DES ÉNER­GIES RE­NOU­VE­LABLES

Le dé­ve­lop­pe­ment du so­laire, de l’éo­lien ou des bat­te­ries de voi­tures élec­triques pour­rait pro­vo­quer une dé­pen­dance qui vien­drait se sub­sti­tuer à celle aux éner­gies fos­siles que nous connais­sons au­jourd’hui.

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - DO­MI­NIQUE PIALOT @PIALOT1

La dé­car­bo­na­tion de l’éco­no­mie est un ob­jec­tif au­jourd’hui lar­ge­ment consensuel. Mais pour Flo­rian Fi­zaine, in­gé­nieur de re­cherche et éco­no­miste à l’Uni­ver­si­té de Bour­gogne-Franche-Com­té, la dé­car­bo­na­tion du mix éner­gé­tique n’est pas né­ces­sai­re­ment la meilleure so­lu­tion pour y par­ve­nir. « Étant don­né l’évo­lu­tion quan­ti­ta­tive et qua­li­ta­tive de la de­mande, cette dé­car­bo­na­tion ne pour­ra se faire avec le seul nu­cléaire, il fau­dra éga­le­ment dé­ve­lop­per les éner­gies re­nou­ve­lables », ob­serve-t-il. Or, au re­gard du ki­lo­watt­heure pro­duit, celles-ci sont net­te­ment plus consom­ma­trices de mé­taux que les éner­gies conven­tion­nelles. So­laire, éo­lien, géo­ther­mie ou en­core hy­dro­élec­tri­ci­té né­ces­sitent plus de mé­taux que le char­bon et plus en­core que le nu­cléaire. Même si ce der­nier reste très consom­ma­teur de mé­taux rares. « Il y a deux pro­blé­ma­tiques, pré­cise Flo­rian Fi­zaine. D’une part l’in­ten­si­té des éner­gies vertes en ma­tières pre­mières, mais éga­le­ment la spé­ci­fi­ci­té des mé­taux né­ces­saires pour ré­pondre à ces nou­veaux be­soins. En outre, pour cer­tains de ces mé­taux, le re­cy­clage n’est au­jourd’hui pas ren­table. Les bat­te­ries in­cor­porent à la fois des mé­taux rares comme le li­thium et d’autres plus clas­siques, comme le cuivre et le co­balt, sou­ligne Flo­rian Fi­zaine. Ces der­niers sont ré­cu­pé­rés, mais pas le li­thium, pré­sent en trop faible quan­ti­té et de sur­croît en as­so­cia­tion avec d’autres élé­ments, ce qui ren­drait pro­hi­bi­tif le coût de son re­cy­clage. » Or, pour ce com­po­sant, la mon­tée en puis­sance des vé­hi­cules élec­triques risque d’être plus ra­pide que la ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion des mines. À elle seule, la « gi­ga­fac­to­ry » de Tes­la, l’usine de bat­te­ries géante en construc­tion dans le Ne­va­da, pour­rait faire dou­bler le vo­lume du mar­ché. Or il faut au moins quinze ans avant de pou­voir ti­rer plei­ne­ment par­ti d’une mine. Ain­si, celles ache­tées il y a quelques an­nées en Bo­li­vie par le groupe Bol­lo­ré ne sont pas en­core opé­ra­tion­nelles. Par ailleurs, cer­tains mé­taux in­dis­pen­sables aux éner­gies vertes sont des sous­pro­duits d’autres mé­taux. C’est le cas de l’in­dium, pré­sent dans les pan­neaux pho- to­vol­taïques et les écrans plats. Pour en fa­bri­quer les quan­ti­tés né­ces­saires, il fau­drait ac­croître de fa­çon exponentie­lle les ton­nages de zinc fa­bri­qués, ce qui ne pré­sente au­cun in­té­rêt pour les pro­duc­teurs, mais peut au contraire les des­ser­vir, en fai­sant bais­ser les prix du zinc.

NOU­VELLE CONCEN­TRA­TION GÉO­GRA­PHIQUE DES RES­SOURCES

En consé­quence, et con­trai­re­ment aux prin­cipes de base de l’offre et de la de­mande, cette hausse pré­vi­sible de la de­mande, ac­com­pa­gnée d’une hausse des cours, ne se­rait pas sui­vie d’un ajus­te­ment as­sez ra­pide de l’offre. Cette pé­nu­rie de mé­taux pré­sen­te­rait, sur les plans éco­no­mique et géo­po­li­tique, des risques si­mi­laires à ceux de la dé­pen­dance ac­tuelle aux éner­gies fos­siles – voire plus dan­ge­reuse en­core. En ef­fet, con­trai­re­ment aux mar­chés de gros des hy­dro­car­bures ou même des mé­taux les plus ré­pan­dus (tels que le cuivre – 18 mil­lions de tonnes ven­dues par an – ou le zinc), ceux sur les­quels cir­culent les terres rares telles que le li­thium (25 000 tonnes par an) sont tout aus­si vo­la­tils, mais beau­coup plus opaques. Et ces mé­taux sont en par­tie dé­te­nus par des pays po­li­ti­que­ment sen­sibles. Cette nou­velle dé­pen­dance re­bat­trait donc les cartes, avec une ac­cen­tua­tion de la concen­tra­tion géo­gra­phique de la pro­duc­tion des res­sources na­tu­relles in­dis­pen­sables au sys­tème éner­gé­tique. Les pays dé­ten­teurs de ces terres rares cap­te­raient cette nou­velle rente qui rem­pla­ce­rait celle au­jourd’hui cap­tée par les pro­duc­teurs d’hy­dro­car­bures, géo­gra­phi­que­ment moins concen­trés. Dans ce nou­veau pay­sage éner­gé­tique, la Chine oc­cupe une place do­mi­nante. C’est en ef­fet sur son ter­ri­toire que sont au­jourd’hui pro­duites une ma­jo­ri­té des terres rares, une si­tua­tion dont elle se montre très ja­louse, re­fu­sant l’en­trée d’en­tre­prises étran­gères sur ce mar­ché. Et comme le vo­lume de ses ré­serves pour­rait lui faire perdre de­main cette si­tua­tion hé­gé­mo­nique, elle se pré­pare en ra­che­tant des mines dans d’autres pays. L’Eu­rope, en re­vanche, a choi­si de lais­ser jouer la libre concur­rence, au risque de se re­trou­ver bien­tôt dé­mu­nie et dé­pen­dante.

DES PISTES POUR ABAIS­SER LA DE­MANDE

Que faire face à ces perspectiv­es ? En France, le BRGM (Bu­reau de re­cherches géo­lo­giques et mi­nières) pro­pose d’agir sur l’offre, en com­men­çant par réa­li­ser un nou­vel in­ven­taire des res­sources dis­po­nibles sur le sol fran­çais et eu­ro­péen. Mais cette piste, éla­bo­rée dans les an­nées de flam­bée des terres rares, de 2010 à 2012, peine à trou­ver les fi­nan­ce­ments pu­blics né­ces­saires dans la pé­riode ac­tuelle qui voit les cours des ma­tières pre­mières dé­pri­més, sur fond de crise éco­no­mique. Flo­rian Fi­zaine qua­li­fie de « fausses bonnes idées » aus­si bien la di­ver­si­fi­ca­tion d’ap­pro­vi­sion­ne­ment que le sto­ckage stra­té­gique, oné­reux et dif­fi­cile à ma­noeu­vrer (il s’agit en ef­fet de sa­voir an­ti­ci­per fi­ne­ment l’évo­lu­tion de la de­mande et d’ache­ter les mé­taux au cours le plus bas). Il pri­vi­lé­gie au contraire toutes les so­lu­tions contri­buant à abais­ser la de­mande, à com­men­cer par une so­brié­té et une ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique per­met­tant de di­mi­nuer la consom­ma­tion d’éner­gie. Mais aus­si, la re­cherche de ma­té­riaux de sub­sti­tu­tion, un meilleur re­cy­clage, ou en­core une di­ver­si­fi­ca­tion du bou­quet éner­gé­tique. Ain­si, dé­cli­ner dif­fé­rentes tech­no­lo­gies sous-ja­centes à une même éner­gie per­met­trait une di­ver­si­fi­ca­tion des ma­tières pre­mières né­ces­saires à leur pro­duc­tion.

La réus­site de la dé­car­bo­na­tion dé­pend beau­coup du dé­ve­lop­pe­ment des énergies renouvelab­les (éo­lien, so­laire, géo­ther­mie...). Mais elles sont très gour­mandes en métaux rares…

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