Che­fing, ré­vo­lu­tion sur le mar­ché des trai­teurs ?

la star­tup qui veut ré­vo­lu­tion­ner

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - GIULIETTA GAMBERINI @GiuGam­be­ri­ni

Tout a com­men­cé en 2015 par la créa­tion d’une pla­te­forme d’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive « clas­sique »: Co­mu­neat, place de mar­ché dont l’ob­jec­tif était la mise en re­la­tion entre par­ti­cu­liers sou­hai­tant ache­ter et vendre des plats vé­ri­ta­ble­ment faits mai­son. « Le mo­dèle était très proche de ce­lui de BlaB­laCar: “Jeu­di je fais une bouilla­baisse, qui veut en pro­fi­ter ?” », ex­plique le fon­da­teur, Théo­bald de Bentz­mann, jeune Pa­ri­sien for­mé à la Lon­don School of Eco­no­mics et à Cam­bridge. Six bu­si­ness an­gels, dont le co­fon­da­teur du site Vente-pri­vée.com, Mi­chaël Be­na­bou, avaient pa­rié des­sus, pour un to­tal d’un mil­lion d’eu­ros le­vés. Et une de­mande s’était elle aus­si ma­ni­fes­tée, in­car­née par quelque 500 cui­si­niers et 7000 clients ins­crits, ain­si que par 200 me­nus com­man­dés chaque jour, prin­ci­pa­le­ment à Paris et en grande cou­ronne. « Mais confron­tée au prin­ci­pal dé­fi du mo­dèle à la de­mande, à sa­voir le fi­nan­ce­ment de la li­vrai­son, l’en­tre­prise n’était pas ren­table », ad­met Théo­bald de Bentz­mann. Or, pas­sé les pre­mières an­nées de l’émer­gence de la sha­ring eco­no­my, où la de­mande de crois­sance l’em­por­tait sur celle de pro­fits, « la scène des in­ves­tis­seurs en ca­pi­tal-risque a dé­sor­mais chan­gé », ana­lyse le jeune en­tre­pre­neur qui, sou­te­nu par ses ac­tion­naires, a donc dé­ci­dé de chan­ger de mo­dèle.

UN VÉ­RI­TABLE PRES­TA­TAIRE

De­puis un mois et de­mi, Co­mu­neat est donc de­ve­nu Che­fing: le pre­mier « trai­teur 2.0 » voire « le plus grand trai­teur » tout court de France, ex­plique Théo­bald de Bentz­mann. Dé­sor­mais, seuls les chefs pro­fes­sion­nels in­dé­pen­dants qui exercent dé­jà le mé­tier de trai­teurs, en se confor­mant aux normes et à la fis­ca­li­té, peuvent pro­po­ser leurs ser­vices. Che­fing ne se po­si­tionne plus comme place de mar­ché, mais de­vient un vé­ri­table pres­ta­taire in­ter­mé­diaire: il se ré­mu­nère sur la marge entre le prix d’achat aux trai­teurs et de re­vente des plats aux clients, as­sure la li­vrai­son, pro­pose des ser­vices com­plé­men­taires (four­ni­ture d’al­cool, nappes et vais­selle, maîtres d’hô­tel ou chefs à do­mi­cile, ani­ma­tion mu­si­cale, etc.), et va jus­qu’à louer des cui­sines pro­fes­sion­nelles pour réunir plu­sieurs chefs en cas de de­mande ex­tra­or­di­naire. « Lors d’une cam­pagne or­ga­ni­sée en sep­tembre pour l’an­cien Co­mu­neat, nous avons consta­té l’exis­tence d’une vé­ri­table de­mande de nou­veaux trai­teurs. Mais en rai­son de peu de bar­rières à l’en­trée, le mar­ché est au­jourd’hui très frag­men­té en France: des 10000 pro­fes­sion­nels exis­tants, 4500 sont in­dé­pen­dants. Ils n’ont sou­vent pas les moyens de dé­ve­lop­per un ré­seau com­mer­cial en de­hors du bouche-à-oreille », ex­plique Théo­bald de Bentz­mann. Che­fing est alors cen­sé leur as­su­rer la pos­si­bi­li­té de se faire connaître et d’étendre leur clientèle, tout en leur per­met­tant d’éta­blir eux-mêmes leurs de­vis et de pla­ni­fier leurs pres­ta­tions en l’avance. 100 d’entre eux, an­ciens membres de Co­mu­neat, sont d’ailleurs dé­jà à l’oeuvre. Si le site de Che­fing est en ré­fec­tion et de­vrait faire peau neuve d’ici quelques jours, de­puis un mois et de­mi il est en ef­fet dé­jà pos­sible d’y rem­plir un for­mu­laire pour une de­mande de ser­vice pou­vant al­ler jus­qu’à 500 convives, à Paris et en grande cou­ronne. En fonc­tion de son bud­get et de ses exi­gences, le client re­çoit en­suite les pro­po­si­tions de plu­sieurs trai­teurs, ain­si que des in­for­ma­tions sur le chef. « Les prix par convive peuvent être très dif­fé­rents en fonc­tion de l’offre, très di­ver­si­fiée. Mais à qua­li­té égale, grâce à la com­pé­ti­tion as­su­rée entre nos chefs, ils se­ront entre 20 et 30 % in­fé­rieurs à ce­lui d’un trai­teur conven­tion­nel », as­sure le fon­da­teur de la star­tup. Aux clients, Che­fing as­sure aus­si que « tout est fait par le chef le jour même », alors que « dans 90 % des cas les trai­teurs tra­di­tion­nels se li­mitent à as­sem­bler des pro­duits in­dus­triels ». Sans comp­ter une image de mo­der­ni­té qui a dé­jà conquis quelques par­ti­cu­liers ain­si que des en­tre­prises telles qu’Axa, Orange, Dri­vy, in­siste Théo­bald de Bentz­mann. L’en­tre­pre­neur est convain­cu qu’à la dif­fé­rence de Co­mu­neat, Che­fing, qui a hé­ri­té de dix sa­la­riés, se­ra ren­table « d’ici un mois et de­mi ». « Alors que le mar­ché de la food­tech, de 1,7 mil­liard d’eu­ros en France, est dé­jà bou­ché, ce­lui des trai­teurs vaut 4 mil­liards d’eu­ros et compte en­core peu d’ac­teurs in­no­vants », ex­plique-t-il, avant d’en conclure : « Il y a un bou­le­vard et, comme pour la li­vrai­son de re­pas il y a quelques an­nées, c’est le mo­ment de l’in­ves­tir ! » Le dé­fi se­ra ce­lui de créer de la confiance, en s’ap­puyant ini­tia­le­ment sur le ré­seau dé­jà construit par Co­mu­neat. Ain­si que d’étendre l’offre de ser­vices. « Après la conso­li­da­tion d’une di­zaine de villes de France, Che­fing a vo­ca­tion à de­ve­nir un lea­der eu­ro­péen », es­time en ef­fet Théo­bald de Bentz­mann, qui vou­drait d’in­ves­tir l’Eu­rope en 2019-2020. Pour fa­ci­li­ter le re­cru­te­ment de nou­veaux chefs, un ser­vice d’ac­com­pa­gne­ment gra­tuit pour les ama­teurs dé­si­rant de­ve­nir trai­teurs pro­fes­sion­nels est dé­jà pré­vu: « L’en­vie d’un tra­vail in­dé­pen­dant est l’une des clés de voûte de l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive », sou­ligne le fon­da­teur de Che­fing. Au ni­veau ré­gle­men­taire, il compte en re­vanche sur la nou­velle fa­veur dont bé­né­fi­cient les « star­tups in­no­vantes » aux yeux des po­li­tiques, qui « doivent per­mettre aux cham­pions fran­çais de se dé­ve­lop­per ». D’au­tant plus que face à l’éven­tuelle concur­rence des trai­teurs tra­di­tion­nels, son « éco­no­mie col­la­bo­ra­tive 2.0 » peut comp­ter à ses yeux sur un ar­gu­ment de fer: « Nos chefs sont tous des pro­fes­sion­nels, qui res­pectent les normes, fac­turent et paient des im­pôts », in­siste-t-il. Une dif­fé­rence im­por­tante face aux « an­ciens » Uber et Airbnb.

Il y a un bou­le­vard et c’est le mo­ment de l’in­ves­tir !

À sa de­mande de ser­vice, qui peut al­ler jus­qu’à 500 convives, le client re­çoit les pro­po­si­tions de plu­sieurs trai­teurs. Pre­mier « trai­teur fran­çais 2.0 », de­puis un mois et de­mi, Che­fing met en contact chefs pro­fes­sion­nels in­dé­pen­dants à la re­cherche...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.