Qui se­ra la place fi­nan­cière la plus verte ?

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO -

Pa­ris a dé­jà fait part de son am­bi­tion de de­ve­nir « la ca­pi­tale de la fi­nance verte », en lan­çant son ini­tia­tive Fi­nance for To­mor­row en juillet der­nier. D’autres grandes places fi­nan­cières, telles que Londres, Franc­fort et Zu­rich, se sont aus­si mises en ordre de ba­taille et re­ven­diquent un cer­tain lea­der­ship en la ma­tière. S’il ne les dé­par­tage pas to­ta­le­ment, un pre­mier bench­mark des places fi­nan­cières vertes per­met d’y voir plus clair: il a été réa­li­sé par le ca­bi­net d’au­dit PwC d’après une mé­tho­do­lo­gie éla­bo­rée par le think tank i4CE (Ins­ti­tut de l’éco­no­mie pour le cli­mat, fon­dé par la Caisse des dé­pôts et consi­gna­tions et l’Agence fran­çaise de dé­ve­lop­pe­ment), et spon­so­ri­sé par Cli­mate-KIC, une des com­mu­nau­tés de connais­sance de l’Ins­ti­tut eu­ro­péen d’in­no­va­tion et de tech­no­lo­gie (EIT). Cette ana­lyse com­pa­ra­tive me­sure « le de­gré de contri­bu­tion des prin­ci­pales places fi­nan­cières des pays du G7 [Pa­ris, Franc­fort, Londres, Mi­lan, New York, To­kyo et To­ron­to] au fi­nan­ce­ment de la tran­si­tion cli­mat », ex­pliquent les au­teurs. « Ces pre­miers ré­sul­tats montrent que cha­cune des places fi­nan­cières du G7 dis­pose d’atouts dif­fé­ren­ciés par type d’ac­ti­vi­tés. Il donne des in­di­ca­tions sur celles qui pro­posent des offres plus com­plètes, trans­pa­rentes ou exi­geantes », avance pru­dem­ment ce bench­mark qui ne veut sur­tout fâ­cher per­sonne, et qui a vo­ca­tion à être élar­gi au-de­là du seul G7. Jon Williams, as­so­cié char­gé du chan­ge­ment cli­ma­tique et du dé­ve­lop­pe­ment du­rable chez PwC au Royaume-Uni, a re­con­nu en le dé­voi­lant que le Luxem­bourg se­rait par exemple ap­pa­ru en tête en nombre de co­ta­tions de green bonds, ces em­prunts obli­ga­taires des­ti­nés à fi­nan­cer des pro­jets en fa­veur du cli­mat : la moi­tié des obli­ga­tions vertes dans le monde sont en ef­fet co­tées à la Bourse de Luxem­bourg ! Au sein du G7, c’est en fait Franc­fort qui ar­rive en tête – avec 198 émis­sions pour plus de 26,6 mil­liards de dol­lars de green bonds co­tés en cu­mu­lé de­puis 2010 – sui­vi de Pa­ris. En re­vanche, les Bourses de To­ron­to et de To­kyo n’ont en­core ac­cueilli au­cune opé­ra­tion. En vo­lumes d’émis­sions de green bonds, Pa­ris est net­te­ment lea­der avec 33,7 mil­liards de dol­lars de­puis 2009, plus du double du nu­mé­ro 2, New York, et du nu­mé­ro 3, Franc­fort. La France compte en ef­fet par­mi les plus gros émet­teurs (En­gie et EDF, col­lec­ti­vi­tés, l’État fran­çais avec le plus gros em­prunt sou­ve­rain ja­mais émis). La Chine, lea­der mon­dial (plus de 16 mil­liards émis cette an­née), est la grande ab­sente de ce pre­mier bench­mark. Si l’on re­garde les banques qui ar­rangent ces green bonds, les État­su­niennes sont en tête en cu­mu­lé (Ci­ti­group, JPMor­gan), ce qui est dû à leurs parts de mar­ché mon­diales dans la banque de fi­nan­ce­ment. Pour­tant, le lea­der mon­dial des ar­ran­geurs de green bonds est fran­çais, c’est Cré­dit Agri­cole CIB, de­vant un bri­tan­nique, HSBC, et un autre fran­çais, BNP Pa­ri­bas. Ce qui per­met à la place de Pa­ris de se his­ser à la deuxième place des émis­sions par ori­gine des chefs de file des opé­ra­tions Dans un do­maine moins connu et moins mé­dia­tique que les obli­ga­tions vertes, le Ja­pon ap­pa­raît comme le cham­pion des prêts verts, ac­cor­dés par les banques pour fi­nan­cer des éner­gies re­nou­ve­lables, des pro­jets d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, de ges­tion de l’eau ou des dé­chets. La place de To­kyo ap­pa­raît très loin de­vant Pa­ris et Franc­fort avec 250 prêts ac­cor­dés pour 37 mil­liards de dol­lars de­puis 2012, avec Mit­su­bi­shi UFJ Fi­nan­cial Group et Su­mi­mo­to Mit­sui Fi­nan­cial Group par­mi les grands prê­teurs aux pro­jets so­laires ou éo­liens. Le bench­mark me­sure aus­si l’ap­pé­tit et la ma­tu­ri­té des i nves­tis­seurs pour la fi­nance verte en re­gar­dant la part des ac­tifs sous ges­tion pre­nant en compte le risque cli­ma­tique. La France ar­rive en tête, no­tam­ment du fait de la ré­gle­men­ta­tion (ar­ticle 173 de la loi de tran­si­tion éner­gé­tique), avec une part de 42 %, alors que plu­sieurs pays sont à zé­ro (Ita­lie, Ca­na­da, Al­le­magne, Ja­pon), d’après les don­nées de l’ONG As­set Ow­ners Dis­clo­sure Pro­ject. Idem pour la pro­por­tion d’en­tre­prises co­tées uti­li­sant un prix du car­bone ou four­nis­sant des ser­vices bas car­bone. La place de Pa­ris res­sort avec de sé­rieux atouts, en par­ti­cu­lier une offre très com­plète té­moi­gnant de l’exis­tence de tout un éco­sys­tème. D’autres places ab­sentes du clas­se­ment font aus­si preuve d’un dy­na­misme et d’une ma­tu­ri­té sur la fi­nance verte et du­rable, comme Du­blin ou Stock­holm. Ce­ci dit, les pro­mo­teurs de l’ini­tia­tive de la place Fi­nance for To­mor­row in­sistent sur la né­ces­si­té de col­la­bo­ra­tion entre les places. Entre ému­la­tion, com­pé­ti­tion et « co­opé­ti­tion ». « La fi­nance verte est un moyen de construire des ponts entre les places fi­nan­cières », a ain­si fait va­loir Jon Williams, l’as­so­cié de PwC du Royaume-Uni.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.