin de la clause de com­pé­tence gé­né­rale. En­suite dans la ré­par­ti­tion des com­pé­tences, celle sur le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique avec l’aide aux en­tre­prises nous échoit. C’est clair, le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, c’est la Ré­gion! Je sais que nous sommes dans une si­tua­tion un peu par­ti­cu­lière, vu les poids res­pec­tifs de la Ré­gion Île-de-France et de la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris et qu’il existe au sein de la Ré­gion cette zone cen­trale avec des pro­blé­ma­tiques par­ti­cu­lières. Que nous ayons cette com­pé­tence, ne veut bien sûr pas dire que la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris ne pour­ra pas, elle aus­si, un jour, dans quelques an­nées, se do­ter d’un sché­ma de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. Mais ce sché­ma de­vra être com­pa­tible avec ce­lui de la Ré­gion. Il faut bien com­prendre que la Mé­tro­pole se­ra une in­ter­com­mu­na­li­té. La Ré­gion au­ra donc avec elle exac­te­ment le même rap­port qu’elle a, ac­tuel­le­ment, avec les autres in­ter­com­mu­na­li­tés de l’Îlede-France, Grand Pa­ris Seine Ouest, Plaine Com­mune ou Est En­semble…

N’y au­rait-il pas pour­tant une lo­gique à ce que la Mé­tro­pole puisse par­ta­ger avec vous des com­pé­tences stra­té­giques comme le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, voire les transports? Je vais être très at­ten­tif à la ma­nière dont le gou­ver­ne­ment va ré­écrire l’ar­ticle 12 qui va dé­fi­nir le sta­tut et les com­pé­tences de la Mé­tro­pole. Il n’y a au­cune rai­son qu’il ne le fasse pas dans le sens du texte que nous avons adres­sé à Pa­ris Mé­tro­pole et qui convient à plus de 90% des élus. Si c’est le cas, ce­la me va très bien. Je suis même content de ce qu’a fait le Sé­nat qui a confir­mé en Com­mis­sion en écri­vant que le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique était de la com­pé­tence des seules Ré­gions. Je sais bien que beau­coup ont en­core en­vie de tout ré­écrire et que, cer­tains à l’As­sem­blée na­tio­nale pour­raient avoir en­vie d’al­ler contre l’avis du Pre­mier mi­nistre et de 94% des élus concer­nés, mais il faut ar­rê­ter : nous res­tons dans le cadre de la loi Map­tam (2), les transports et le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique c’est la Ré­gion, pas la Mé­tro­pole. Nous avons vo­té des lois pour ce­la, l’aide aux en­tre­prises c’est nous! Et puis, vous connais­sez une struc­ture qui ait en­vie de gé­rer les mil­liards du bud­get de transports de l’Île-de-France? Et vous connais­sez une struc­ture qui connaît mieux les en­tre­prises que nous? Nous sommes les seuls à les connaître. La loi BPI, a été faite pour ce­la. D’ailleurs, je vous rap­pelle que 40% de l’ac­ti­vi­té na­tio­nale de la BPI [Bpi­france, ndlr] est faite avec la Ré­gion Île-de-France.

On note quand même une baisse du bud­get de la Ré­gion sur le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique pour 2015, avec 10 mil­lions d’in­ves­tis­se­ments en moins par rap­port à 2014. Est-ce le mo­ment, alors que la crois­sance fran­ci­lienne est à peine au ni­veau de la moyenne na­tio­nale?

Le bud­get 2014 avait été ex­cep­tion­nel­le­ment éle­vé pour do­ter un nou­veau fonds d’in­ves­tis­se­ment à des­ti­na­tion des en­tre­prises. Mais il faut se sor­tir de la tête que la Mé­tro­pole fonc­tion­ne­ra dès le 1er jan­vier 2016, elle ne fonc­tion­ne­ra réel­le­ment qu’en 2020 lorsque tous les trans­ferts de com­pé­tences, dont ce­lui du lo­ge­ment, se­ront ef­fec­tifs. La si­tua­tion est iden­tique en ce qui concerne le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique : il va bien fal­loir fi­nan­cer et in­ves­tir en 2016 et les an­nées sui­vantes. En 2020, la ques­tion se po­se­ra peut-être du rôle de la Mé­tro­pole, aux cô­tés de la Ré­gion, dans l’aide aux en­tre­prises.

Mais le Par­le­ment n’ar­rête pas d’ou­vrir des dé­bats à ce su­jet…

J’ai bien no­té ef­fec­ti­ve­ment que cer­tains autres dé­bats sont ou­verts. Pour par­ler clair, je ne suis pas spé­cia­le­ment de­man­deur que la Ré­gion ré­cu­père les col­lèges comme cer­tains le pro­posent. Mais j’avoue qu’il y au­rait une cer­taine lo­gique à ce que nous gé­rions les col­lèges, le ly­cée, l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur et la re­cherche. De même l’idée que nous puis­sions gé­rer les routes comme cer­tains le pro­posent éga­le­ment n’est pas to­ta­le­ment dé­nuée de fon­de­ments à par­tir du mo­ment où nous gé­rons les transports. Ce se­rait éga­le­ment co­hé­rent que nous fas­sions les deux. Mais je ré­pète que je ne suis pas de­man­deur, que je ne veux pas à tout prix in­té­grer 850 col­lèges et le per­son­nel qui va avec. Mais il y a une lo­gique. Le Sé­nat semble op­po­sé, l’As­sem­blée plu­tôt fa­vo­rable, on ver­ra…

Pour en re­ve­nir au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, ne se­rait-il pas en­fin temps de ra­tio­na­li­ser et de faire tra­vailler en­semble toutes ces agences qui, sur le même ter­ri­toire, se concur­rencent et ne parlent pas d’une même voix à l’in­ter­na­tio­nal? Nous avons fon­dé une Agence, Pa­ris Ré­gion En­tre­prises qui re­groupe tout le monde, la Ré­gion, les CCI, les départemen­ts. Tout le monde peut nous re­joindre.

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