QUEL AR­GENT POUR LES PME?

Se­lon Ma­rie-Claire Ca­po­bian­co, dans le mou­ve­ment en cours de dés­in­ter­mé­dia­tion, ac­cé­lé­ré par les nou­velles règles de Bâle III, « il faut vi­ser un équi­libre, peut-être un ra­tio 50% / 50% » . Le crowd­fun­ding « ne se­ra pas l’al­pha et l’omé­ga : il ne rem­place

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CH­RIS­TINE LEJOUX

Les banques res­te­ront « la » so­lu­tion pour les PME. En­tre­tien ex­clu­sif avec M.-C. Ca­po­bian­co (BNP Pa­ri­bas).

P. 11

LA TRI­BUNE – Com­ment com­po­sez­vous avec la nouvelle ré­gle­men­ta­tion de Bâle III, qui ré­duit la ca­pa­ci­té des banques à prê­ter ?

MA­RIE-CLAIRE CA­PO­BIAN­CO – Bâle III in­duit des contrainte­s fortes pour les éta­blis­se­ments ban­caires, mais les banques fran­çaises se sont or­ga­ni­sées pour gar­der leur to­tale ca­pa­ci­té à fi­nan­cer l’éco­no­mie, en ré­dui­sant la voi­lure dans d’autres mé­tiers et géo­gra­phies. BNP Pa­ri­bas est tout à fait en me­sure de ré­pondre aux de­mandes de cré­dit des en­tre­prises, d’au­tant plus que la hausse de nos dé­pôts (+3% à BNP Pa­ri­bas, au troi­sième tri­mestre 2014) nour­rit notre ca­pa­ci­té à prê­ter. Les chiffres sont d’ailleurs clairs : en France, les en­cours de cré­dits aux en­tre­prises af­fi­chaient fin oc­tobre une crois­sance de 2,6% sur douze mois, avec une pro­gres­sion de 3,2% pour les cré­dits d’in­ves­tis­se­ment et une hausse de 1,8% pour les cré­dits de tré­so­re­rie. Le vrai su­jet, c’est ce­lui de la fai­blesse de la de­mande de cré­dits. Cette de­mande fré­mit un peu par en­droits, mais nous ne dis­cer­nons pas de ten­dance ho­mo­gène.

Le jour où la de­mande de cré­dit re­par­ti­ra, n’au­rez-vous pas du mal à y ré­pondre?

En l’état, je ne crois pas, mais il ne fau­dra pas que les contrainte­s aug­mentent. La fi­nance fran­çaise est une force pour le fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie, elle l’a dé­mon­tré, no­tam­ment par rap­port à d’autres pays de la zone eu­ro. Elle doit être com­prise et ac­com­pa­gnée en tant que telle. Les banques, de leur cô­té, doivent faire des ef­forts de pé­da­go­gie, ex­pli­quer pré­ci­sé­ment à quoi elles servent, com­ment elles fonc­tionnent.

Les mar­chés vont jouer un rôle crois­sant dans le fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie fran­çaise, Bâle III oblige. Com­ment vous adap­tez-vous?

La dés­in­ter­mé­dia­tion du fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie est un phé­no­mène iné­luc­table. Au­jourd’hui, les banques contri­buent à hau­teur de 61% au fi­nan­ce­ment des en­tre­prises fran­çaises, le solde pro­ve­nant des mar­chés, alors que la pro­por­tion des cré­dits ban­caires était en­core de 70% en 2009. Il est donc im­por­tant que les en­tre­prises aient ac­cès aux mar­chés. À BNP Pa­ri­bas, nous pro­po­sons de plus en plus un mix entre fi­nan­ce­ment ban­caire et fi­nan­ce­ment par les mar­chés. D’où l’in­té­rêt d’être une banque uni­ver­selle, ca­pable de pro­po­ser aus­si bien des cré­dits que des pla­ce­ments pri­vés, comme les Eu­ro PP ou les Schuld­schein al­le­mands. Nous avons un rôle de conseil à jouer, en ex­pli­quant aux en­tre­prises qu’elles peuvent ac­cé­der, sur les mar­chés, à des fi­nan­ce­ments à des condi­tions très in­té­res­santes, rem­bour­sables au terme du contrat.

À terme, ce ré­équi­li­brage ne me­na­cet-il pas le rôle des banques ?

Je ne pense pas que nous ar­ri­ve­rons à la si­tua­tion amé­ri­caine [où les en­tre­prises tirent 70% de leur fi­nan­ce­ment des mar­chés et 30% du cré­dit ban­caire, ndlr]. Il faut vi­ser un équi­libre. Peut-être un ra­tio 50%/50% es­til la bonne so­lu­tion. Je suis convain­cue qu’il y au­ra tou­jours du fi­nan­ce­ment ban­caire, car les en­tre­prises ont be­soin, no­tam­ment en cas de si­tua­tion dif­fi­cile, de la re­la­tion de proxi­mi­té qu’elles en­tre­tiennent avec leur banque. Il est vrai qu’après les grandes en­tre­prises, les ETI com­mencent elles aus­si à re­cou­rir aux mar­chés, qui fi­nancent dé­sor­mais 20 % de leurs be­soins. En re­vanche, les PME conti­nuent à se fi­nan­cer qua­si in­té­gra­le­ment au­près des banques. Le fi­nan­ce­ment ban­caire res­te­ra vrai­sem­bla­ble­ment « la » so­lu­tion pour les PME, car ces en­tre­prises ne sont pas ou­tillées pour ré­pondre aux exi­gences de trans­pa­rence des mar­chés.

Où en êtes-vous de votre plan « BNP Pa­ri­bas En­tre­pre­neurs 2016 »?

Dé­but 2014, nous nous étions en­ga­gés à prê­ter au moins 10 mil­liards d’eu­ros aux PME sur l’an­née, dont 6 mil­liards pour le fi­nan­ce­ment à moyen et long terme de pro­jets d’in­ves­tis­se­ment, et 4 mil­liards de cré­dits de tré­so­re­rie. Nous sommes en phase avec nos en­ga­ge­ments, qui de­vraient donc être te­nus, les choses se pas­sant très bien. Dans le pro­lon­ge­ment de ce plan, qui vise à ac­qué­rir 5000 nou­veaux clients PME par an sur la pé­riode 2014-2016, nous al­lons mettre en place le pro­gramme « Crois­sance Ile-deF­rance », au pre­mier se­mestre 2015.

Pou­vez-vous dé­tailler ce pro­gramme, sur le­quel vous n’avez en­core ja­mais com­mu­ni­qué?

Sur ce ter­ri­toire ré­gio­nal où nous sommes très pré­sents, nous al­lons ren­for­cer la spé­cia­li­sa­tion de nos dis­po­si­tifs clien­tèle, avec des centres d’af­faires en­tre­prises spé­ci­fiques pour les ETI et les grandes en­tre­prises. Dans le même temps, nous pous­se­rons notre mo­dèle ac­tuel de « mai­son des en­tre­pre­neurs » pour en faire des Centres d’af­faires et de conseil aux en­tre­pre­neurs, voués aux PME et à leurs di­ri­geants, et nous au­rons éga­le­ment des es­paces en­tre­pre­neurs pour les TPE. Par­tout, les équipes de banque pri­vée se­ront pré­sentes et, elles aus­si, spé­cia­li­sées se­lon les na­tures de clien­tèle. Au glo­bal, nous al­lons créer plus de 80 postes de char­gés d’af­faires en­tre­prises et de conseil en banque pri­vée, et ou­vrir une ving­taine de nou­veaux lieux d’ac­cueil. Nous avons l’am­bi­tion de dé­ve­lop­per ain­si notre part de mar­ché chez les TPE et PME. Les en­tre­pre­neurs sont for­mi­dables, il existe beau­coup de ta­lents, d’idées et d’éner­gie en France, il faut ar­rê­ter de se com­plaire dans le pes­si­misme!

Quels sont vos en­ga­ge­ments en ma­tière de fi­nan­ce­ment des TPE?

Avec les TPE, tout est ques­tion de bonne com­pré­hen­sion et de pé­da­go­gie. Pu­blié en juin der­nier, le rap­port de Jeanne-Ma­rie Prost – mé­dia­trice du cré­dit – sur le fi­nan- ce­ment des TPE a mon­tré qu’il y avait moins un pro­blème de fi­nan­ce­ment que d’ex­pli­ca­tion des re­fus de cré­dit. Aus­si, en jan­vier der­nier, avons-nous dé­ci­dé que tout re­fus de cré­dit de­vrait dé­sor­mais être mo­ti­vé et, si be­soin, faire l’ob­jet d’une ex­pli­ca­tion par la di­rec­tion du site où est lo­gé le compte de l’en­tre­prise.

Quid du fi­nan­ce­ment des jeunes en­tre­prises in­no­vantes, par na­ture ris­qué ?

Au dé­but de la vie de la start-up, le fi­nan­ce­ment ban­caire n’est pas vrai­ment le su­jet. À ce pre­mier stade de leur dé­ve­lop­pe­ment, les start-up peuvent comp­ter sur la love mo­ney [ap­ports de la fa­mille et des amis, ndlr], sur des so­lu­tions de fi­nan­ce­ment adap­tées comme le cré­dit im­pôt re­cherche, ou en­core sur des fonds d’amor­çage. L’amor­çage n’étant pas di­rec­te­ment notre mé­tier, nous avons choi­si d’in­ves­tir 20 mil­lions d’eu­ros en 2014 dans une quin­zaine de fonds d’amor­çage, ce qui nous per­met de fi­nan­cer in­di­rec­te­ment cette phase im­por­tante de la vie de la start-up. Au­jourd’hui, nous avons dé­jà 1000 start-up clientes de nos 14 pôles in­no­va­tion. Leurs dé­pôts étant su­pé­rieurs à leurs cré­dits, elles ont sur­tout be­soin d’être ac­com­pa­gnées pour dé­fri­cher cer­taines pro­blé­ma­tiques, comme celle d’une in­ter­na­tio­na­li­sa­tion ra­pide de leurs pro­jets. C’est pour­quoi les char­gés d’af­faires in­no­va­tion qui tra­vaillent dans ces pôles in­no­va­tion ont été sé­lec­tion­nés en fonc­tion de leur cu­rio­si­té d’es­prit vis-à-vis de la nou­veau­té. À un mo­ment, bien sûr, les start-up ont aus­si be­soin de cré­dit ban­caire. Nous avons bâ­ti une grille de lec­ture spé­ci­fique, ba­sée sur le sec­teur d’ac­ti­vi­té, les mar­chés po­ten­tiels de l’en­tre­prise et, presque avant tout, la ca­pa­ci­té en­tre­pre­neu­riale du créa­teur.

Quelle est votre ré­flexion sur le crowd­fun­ding, qui a ou­vert une brèche dans le mo­no­pole ban­caire ?

Le crowd­fun­ding ne se­ra pas l’al­pha et l’omé­ga, il ne rem­pla­ce­ra ni le fi­nan­ce­ment ban­caire ni le fi­nan­ce­ment sur les mar­chés. Pour au­tant, il s’agit d’un mou­ve­ment de fond tout à fait per­ti­nent à cer­tains égards. Par exemple, le crowd­fun­ding est très in­té­res­sant pour tes­ter le po­ten­tiel d’un pro­duit, d’un mar­ché. Il est dom­mage qu’il soit par­fois pré­sen­té comme une arme contre les banques, car il s’agit d’un moyen ad­di­tion­nel de fi­nan­ce­ment. Nous avons ain­si choi­si de nouer des par­te­na­riats avec Ulule et Wi­seed, par­te­na­riats dans le cadre des­quels nous nous re­com­man­dons les uns les autres des en­tre­pre­neurs, pour leur ap­por­ter les so­lu­tions les plus adap­tées.

Se­lon Ma­rie-Claire Ca­po­bian­co, © AN­TOINE DOYEN « il y a plus un pro­blème de de­mande que d’offre de cré­dit aux en­tre­prises ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.