FI­NAN­CER DES PRO­JETS D’AVE­NIR

Dans cet en­tre­tien ex­clu­sif ac­cor­dé à La Tri­bune, Odile Re­naud-Bas­so pré­cise le rôle de cette ins­ti­tu­tion dans le fi­nan­ce­ment des In­ves­tis­se­ments d’ave­nir. Elle re­vient sur le choix des ap­pels à projet, sur le mode opé­ra­toire du fi­nan­ce­ment et sur les obj

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

Se­lon Odile Re­naudBas­so, DGA de la CDC, un 3e Pro­gramme d’in­ves­tis­se­ments d’ave­nir se­rait utile pour fi­nan­cer des pro­jets por­teurs. En­tre­tien.

LA TRI­BUNE – Quel rôle joue le groupe Caisse des dé­pôts (CDC) dans le fi­nan­ce­ment du Pro­gramme d’in­ves­tis­se­ments d’ave­nir (PIA)?

ODILE RE­NAUD-BAS­SO – Le groupe CDC, en tant qu’opé­ra­teur de l’État, a un rôle ma­jeur. Neuf conven­tions de fi­nan­ce­ment avaient été si­gnées en 2010 lors du pre­mier Pro­gramme d’in­ves­tis­se­ments d’ave­nir (PIA). Ce nombre a été por­té à 36 dans le cadre du se­cond PIA avec la créa­tion de Bpi­france. Deuxième par­te­naire en termes de mon­tants gé­rés après l’Agence na­tio­nale de la re­cherche (ANR), nous sommes le prin­ci­pal par­te­naire du Com­mis­sa­riat gé­né­ral à l’in­ves­tis­se­ment (CGI) pour les In­ves­tis­se­ments d’ave­nir. Nous sommes un rouage im­por­tant dans le dé­ploie­ment de ce dis­po­si­tif qui, je le rap­pelle, doit per­mettre à la France de pré­pa­rer au mieux son des­tin.

Quelles sommes ont été pour l’ins­tant en­ga­gées par la Caisse des dé­pôts?

À cette date, nous pré­voyons d’as­su­rer la ges­tion de 13,8 mil­liards d’eu­ros. Sur cette somme, 8 mil­liards d’eu­ros ont d’ores et dé­jà été en­ga­gés dans le cadre du PIA 1, le fi­nan­ce­ment des pro­jets re­te­nus par le CGI dans le cadre du PIA 2 n’ayant pas en­core com­men­cé. Le co­fi­nan­ce­ment étant sys­té­ma­tique dans le cadre du PIA, l’ef­fet le­vier est au­jourd’hui es­ti­mé à plus de 19 mil­liards, ce qui est su­pé­rieur aux at­tentes du CGI.

Con­crè­te­ment, com­ment sont choi­sis les ap­pels à projet?

Dans une pre­mière phase, le CGI, qui dé­pend de Ma­ti­gnon, dresse une liste des grandes prio­ri­tés en­vi­sa­geables dans la re­cherche et l’in­no­va­tion. Ces pro­po­si­tions sont en­suite dé­bat­tues au ni­veau in­ter­mi­nis­té­riel. Puis, le Pre­mier mi­nistre tranche et sé­lec­tionne les orien­ta­tions re­te­nues. Vient en­suite le temps de la dé­fi­ni­tion des ca­hiers des charges avec les opé­ra­teurs pour le fi­nan­ce­ment des ap­pels à pro­jets, dont fait par­tie la Caisse des dé­pôts.

Com­bien de pro­jets le groupe CDC, en tant qu’opé­ra­teur du PIA, a-t-il fi­nan­cé?

Nous avons co­fi­nan­cé 23000 pro­jets qui re­couvrent des sec­teurs très dif­fé­rents dont le plus grand nombre, 19000, concerne une des ac­tions gé­rée par notre fi­liale Bpi­france vi­sant à faire émer­ger des fi­lières com­pé­ti­tives au ni­veau mon­dial.

Est-ce pos­sible que des ap­pels à projet n’ob­tiennent que peu de ré­ponses?

Il y a tou­jours des ré­ponses. Ce­pen­dant, il peut ar­ri­ver que cer­tains ap­pels à projet aient be­soin d’être adap­tés : en rai­son du mode de fi­nan­ce­ment pro­po­sé, cer­tains sont plus durs « à vendre » au­près des en­tre­prises, des col­lec­ti­vi­tés lo­cales, des banques et des as­so­cia­tions. Il est en gé­né­ral plus com­plexe d’in­ves­tir dans une en­tre­prise que d’ac­cor­der une sub­ven­tion.

Des ap­pels à projet peuvent-ils être mo­di­fiés?

Le ca­rac­tère in­no­vant de ce mode d’in­ves­tis­se­ment et sa sou­plesse per­mettent une adap­ta­tion des prio­ri­tés stra­té­giques en fonc­tion du contexte éco­no­mique. Donc oui, des re­dé­ploie­ments sont tou­jours pos­sibles. C’est no­tam­ment le cas lorsque les struc­tures de fi­nan­ce­ment pré­vues ini­tia­le­ment ne sont pas adap­tées au tis­su fi­nan­cier des ter­ri­toires.

La re­cherche scien­ti­fique et l’in­no­va­tion sont-elles tou­jours prio­ri­taires?

Avec le PIA 2, les ob­jec­tifs du gou­ver­ne­ment ont sen­si­ble­ment évo­lué. Aux six prio­ri­tés dé­fi­nies par la com­mis­sion Ro­card-Jup­pé lors de l’éla­bo­ra­tion du PIA s’est ain­si ajou­té le dé­ve­lop­pe­ment du­rable.

En fai­sant du dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire (ESS) une prio­ri­té, le PIA ne s’éloigne-t-il pas de ses mis­sions de base consis­tant à per­mettre à la France de faire un bond dans le do­maine du sa­voir scien­ti­fique?

Le PIA ne doit pas concer­ner seu­le­ment la re­cherche scien­ti­fique « dure »! L’ave­nir de notre éco­no­mie et plus lar­ge­ment de notre so­cié­té ne passe pas seu­le­ment par une aug­men­ta­tion des moyens fi­nan­ciers des la­bo­ra­toires scien­ti­fiques. Il faut éga­le­ment pa­rier sur les hommes. C’est par exemple la rai­son pour la­quelle la CDC a co­fi­nan­cé le dé­ve­lop­pe­ment de For­ma­graph, un or­ga­nisme de for­ma­tion aux arts gra­phiques im­plan­té à Be­san­çon. Ce projet est ex­tra­or­di­nai­re­ment utile puis­qu’il offre la pos­si­bi­li­té aux per­sonnes ayant du mal à lire et écrire de com­bler leurs la­cunes. En lut­tant contre l’illet­trisme, dont souffre 7% de la po­pu­la­tion fran­çaise se­lon l’Agence na­tio­nale contre l’illet­trisme, le PIA ne par­ti­cipe-t-il pas au re­dres­se­ment de la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises fran­çaises? Par ailleurs, il faut bien avoir à l’es­prit que l’in­no­va­tion est au centre de nom­breux pans de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire. Outre la for­ma­tion avec la créa­tion de nou­veaux lo­gi­ciels, l’ESS peut éga­le­ment concer­ner l’éco­no­mie cir­cu­laire, en lien avec le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, ou en­core la do­mo­tique. Mais la ques­tion pour­rait éga­le­ment se po­ser pour la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle en al­ter­nance. Nous la fi­nan­çons dans le cadre du PIA, car elle est un vé­ri­table le­vier pour notre éco­no­mie et elle peut pré­sen­ter un ca­rac­tère in­no­vant.

Com­ment co­fi­nan­cez-vous l’ESS?

Con­cer­nant l’ESS, nous n’ac­cor­dons pas de sub­ven­tions dans le cadre du PIA. C’est un chan­ge­ment cultu­rel pour les ac­teurs du sec­teur qui avaient l’ha­bi­tude de fi­nan­cer leur ac­ti­vi­té de cette ma­nière. Avec no­tam­ment France ac­tive et l’Adie, la Caisse des dé­pôts par­ti­cipe au fi­nan­ce­ment en fonds propres des pro­jets. À fin décembre 2014, ce sont près de 72 mil­lions d’eu­ros sur une en­ve­loppe ini­tiale de 100 mil­lions qui ont été en­ga­gés.

Quelle est votre ac­tion dans le nu­mé­rique?

Le nu­mé­rique est l’une des prio­ri­tés ma­jeures du PIA et de la Caisse des dé­pôts. Je pense au dé­ploie­ment des in­fra­struc­tures très haut dé­bit, via le Plan France THD, aux start-up sou­te­nues par le Fonds na­tio­nal pour la so­cié­té nu­mé­rique (FSN) et par la French Tech. La nu­mé­ri­sa­tion d’oeuvres ci­né­ma­to­gra­phiques et la mo­der­ni­sa­tion de la vie pu­blique que nous fi­nan­çons éga­le­ment montrent que notre champ d’in­ter­ven­tion est mul­tiple.

Pour­ra-t-on es­ti­mer l’ef­fet du PIA sur la crois­sance fran­çaise?

Un pre­mier bi­lan se­ra réa­li­sé en 2020, comme le pré­voit le CGI. Au-de­là des ef­fets sur l’ac­ti­vi­té et l’em­ploi, le PIA a of­fert la pos­si­bi­li­té à de nom­breux ac­teurs de tra­vailler en­semble. La mise en place de ces sy­ner­gies entre des ac­teurs pu­blics et pri­vés est une ex­cel­lente chose.

Ce dia­logue a-t-il été dif­fi­cile à mettre en place?

Vous sa­vez, la Caisse des dé­pôts a une vé­ri­table ex­pé­rience et une spé­ci­fi­ci­té dans le mon­tage de pro­jets com­plexes, à mul­tiples en­jeux et mul­tiples par­te­naires. La mise en place d’un nou­veau mode de fi­nan­ce­ment des pro­jets peut sus­ci­ter des sus­cep­ti­bi­li­tés. Par­fois la gou­ver­nance de cer­tains pro­jets est re­la­ti­ve­ment longue à mettre en place, mais elle abou­tit! Et c’est bien là la force du PIA et la va­leur ajou­tée de la CDC comme opé­ra­teur : al­ler au-de­là des cli­vages di­vers pour faire émer­ger un projet qui a du sens, éco­no­mi­que­ment et so­cia­le­ment!

Le PIA souffre d’un manque de no­to­rié­té au­près de l’opi­nion pu­blique. Est-ce éga­le­ment le cas de la Caisse des dé­pôts?

Comme le PIA, la Caisse des dé­pôts oeuvre dans un nombre très im­por­tant de sec­teurs. C’est la rai­son pour la­quelle, je pense, son image est peut-être par­fois un peu confuse dans l’es­prit du grand pu­blic. Pour­tant, elle ir­rigue l’éco­no­mie fran­çaise de­puis 1816. Le bi­cen­te­naire de la Caisse des dé­pôts, se­ra d’ailleurs l’oc­ca­sion de mieux nous faire connaître au­près des Fran­çais qui connaissen­t dé­jà la so­li­di­té de notre ins­ti­tu­tion et qui lui font confiance. Con­cer­nant notre coeur de cible que sont les ac­teurs ins­ti­tu­tion­nels, les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, les éta­blis­se­ments ban­caires, ils connaissen­t par­fai­te­ment nos ac­tions et nos ou­tils en ma­tière de fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie. C’est là l’es­sen­tiel.

Faut-il d’ores et dé­jà en­vi­sa­ger de pro­lon­ger le PIA 2 par un PIA 3?

Ce n’est pas à moi de dé­ci­der. Mais un PIA 3, en com­plé­ment des PIA 1 et 2, fe­rait sens car il y au­ra tou­jours à fi­nan­cer des pro­jets in­no­vants et por­teurs pour l’ave­nir éco­no­mique de notre pays!

© E. COUDERC/CAISSE DES DEPOTS 2013

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