Élec­tion présidenti­elle

VERS UN MATCH À QUATRE ?

La Tribune Hebdomadaire - - NEWS -

Les Fran­çais sont un peuple ré­vo­lu­tion­naire, ils l’ont maintes fois prou­vé dans leur his­toire. Par son ca­rac­tère im­pré­vi­sible, l’élec­tion présidenti­elle de 2017 est en train d’en­clen­cher une ré­vo­lu­tion dans les urnes en of­frant un scé­na­rio inédit pour le pre­mier tour, le 23 avril. Pour l’ins­tant, Ma­rine Le Pen et Em­ma­nuel Ma­cron res­tent en tête, mais de­puis la mi-mars, leur avance s’est ef­fri­tée et la ten­dance des son­dages montre clai­re­ment une in­flexion à la baisse, de­puis la mi-mars pour la can­di­date du Front na­tio­nal et de­puis dé­but avril pour ce­lui du mou­ve­ment En marche. La sur­prise de ce pre­mier tour, c’est la mon­tée en flèche de Jean-Luc Mé­len­chon, le can­di­dat de la France in­sou­mise, qui a as­pi­ré les voix du can­di­dat so­cia­liste Be­noît Ha­mon dont le po­si­tion­ne­ment à gauche de la gauche lui a fait perdre sur les deux ta­bleaux. Une par­tie du PS, di­sons, la gauche du gou­ver­ne­ment, s’est ral­liée à Ma­cron ; et l’autre re­porte son vote vers Mé­len­chon. Il y a sans doute dans ce choix une part de « vote-plai­sir », mais il tra­duit aus­si un sin­cère dé­sir de ra­di­ca­li­té. Avec Mé­len­chon, la jeu­nesse de gauche semble avoir trou­vé son « San­ders fran­çais ». La com­pa­rai­son vaut par l’âge, avec un Mé­len­chon of­frant au vi­sage de la contes­ta­tion une fi­gure de­ve­nue plus apai­sée, et par le pro­jet, qui porte une vo­lon­té de trans­for­ma­tion ra­di­cale, avec un slo­gan qui fleure bon son mai 1981 au son du « les riches vivent au­des­sus de nos moyens » . L’autre sur­prise de la cam­pagne est l’éton­nante ré­sis­tance de Fran­çois Fillon qui se main­tient juste en des­sous de 20% et table sur une re­mo­bi­li­sa­tion de la droite ré­pu­bli­caine après le dif­fi­cile épi­sode du « Pe­ne­lo­pe­gate ». Convain­cu que « les Fran­çais vont ren­ver­ser la table » et que le dé­sir d’une « vé­ri­table al­ter­nance » va l’em­por­ter au fi­nish, Fran­çois Fillon a choi­si son ad­ver­saire : le can­di­dat d’En Marche ca­ri­ca­tu­ré en « Em­ma­nuel Hol­lande » et cible de toutes les at­taques de son camp. Cette stra­té­gie politique, qui a sans doute por­té ses fruits au vu du lé­ger re­cul des in­ten­tions de vote en fa­veur d’Em­ma­nuel Ma­cron, a un angle mort, ce­lui de la mon­tée spec­ta­cu­laire de JeanLuc Mé­len­chon qui pour­rait bien de­ve­nir le troi­sième homme de l’élec­tion. De sorte que, en ef­fet, la pro­lon­ga­tion des ten­dances ac­tuelles pour­rait bien ré­ser­ver un pre­mier tour à sus­pense, avec un abais­se­ment du seuil de qua­li­fi­ca­tion au se­cond tour au­tour de 21% ou 22% pour un match à quatre. Tout se joue­ra sur la mo­bi­li­sa­tion des élec­teurs dans la der­nière ligne droite et la dy­na­mique Mé­len­chon pour­rait de­ve­nir une ver­ti­cale Mé­len­chon si Be­noît Ha­mon se ré­si­gnait à se re­ti­rer en sa fa­veur. Le scé­na­rio d’une ab­sence du par­ti so­cia­liste à l’élec­tion présidenti­elle est certes im­pro­bable, mais pas im­pos­sible. S’il se pro­dui­sait, toutes les cartes se­raient re­bat­tues car les Fran­çais se re­trou­ve­raient alors face à un di­lemme, im­pré­vu et im­pré­vi­sible, d’un se­cond tour Mé­len­chon-Le Pen. Évi­dem­ment, si cette pers­pec­tive de­vait prendre corps, il est as­sez pro­bable que le scé­na­rio au­ra des ef­fets en re­tour sur les in­ten­tions de vote pour Em­ma­nuel Ma­cron et Fran­çois Fillon. Après le vote utile des élec­teurs de gauche en fa­veur de Ma­cron, cré­di­té de la meilleure chance de battre Ma­rine Le Pen, y au­ra-t-il un vote utile des élec­teurs de droite pour le can­di­dat d’En Marche ? Ou au contraire, ver­ra-t-on les élec­teurs (de droite) de Ma­cron être ten­tés de re­ve­nir au ber­cail pour don­ner à Fran­çois Fillon le sou­tien né­ces­saire pour pas­ser au se­cond tour ? Cette con­fu­sion élec­to­rale, qui met la France sous les pro­jec­teurs du monde en­tier, in­quiète de plus en plus nos par­te­naires eu­ro­péens et Bruxelles. Elle donne de la France l’image as­sez étrange d’un pays jouant son des­tin à coups de dés. Avec un pay­sage politique ain­si frac­tu­ré, en quatre quarts ir­ré­con­ci­liables, on se de­mande de fait avec quelle ma­jo­ri­té politique pour­ra gou­ver­ner le pré­sident élu, quel qu’il soit, lorsque la France sor­ti­ra mi-juin des élec­tions lé­gis­la­tives. Car, ce que ré­vèle cet in­di­geste « quatre quart élec­to­ral », c’est un pays di­vi­sé, désa­bu­sé par l’Eu­rope et pour l’ins­tant in­ca­pable de dé­ga­ger une vi­sion com­mune sur les grands choix po­li­tiques sus­cep­tible de lui re­don­ner une dy­na­mique.

Jean-Luc Mé­len­chon, l’homme qui monte.

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