STÉ­PHANE RI­CHARD

Les chan­tiers de son troi­sième man­dat

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PIERRE MA­NIÈRE @pma­niere

Sté­phane Ri­chard a ob­te­nu son troi­sième man­dat à la tête d’Orange. Conti­nuer la trans­for­ma­tion de l’opé­ra­teur his­to­rique, sa di­ver­si­fi­ca­tion dans la banque, réussir la mon­tée en gamme avec le très haut dé­bit, tels sont les nou­veaux chan­tiers qui l’at­tendent.

C’est fait. Après plu­sieurs mois de cam­pagne, Sté­phane Ri­chard a dé­cro­ché le feu vert du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Orange pour son main­tien à la tête du lea­der fran­çais des té­lé­coms. Certes, il lui fau­dra at­tendre le 4 mai pro­chain pour que l’as­sem­blée gé­né­rale des ac­tion­naires du groupe va­lide dé­fi­ni­ti­ve­ment son re­nou­vel­le­ment. Mais à moins d’un in­croyable re­tour­ne­ment de si­tua­tion – pos­si­ble­ment lié, en par­ti­cu­lier, à sa mise en exa­men dans l’af­faire de l’ar­bi­trage Ta­pie –, l’in­té­res­sé de­vrait sans pro­blème être re­con­duit pour son troi­sième man­dat en tant que chef de file de l’opé­ra­teur his­to­rique. De toute fa­çon, les jeux sont faits de­puis que l’État, pre­mier ac­tion­naire d’Orange, à hau­teur de 23%, a ap­por­té son sou­tien à Sté­phane Ri­chard. Le 21 jan­vier der­nier, Bru­no Le Maire, le mi­nistre de l’Éco­no­mie, a af­fir­mé sur BFMTV que le PDG « a fait du beau tra­vail », et « a vo­ca­tion à être re­con­duit ». Ce re­nou­vel­le­ment est loin d’être neutre : comme l’in­dique une source proche de l’état-ma­jor d’Orange, il si­gni­fie que l’opé­ra­teur his­to­rique va, dans les grandes lignes, conser­ver sa stra­té­gie ac­tuelle ces pro­chaines an­nées, qu’elles concernent la trans­for­ma­tion in­terne de l’en­tre­prise, le dé­ploie­ment des ré­seaux à très haut dé­bit, ou sa di­ver­si­fi­ca­tion. La Tri­bune fait le point sur les prio­ri­tés fu­tures du PDG.

1. TRANS­FOR­MER L’EN­TRE­PRISE

En in­terne, chez Orange, on n’en fait pas mys­tère : l’ex-France Té­lé­com de­meure un énorme pa­que­bot en­core peu agile et sou­vent han­di­ca­pé par des pro­ces­sus de dé­ci­sion par­fois très longs. Pour y re­mé­dier, l’en­tre­prise, qui compte 152 000 sa­la­riés (dont 93000 en France), doit se trans­for­mer, en met­tant no­tam­ment en place de nou­velles ma­nières de tra­vailler. Sté­phane Ri­chard, qui planche de­puis des an­nées sur ce dos­sier, ne sait que trop bien à quel point il est sen­sible. Ain­si, les syn­di­cats sont très cri­tiques sur le pro­jet d’Orange de dé­mé­na­ger son siège, à l’ho­ri­zon 2020, du XVe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris dans un com­plexe de bu­reaux à Is­sy-les-Mou­li­neaux. Alors que la di­rec­tion veut en pro­fi­ter pour aug­men­ter la taille des open spaces, mettre en place un sys­tème de bu­reaux par­ta­gés et re­cou­rir da­van­tage au té­lé­tra­vail, ils re­doutent une dé­gra­da­tion des condi­tions de tra­vail. En pa­ral­lèle, Sté­phane Ri­chard va de­voir com­po­ser avec des ef­fec­tifs en baisse. Entre 2018 et 2020, quelque 6000 sa­la­riés, en moyenne, vont par­tir à la re­traite chaque an­née, et beau­coup ne se­ront pas rem­pla­cés. À ce su­jet, les syn­di­cats tirent la son­nette d’alarme de­puis des an­nées, es­ti­mant que ces sup­pres­sions de postes alour­dissent la charge de tra­vail et la pres­sion au quo­ti­dien.

2. POUR­SUIVRE LE DÉ­PLOIE­MENT DU TRÈS HAUT DÉ­BIT

Avec Sté­phane Ri­chard aux ma­nettes, Orange va très cer­tai­ne­ment conti­nuer à mettre les bou­chées doubles dans le très haut dé­bit. Lors­qu’il est ar­ri­vé à la tête de l’opé­ra­teur his­to­rique en 2011, le PDG d’Orange a fait le choix, stra­té­gique, d’in­ves­tir dans le dé­ploie­ment de la fibre op­tique en France. L’ob­jec­tif est double. D’une part, Sté­phane Ri­chard y voit une arme pour re­con­qué­rir des clients dans les zones très denses. D’autre part, cette tech­no­lo­gie est per­çue comme un moyen d’aug­men­ter le re­ve­nu moyen par abon­né. Car, se­lon le PDG, les abon­nés à la fibre choi­sissent des offres plus haut de gamme, et consomment da­van­tage de conte­nus payants. Ce choix de la fibre, il n’y a, a prio­ri, au­cune rai­son que Sté­phane Ri­chard le re­mette en ques­tion. Qu’il s’agisse de la France, mais aus­si de l’Es­pagne, de la Rou­ma­nie ou de la Po­logne, où l’opé­ra­teur fran­çais est aus­si pré­sent. Concer­nant le mo­bile, Orange mise éga­le­ment sur le très haut dé­bit avec le dé­ploie­ment de la 4G. Sa­chant qu’en 2020, il va aus­si de­voir s’at­ta­quer à ce­lui de la 5G, dont les stan­dards se­ront bien­tôt dé­fi­nis. Par­mi les décisions im­por­tantes à ve­nir, Orange de­vrait pro­chai­ne­ment pro­po­ser un ac­cord de par­tage des in­fra­struc­tures mo­biles à Free dans les zones peu denses.

3. CONTI­NUER À SE DI­VER­SI­FIER

En France, Orange est confron­té à un mar­ché ma­ture, puisque l’écra­sante ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion dis­pose dé­jà d’un ac­cès à In­ter­net et de la té­lé­pho­nie mo­bile. Pour qu’il conti­nue à croître, Sté­phane Ri­chard a choi­si de di­ver­si­fier le groupe. Il a ain­si lan­cé Orange Bank le 2 no­vembre der­nier, et s’est for­te­ment dé­ve­lop­pé dans la cy­ber­sé­cu­ri­té ces der­nières an­nées. Se­lon une source proche, il ne va pas s’ar­rê­ter en si bon che­min. Il pré­voit, no­tam­ment, de se ren­for­cer dans la mai­son connec­tée.

Et les mé­dias ? Se­lon notre source, Sté­phane Ri­chard sou­hai­te­rait conti­nuer à mi­ser sur des par­te­na­riats avec des pro­duc­teurs de conte­nus pour les dis­tri­buer. Et ce, à l’ins­tar de l’ac­cord qu’Orange a si­gné avec Ca­nal Plus en juillet der­nier. Sous ce prisme, il va sans doute faire son pos­sible pour dé­cro­cher un par­te­na­riat avec SFR, qui pos­sède, entre autres, les droits de la Pre­mier League an­glaise et ceux de la pres­ti­gieuse Ligue des cham­pions. Quoi qu’il en soit, tou­jours se­lon notre source, Sté­phane Ri­chard de­meu­re­rait ex­trê­me­ment ré­ti­cent à l’idée d’ac­qué­rir di­rec­te­ment des droits spor­tifs ou de mon­ter des chaînes de té­lé­vi­sion.

4. CONSO­LI­DER, SI POS­SIBLE, LE MAR­CHÉ FRAN­ÇAIS

Même si, au­jourd’hui, au­cun pro­jet n’est of­fi­ciel­le­ment sur les rails, il est fort pos­sible qu’une conso­li­da­tion du mar­ché fran­çais des té­lé­coms sur­vienne ces pro­chaines an­nées. Si tel était le cas, nul doute que Sté­phane Ri­chard s’y in­té­res­se­rait. Lui qui a échoué, au prin­temps 2016, à faire main basse sur Bouygues Te­le­com. La pers­pec­tive d’un re­tour à trois opé­ra­teurs en France sé­duit, de­puis des an­nées, tous les ac­teurs, les­quels y voient un le­vier de choix pour do­per leurs re­ve­nus.

5. QUID D’UN GROS « DEAL » AVEC UN AUTRE OPÉ­RA­TEUR ?

C’est un des su­jets ha­bi­tuels de cris­pa­tion de Sté­phane Ri­chard avec la presse ou les ana­lystes fi­nan­ciers. Alors que ces der­niers n’ont de cesse d’ima­gi­ner Orange se ma­rier avec un autre opé­ra­teur his­to­rique – comme Te­le­com Ita­lia ou Deutsche Te­le­kom –, le PDG re­fuse sys­té­ma­ti­que­ment de se joindre à ces spé­cu­la­tions. Se­lon notre source, il n’en fe­rait pas un ob­jec­tif de son troi­sième man­dat. Ce qui ne l’em­pê­che­ra pas, nous dit-on, de se mon­trer prag­ma­tique en fonc­tion des op­por­tu­ni­tés, tout en se gar­dant de faire ex­plo­ser la dette.

Le PDG va de­voir com­po­ser avec des ef­fec­tifs en baisse

Sté­phane Ri­chard dé­ploie la fibre op­tique afin de re­con­qué­rir des clients dans les zones très denses et aug­men­ter le re­ve­nu moyen par abon­né.

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