Le Grand Paris Ex­press, me­na­cé, re­por­té, confir­mé ?

Lan­cé par Ni­co­las Sar­ko­zy dans le consen­sus, le chan­tier du fu­tur mé­tro cir­cu­laire du Grand Paris bute sur les ar­bi­trages bud­gé­taires. Les lignes 16, 17 et 18 sont les plus me­na­cées, alors qu’elles de­vraient des­ser­vir les Jeux olym­piques de 2024 et l’éven

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - CÉ­SAR AR­MAND @Ce­sar­mand

Phi­lippe Yvin a un gim­mick qu’il aime res­sor­tir dès qu’il peut: « Au­jourd’hui, à Cli­chy-Mont­fer­meil, 300000 em­plois se­ront à 45 mi­nutes ; de­main, avec le Grand Paris Ex­press, ce se­ront 3000000. » Le pré­sident de la So­cié­té du Grand Paris l’a ré­pé­té au pré­sident de la Ré­pu­blique ve­nu, le 13 no­vembre, confir­mer « l’ob­jec­tif de 2024 et les en­ga­ge­ments de l’État pour la gare » em­blé­ma­tique de la ligne 16. Le maire (LR) de Mont­fer­meil, Xa­vier Le­moine, plus réa­liste, parle d’un « ef­fet mul­ti­pli­ca­teur » de l’ordre de quatre à cinq. Son in­té­rêt prin­ci­pal est que le Grand Paris Ex­press soit « réa­li­sé dans les temps ». « Si c’est dans dix ans, ça ne ser­vi­ra rien! », pré­vient ce­lui qui est aus­si vice-pré­sident de la mé­tro­pole char­gé de l’éco­no­mie cir­cu­laire. D’au­tant que l’ab­sence de des­serte de trans­port main­tient dans une si­tua­tion d’en­cla­ve­ment géo­gra­phique sa com­mune, Mont­fer­meil, et Cli­chy-sous-Bois, d’où sont par­ties les émeutes ur­baines de l’au­tomne 2005. La voi­ture de­meure ac­tuel­le­ment la prin­ci­pale solution pour se rendre dans la ca­pi­tale, « or, cir­cu­ler à Paris et en pe­tite cou­ronne est de­ve­nu im­pos­sible ces der­niers mois, re­grette-t-il. C’est pré­ju­di­ciable pour l’ac­ti­vi­té éco­no­mique et fa­mi­liale. » Avant même d’ac­cé­der à l’em­ploi, en­core faut-il pou­voir se rendre dans des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment su­pé­rieur, comme à Marne-la-Val­lée, ac­tuel­le­ment à une heure de Mont­fer­meil et de­main po­ten­tiel­le­ment à six mi­nutes. Là en­core le bât blesse: « On a qua­rante mi­nutes de han­di­cap par rap­port aux villes im­mé­dia­te­ment li­mi­trophes qui bé­né­fi­cient des RER E et RER B. Vingt mi­nutes de bus le ma­tin et vingt mi­nutes le soir, c’est une vraie pé­na­li­té pour nos étu­diants: pen­dant ce temps, ils ne bossent pas. »

PRIO­RI­TÉ À L’EM­PLOI LO­CAL

L’Éta­blis­se­ment pu­blic Paris Terres d’En­vol, au car­re­four des lignes 16 et 17, a lui si­gné, le 18 dé­cembre, avec la So­cié­té du Grand Paris, une con­ven­tion de par­te­na­riat en fa­veur de l’em­ploi sur le ter­ri­toire, afin que les en­tre­prises puissent ac­cé­der aux tra­vaux en fa­vo­ri­sant les lo­caux. Son pré­sident (LR), Bru­no Bes­chiz­za, re­dou­tait que les grands groupes qui tra­vaillent dé­jà dans l’éco­sys­tème de Rois­sy raflent la mise: « On ne peut pas avoir un pré­sident de la Ré­pu­blique qui dit vou­loir cré­di­bi­li­ser la parole po­li­tique et en même temps que ça ne bé­né­fi­cie pas aux en­tre­prises et aux chô­meurs. » Chez lui, à Aul­nay-sous-Bois, il ac­cueille­ra éga­le­ment le centre d’ex­ploi­ta­tion des deux lignes, soit entre 150 à 350 em­plois sur le site exis­tant de PSA où il es­père bien « un mi­ni- clus­ter trans­port » mais se dit « pes­si­miste » sur la ligne 17 qui désen­cla­ve­ra le tri­angle de Go­nesse. Son vice-pré­sident (UDI) char­gé du Dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, Yan­nick Hoppe, veut al­ler plus loin et l’éri­ger en « pôle éco­no­mique ma­jeur »: « Les ac­teurs éco­no­miques ont contri­bué et en at­tendent beau­coup. Les en­tre­prises en ont en ef­fet be­soin pour leurs sa­la­riés et se mo­bi­lisent dé­jà à nos cô­tés ». Lui-même, à l’échelle du Bour­get, où à la mai­rie il a suc­cé­dé le 21 oc­tobre au sé­na­teur Vincent Ca­poCa­nel­las, a dé­jà lan­cé des tra­vaux pour amé­na­ger la gare et met en garde: « On a pré­sen­té à nos ha­bi­tants ce pro­jet. C’est un ac­quis pour eux. Il se­rait très dan­ge­reux de le re­mettre en cause. C’est tel­le­ment at­ten­du que la co­lère n’en se­ra que plus grande. » Le dé­bat sur la ligne 17 a com­men­cé par s’in­vi­ter au Par­le­ment. D’abord au Sé­nat : le 27 no­vembre 2017, Ar­naud Bazin, ex-pré­sident (LR) du conseil dé­par­te­men­tal du Val d’Oise, a fait adop­ter un amen­de­ment vi­sant à sup­pri­mer la ligne Charles-de-Gaulle Ex­press, avant que le gou­ver­ne­ment ne le ré­ta­blisse. Même la ma­jo­ri­té s’y est mise, avec Ziv­ka Park, dé­pu­tée LRM de Go­nesse, Gous­sain­ville et Lu­zarches, qui a in­ter­pel­lé la mi­nistre des Tran­sports sur le su­jet le 5 dé­cembre der­nier. Deux se­maines plus tard, la réunion du 20 dé­cembre 2017 or­ga­ni­sée par le pré­sident de la Ré­pu­blique, avec ses mi­nistres de l’In­té­rieur, Gé­rard Col­lomb, et de la Co­hé­sion des ter­ri­toires, Jacques

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