Pour­quoi il faut dire « Mer­ci, Tsi­pras ! »

La Tribune Hebdomadaire - - VISIONS -

an­née eu­ro­péenne 2015 com­men­ce­ra le 25 jan­vier, avec les lé­gis­la­tives an­ti­ci­pées en Grèce. Cinq ans et quelques se­maines après la di­vine sur­prise de Pa­pan­dréou, an­non­çant un dé­fi­cit de 12% du PIB, re­voi­ci donc la ques­tion grecque au centre des dé­bats eu­ro­péens. Le texte des pro­ta­go­nistes de cette tra­gé­die a lé­gè­re­ment chan­gé. Fin 2009, les Grecs ont mi­sé à plein sur le risque de conta­gion. Sau­vez-nous, si­non le chaos s’abat­tra sur la zone eu­ro! di­sait le Pre­mier mi­nistre Pa­pan­dreou. An­ge­la Mer­kel fi­nit par cé­der, pré­ci­sé­ment pous­sée par cette me­nace. Au­jourd’hui, la chan­ce­lière reste droite dans ses bottes et as­sure que la sor­tie de la Grèce de la zone eu­ro est dé­sor­mais pos­sible… sans ef­fets col­la­té­raux. Même pas mal! dit-elle. Les Grecs, de leur cô­té, qui de­man­daient à l’époque de l’aide à cor et à cri, pré­tendent au­jourd’hui ne plus en avoir be­soin. Ils n’en­tendent pas plus qu’hier quit­ter la troupe, mais ils veulent re­trou­ver la maî­trise de leur par­ti­tion. Comme tou­jours au théâtre, tout le monde ment un peu. D’abord, per­sonne ne peut an­ti­ci­per avec cer­ti­tude la ré­ac­tion des in­ves­tis­seurs en cas de ré­in­tro­duc­tion de la drachme, l’an­cienne mon­naie du pays. Au-de­là d’un in­évi­table dé­faut grec, c’est tout le fonc­tion­ne­ment po­li­tique de l’Union eu­ro­péenne qui se­rait bou­le­ver­sé. Les ins­tincts ani­maux des mar­chés in­ter­disent d’ex­clure to­ta­le­ment un ac­cès que soit l’hy­po­thèse dans la­quelle on se place, les créan­ciers de la Grèce de­vront re­non­cer à une par­tie de leurs avoirs. Or, con­trai­re­ment à ce que pré­tendent nos ac­teurs, il n’y a pas deux, mais un seul che­min pos­sible. Ima­gi­nons en ef­fet que cha­cun campe sur ses po­si­tions : le pro­chain gou­ver­ne­ment grec s’écarte du plan de route des­si­né par la Com­mis­sion et le FMI, sans l’au­to­ri­sa­tion de la troï­ka; ne fait donc pas face à ses pro­chaines échéances de rem­bour­se­ment; et fi­na­le­ment, lit­té­ra­le­ment pri­vé de mon­naie, dé­cide d’en créer une, la nouvelle drachme. Le dé­faut est alors in­évi­table. Or, 75% de la dette grecque est dé­sor­mais entre les mains des pays eu­ro­péens et du FMI. Au­tre­ment dit, c’est l’en­semble de la zone eu­ro qui s’ap­pau­vrit. À cô­té de cette so­lu­tion, le che­min es­quis­sé par le lea­der de Sy­ri­sa, l’ex­trême gauche grecque, Alexis Tsi­pras – mo­ra­toire, ré­duc­tion de la va­leur no­mi­nale des obli­ga­tions et du pro­gramme éco­no­mique pres­crit par la troï­ka –, ap­pa­raît plu­tôt comme un moindre mal, pour tout le monde. Pour les créan­ciers, un dé­faut par­tiel et né­go­cié est tou­jours pré­fé­rable à un dé­faut sau­vage. Pour le dé­bi­teur, l’op­tion nu­cléaire – le nou­veau drachme – s’ap­pa­rente à un sui­cide po­li­tique. Le re­trait des bailleurs de fonds in­ter­na­tio­naux, les dif­fi­cul­tés d’ac­cès au mar­ché, la pro­bable in­fla­tion portent la pro­messe d’un dé­sastre éco­no­mique et d’un chaos mo­né­taire fa­çon Ar­gen­tine. Le pays se­rait en­traî­né dans une spi­rale po­pu­liste où l’ex­trême gauche pour­rait ra­pi­de­ment être dé­pas­sée par l’ex­trême droite. Ce qui se pré­pare à Athènes et à Bruxelles dans les pro­chaines se­maines n’est fi­na­le­ment rien d’autre que la re­prise par les contri­buables al­le­mands, fran­çais, néer­lan­dais, et autres, d’une par­tie du far­deau grec. Bien sûr, nous au­rions pu po­ser la ques­tion plus tôt. En 2010, ce­la au­rait été moins cher. Mais c’était tout sim­ple­ment po­li­ti­que­ment im­pos­sible. En po­li­tique aus­si, les re­grets sont sté­riles. En dé­fi­ni­tive, cette élec­tion est l’oc­ca­sion de re­po­ser la ques­tion res­tée ir­ré­so­lue et ta­boue, de­puis la créa­tion de l’union mo­né­taire : celle de la créa­tion d’une dette com­mune, co­rol­laire in­dis­pen­sable de la mon­naie com­mune, quoi­qu’in­ter­dite par le trai­té de Maas­tricht. Vingt-cinq ans après sa né­go­cia­tion, il était temps. Mer­ci, les Grecs!

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