Le plan pour bais­ser les coûts du TGV Oui­go passe à la vi­tesse su­pé­rieure

Le nou­veau mo­dèle d’ex­ploi­ta­tion des TGV clas­siques pas­se­ra par une uti­li­sa­tion plus in­ten­sive des trains . Ob­jec­tif : com­pri­mer les coûts de 20 % à 30 %. Au programme, la sup­pres­sion de 100 rames d’ici à 2021 et un grand ré­amé­na­ge­ment des ho­raires.

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - FA­BRICE GLISZCZYNS­KI @FG­liszc­zyns­ki

Le dé­ve­lop­pe­ment à marche for­cée des TGV low cost Oui­go n’est pas le seul moyen de la SNCF pour bais­ser les prix des billets et pré­pa­rer l’ou­ver­ture à la concur­rence du mar­ché do­mes­tique de la grande dis­tance fer­ro­viaire (non conven­tion­née) pré­vue en 2021. La di­rec­tion fi­na­lise en ef­fet un grand plan de ré­duc­tion des coûts d’ex­ploi­ta­tion du TGV clas­sique, le­quel re­pré­sen­te­ra en­core en 2020 75 % de l’offre TGV, mal­gré la mon­tée en puis­sance de Oui­go. Un plan qui va re­cou­rir aux bonnes pra­tiques de sa pe­tite soeur low cost, dont les coûts sont deux fois moins éle­vés en rai­son d’un sys­tème de pro­duc­tion beau­coup plus ef­fi­cace qui per­met aux trains de rou­ler 13 heures par jour contre 7 à 8 heures pour les TGV clas­siques. La SNCF planche donc sur une ré­vi­sion ra­di­cale du mo­dèle de pro­duc­tion des TGV clas­siques, dans le but « de bais­ser les coûts de 20 % à 30 % », a confié à quelques jour­na­listes Ra­chel Pi­card, la di­rec­trice gé­né­rale de Voyages SNCF, lors de la pré­sen­ta­tion des voeux de la SNCF à la presse lun­di 8 jan­vier. De quoi per­mettre de sup­por­ter une baisse conti­nue de la re­cette uni­taire en rai­son de la concur­rence d’autres modes de trans­port, mais aus­si de dis­sua­der d’éven­tuels nou­veaux en­trants de ve­nir faire de la grande vi­tesse en France ou, à dé­faut, d’être suf­fi­sam­ment com­pé­ti­tif pour les af­fron­ter.

UN QUART DE MA­TÉ­RIEL EN MOINS

Le nou­veau sys­tème doit per­mettre d’aug­men­ter la pro­duc­ti­vi­té des TGV clas­siques en les fai­sant rou­ler da­van­tage dans la jour­née. Bien connu des com­pa­gnies aé­riennes low cost, ce pro­cé­dé per­met de ré­par­tir les coûts fixes sur un plus grand nombre d’heures de cir­cu­la­tion et d’uti­li­ser moins de trains pour as­su­rer la même offre. Pour la liai­son Paris-Lyon par exemple, la SNCF pré­voit d’uti­li­ser 19 rames, contre 24 au­jourd’hui – et même 28 à 29 il y a quelque temps quand elle n’avait pas dé­dié les rames à cette liai­son. « Moins de ma­té­riels rou­lants si­gni­fie moins d’in­ves­tis­se­ments et moins de coûts de main­te­nance », a ajou­té Ra­chel Pi­card, en pré­ci­sant que l’ob­jec­tif « était de faire rou­ler les TGV deux heures de plus dans la jour­née ». Soit par­ve­nir à les faire cir­cu­ler 10 heures par jour en­vi­ron. « L’ob­jec­tif est gi­gan­tesque. Ce que nous avons dans nos plans est de pas­ser de 400 à 300 rames. C’es­tà-dire que nous al­lons as­su­rer la même offre avec un quart de ma­té­riel en moins », a-telle ex­pli­qué. À 35 mil­lions d’eu­ros la rame neuve, les éco­no­mies sont en ef­fet consi­dé­rables. La SNCF en­tend ré­duire son parc de TGV de 100 exem­plaires d’ici à 2021, au mo­ment de la fin de son mo­no­pole sur le mar­ché longue dis­tance. Ce­la va per­mettre de se dé­bar­ras­ser des rames les plus an­ciennes qui ont près de 35 ans mais aus­si d’ho­mo­gé­néi­ser le parc de TGV, un fac­teur lui aus­si d’op­ti­mi­sa­tion.

AR­RÊTS ME­NA­CÉS : CO­LÈRE À PRÉ­VOIR DU CÔ­TÉ DES ÉLUS

Pour faire rou­ler de ma­nière plus in­ten­sive les TGV, la di­rec­tion sou­haite no­tam­ment mettre les trains en ac­ti­vi­té plus tôt le ma­tin et as­su­rer les opé­ra­tions de main­te­nance la nuit et non plus en mi­lieu de jour­née. Sur­tout, elle planche sur un grand ré­amé­na­ge­ment des ho­raires pour les adap­ter à l’offre, un su­jet très sen­sible au­près des voya­geurs et des élus. D’au­tant plus que quelques ar­rêts TGV risquent de pas­ser à la trappe. L’an­nonce de ce grand cham­bar­de­ment ne va pas tar­der. « La SNCF va bien­tôt sor­tir du bois pour al­ler voir les élus et leur ex­pli­quer que quelques ar­rêts vont sau­ter », ex­plique un connais­seur du dos­sier. Les dis­cus­sions risquent d’être hou­leuses. « Nous vou­lons conser­ver ce qui fait le suc­cès de TGV, la ca­pa­ci­té, la fré­quence et l’ir­ri­ga­tion des ter­ri­toires. Notre ré­flexion porte sur le mo­dèle in­dus­triel du TGV en par­tant de ce­lui de Oui­go. Il se­ra peut-être né­ces­saire de mo­di­fier quelques des­sertes ou ho­raires pour te­nir compte du tra­fic et pou­voir bais­ser les coûts. Comme nous le fai­sons chaque an­née dans des pro­por­tions mi­neures. Nous en dis­cu­te­rons avec les élus le mo­ment ve­nu », a in­di­qué Ra­chel Pi­card. Ce plan de ré­duc­tion des coûts du TGV tra­duit l’ef­fort de baisse de coûts me­né par la di­rec­tion de­puis quelques an­nées. En 2017, la SNCF les a di­mi­nués de 820 mil­lions d’eu­ros, dé­pas­sant lar­ge­ment son ob­jec­tif de 750 mil­lions d’éco­no­mies, a confié Guillaume Pe­py. En 2018, l’ob­jec­tif est en­core de les bais­ser de 780 mil­lions d’eu­ros. « Il y a 5 ans, nous nous étions en­ga­gés à bais­ser nos coûts de 2,5 mil­liards d’eu­ros entre 2016 et 2020. Nous dé­pas­se­rons cet ob­jec­tif », a-t-il as­su­ré.

La com­pa­gnie na­tio­nale pré­pare l’ou­ver­ture à la concur­rence en ten­tant de dis­sua­der de nou­veaux en­trants de ve­nir faire de la grande vi­tesse en France.

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