La voi­ture de pa­pa, c’est fi­ni !

La Tribune Hebdomadaire - - NEWS - PAR PHI­LIPPE MA­BILLE DIRECTEUR DE LA RÉ­DAC­TION @phma­bille

Le Mon­dial de l’Au­to­mo­bile, qui ouvre ses portes ce 1er oc­tobre, porte de Ver­sailles à Pa­ris, se­ra pla­cé plus que ja­mais sous le signe de la ré­vo­lu­tion ap­por­tée par les nou­velles tech­no­lo­gies. Ou­bliez la voi­ture de pa­pa, place au smart­phone sur roues, connec­té, in­tel­li­gent et, bien­tôt, au­to­nome. Ne par­lez plus de voi­ture, mais de nou­veaux usages de la mo­bi­li­té. Tous les signes montrent que l’in­dus­trie au­to­mo­bile aborde une ère de grands chan­ge­ments. Et que la course de vi­tesse est en­ga­gée entre De­troit, ber­ceau tra­di­tion­nel de l’au­to­mo­bile, et la Si­li­con Val­ley, qui veut im­po­ser de nou­veaux mo­dèles éco­no­miques. Face à des be­soins de mo­bi­li­té ex­po­nen­tiels, comme l’in­dique à La Tri­bune le pa­tron de PSA, Car­los Ta­vares, le sec­teur va de­voir trou­ver des ré­ponses nou­velles pour sé­duire les consom­ma­teurs et conser­ver ses marges. La ba­taille avec la Si­li­con Val­ley a dé­jà com­men­cé : Elon Musk avec Tes­la, Apple qui louche sur McLa­ren, Google et sa Google Car, Uber avec les taxis au­to­nomes tes­tés à Pitts­burgh… l’His­toire s’ac­cé­lère et force l’in­dus­trie au­to­mo­bile à s’adap­ter en cher­chant des al­liances. Re­nault-Nis­san vient ain­si de s’as­so­cier avec Mi­cro­soft dans un partenaria­t de long terme pour dé­ve­lop­per les fu­turs ser­vices connec­tés des voi­tures en uti­li­sant l’in­for­ma­tique dans les nuages (le cloud). Comme Tes­la, les fu­tures Re­nault et Nis­san pour­ront bé­né­fi­cier d’une mise à jour à dis­tance en temps réel. Tous les construc­teurs au­to­mo­biles vont de­voir suivre ce che­min : se­lon Car­los Ta­vares, ils ont en­core une lon­gueur d’avance parce qu’ils ont ac­cu­mu­lé un sa­voir et une connais­sance que les stars de la Si­li­con Val­ley n’ont pas, ou pas en­core. Cette avance est ce­pen­dant gri­gno­tée par les progrès de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et il est pro­bable que le jour vien­dra où la va­leur se dé­pla­ce­ra vers ce­lui qui maî­tri­se­ra le mieux la di­men­sion lo­gi­cielle de la voi­ture. Les construc­teurs se­raient alors condam­nés, au mieux, à de­ve­nir des pla­te­formes d’as­sem­blage dans des usines 4.0 en­core plus ro­bo­ti­sées. Cette ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique ac­com­pagne un chan­ge­ment plus pro­fond en­core, ce­lui des usages de l’au­to­mo­bile. La voi­ture de de­main ne se­ra plus un ob­jet, im­pos­sible à ga­rer en ville : ce se­ra une pla­te­forme de ser­vices. Nous en­trons dans l’âge de l’ac­cès et de la mul­ti­mo- da­li­té. Pour les jeunes ur­bains, la pro­prié­té d’une voi­ture cède la place à l’usage d’un ser­vice de trans­port. Ce­lui-ci de­vra être mul­ti­mo­dal, s’adap­ter aux be­soins du mo­ment. On se di­rige vers la mo­bi­li­té à la de­mande, en fonc­tion des be­soins de l’ins­tant : un ca­brio­let pour un week-end, une fa­mi­liale pour les va­cances, un uti­li­taire pour ai­der un de ses en­fants à dé­mé­na­ger… Dans des villes où la pres­sion se­ra de plus en plus forte pour ré­duire la place de l’au­to­mo­bile, la voi­ture connectée va s’im­po­ser. L’ex­pé­rience de la jour­née sans voi­ture à Pa­ris, le di­manche 25 sep­tembre, a mon­tré que l’im­pact sur la qua­li­té de l’air était im­mé­diat et tan­gible. La dé­ci­sion d’Anne Hi­dal­go de main­te­nir la fer­me­ture des voies sur berge rive droite, mal­gré la mon­tée des pro­tes­ta­tions, confirme que le sens de l’His­toire est dé­sor­mais à di­mi­nuer l’em­preinte de la voi­ture in­di­vi­duelle, comme on le voit dans toutes les grandes ca­pi­tales. Avec des so­lu­tions comme l’Au­to­lib’ et le Vé­lib’, on constate qu’il est pos­sible de trans­for­mer un ob­jet in­di­vi­duel en trans­port col­lec­tif. Le suc­cès des so­lu­tions de car sha­ring, à l’exemple de Dri­vy ou de OuiCar, qui ubé­risent les loueurs tra­di­tion­nels, le boom du co­voi­tu­rage avec BlaB­laCar, tout ce­la montre l’évo­lu­tion ra­pide des men­ta­li­tés vers la mo­bi­li­té par­ta­gée. Se­lon Uber, il est pos­sible de ré­duire de 50% le parc au­to­mo­bile et de 40% le nombre de places de sta­tion­ne­ment en gé­né­ra­li­sant la voi­ture au­to­nome. Ce qui ap­pa­rais­sait comme de la science-fic­tion il y a deux ans pour­rait bien de­ve­nir une réa­li­té plus tôt que pré­vu. D’ici à 2020, cer­tains ima­ginent dé­jà la disparitio­n des voi­tures in­di­vi­duelles des centres-villes des mé­tro­poles. Ces évo­lu­tions pren­dront pro­ba­ble­ment plus de temps pour s’im­po­ser, mais la ten­dance est ir­ré­ver­sible. Après un peu plus d’un siècle d’exis­tence, l’in­dus­trie au­to­mo­bile de­vra s’adap­ter : d’une éco­no­mie de marge, fon­dée sur la vente d’op­tions plus ou moins utiles, d’ac­ces­soires et de pièces dé­ta­chées, elle va de­ve­nir un mar­ché de rente et sor­tir de son champ tra­di­tion­nel. De­main, ce se­ront peut-être les grandes banques ou les as­su­reurs qui se­ront les pro­prié­taires des flottes au­to­mo­biles, louées à l’usage en fonc­tion des be­soins de consom­ma­teurs bien dé­ci­dés à re­prendre le pou­voir. Pour­quoi im­mo­bi­li­ser du ca­pi­tal dans une voi­ture in­di­vi­duelle si on peut avoir ac­cès à l’usage d’une au­to à la de­mande? À ces pré­dic­tions fu­tu­ristes, on ré­pon­dra sans doute que la voi­ture in­di­vi­duelle ne va pas dis­pa­raître sans ré­sis­tance : pour tous ceux qui n’ont pas la chance d’ha­bi­ter dans les vil­les­centres, la pos­ses­sion d’une au­to­mo­bile res­te­ra en­core long­temps la norme pour bé­né­fi­cier de la li­ber­té de dé­pla­ce­ment. En outre, comme le pointe Car­los Ta­vares, « la ques­tion de l’ac­cès à la mo­bi­li­té et d’une pro­prié­té ré­ser­vée à une élite pose un vrai pro­blème dé­mo­cra­tique ». De so­cié­tale, la ques­tion de l’ave­nir de l’au­to­mo­bile va de­ve­nir so­ciale et po­li­tique. La pres­sion exer­cée sur les normes an­ti­pol­lu­tion, sur le dé­ve­lop­pe­ment de voi­tures propres ou de bat­te­ries élec­triques très au­to­nomes, d’un ré­seau de re­charge ra­pide, tout ce­la au­ra un coût qui va sans doute frei­ner la tran­si­tion. Mais pro­ba­ble­ment pas in­ver­ser la ten­dance. D’ores et dé­jà, l’in­dus­trie au­to­mo­bile tra­vaille sur une autre rup­ture, celle de la voi­ture « 100% sûre ». À l’image du trans­port aé­rien, le concept de « zé­ro mort » sur les routes se­ra sans doute ce­lui qui va trans­for­mer le plus en pro­fon­deur l’in­dus­trie au­to­mo­bile de­main, et im­po­ser à l’ho­ri­zon des vingt pro­chaines an­nées la voi­ture au­to­nome comme le nou­veau stan­dard de nos so­cié­tés. Ce qui met­tra au pas­sage au chô­mage de nom­breuses pro­fes­sions : taxis, chauf­feurs­li­vreurs et mo­ni­teurs d’au­to-école…

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