Dé­fri­cheur Ay­me­ric Barthes (Naïo Tech­no­lo­gies)

Il in­vente un ro­bot désher­beur

La Tribune Hebdomadaire - - SOMAIRE - PA­TRICK CAPPELLI @pat­de­par

In­gé­nieur de for­ma­tion, Ay­me­ric Barthes a créé sa propre en­tre­prise de ro­bo­tique, consa­crée à l’au­to­ma­ti­sa­tion des tâches les plus in­grates pour les ma­raî­chers et les vi­ti­cul­teurs. Grâce au fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, Naïo Tech­no­lo­gies a pu se dé­ve­lop­per et conqué­rir les agri­cul­teurs en France. Et bien­tôt ceux du monde en­tier ?

En­le­ver les mau­vaises herbes à la main : une tâche in­grate et dif­fi­cile pour les ma­raî­chers, qui pour­rait bien dis­pa­raître grâce au ro­bot Oz de Naïo Tech­no­lo­gies. La star­tup tou­lou­saine a mis au point deux autres ro­bots au­to­nomes et élec­triques : Di­no pour les lé­gumes, et Ted pour la vi­ti­cul­ture. Avant de se lan­cer dans cette aven­ture ro­bo­tique, Ay­me­ric Barthes, co­fon­da­teur de Naïo Tech­no­lo­gies avec Gaë­tan Sé­ve­rac, a com­men­cé sa car­rière pro­fes­sion­nelle dans l’in­for­ma­tique. « J’ai fait mon di­plôme d’in­gé­nieur en al­ter­nance, en tra­vaillant pour la so­cié­té Al­me­rys, qui gère les flux des tiers payants pour les pro­fes­sion­nels de san­té », pré­cise le tren­te­naire. Di­plô­mé, il en­chaîne avec un CDD de six mois dans l’en­tre­prise qui lui per­met d’ac­qué­rir une pre­mière ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle. « J’ai com­pris que le dé­ve­lop­pe­ment lo­gi­ciel n’était pas ma vo­ca­tion. Je pré­fé­rais la ges­tion des don­nées, qu’on ap­pe­lait à l’époque la Bu­si­ness In­tel­li­gence », ajoute l’ama­teur de rug­by. Il in­tègre en­suite Ar­tal Tech­no­lo­gies, so­cié­té de ser­vices informatiq­ues si­tuée près de Tou­louse, pour la­quelle il réa­lise dif­fé­rentes mis­sions. Mais l’en­vie de créer sa propre en­tre­prise dé­mange le jeune in­gé­nieur. En mai 2010, Gaë­tan Sé­ve­rac, fu­tur co­fon­da­teur de Naïo Tech­no­lo­gies, se rend à la Fête de l’as­perge de Pon­tonx-sur-l’Adour, et dis­cute avec un pro­duc­teur qui lui fait part de ses pro­blèmes de désher­bage. Pas­sion­né de ro­bo­tique, Gaë­tan Sé­ve­rac com­mence à nour­rir le pro­jet d’un ro­bot pour au­to- ma­ti­ser ce mé­tier pé­nible. Dé­but 2011, les deux élèves de l’Ins­ti­tut mé­di­ter­ra­néen d’étude et de re­cherche en in­for­ma­tique et ro­bo­tique (Ime­rir) en­vi­sagent la créa­tion d’une en­tre­prise de ro­bo­tique. « Je ve­nais juste de si­gner mon CDI, j’ai donc tra­vaillé sur le pro­jet pa­ral­lè­le­ment à mon ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle », pré­cise Ay­me­ric Barthes, qui dé­cide de se lan­cer et crée Naïo Tech­no­lo­gies en no­vembre 2011.

MUL­TIPLES LE­VÉES DE FONDS

Son co­fon­da­teur, lui, a com­men­cé une thèse sur la com­mu­ni­ca­tion des ro­bots dans l’es­pace. De mars 2012 à oc­tobre 2013, le na­tif de L’Union est donc seul à se consa­crer à plein temps au dé­mar­rage de la jeune so­cié­té. L’an­née 2012 est consa­crée aux études de mar­ché et à la réa­li­sa­tion d’un pre­mier pro­to­type, un échec. « Nous avons trou­vé un autre par­te­naire qui a fa­bri­qué un nou­veau ro­bot en trois mois et a ac­cep­té un paie­ment dif­fé­ré », ra­conte le pe­tit-fils et ne­veu d’agri­cul­teurs. Pour fi­nan­cer le dé­ve­lop­pe­ment de ce pre­mier ro­bot, Naïo Tech­no­lo­gies se tourne vers le crowd­fun­ding, une pra­tique qui dé­bute alors en France. La pre­mière le­vée sur le site Ulule en 2013 rap­porte 8000 eu­ros. Plus que pré­vu, mais in­suf­fi­sant pour em­bau­cher. « Pour re­cueillir 50 000 eu­ros sup­plé­men­taires, nous avons en­voyé un email à notre ré­seau d’un mil­lier de contacts. En un mois, nous avons ré­col­té 87 000 eu­ros », évoque le co­fon­da­teur de Naïo Tech­no­lo­gies, qui peut alors re­cru­ter deux dé­ve­lop­peurs et une as­sis­tante ad­mi­nis­tra­tive, et dé­mar­rer la vente des ro­bots Oz (20000 eu­ros pièce). L’en­tre­prise réa­lise une troi­sième le­vée de fonds, à la fois sur les pla­te­formes Smart­An­gels à Pa­ris et Wi­seed à Tou­louse, et au­près de bu­si­ness an­gels, qui lui rap­porte 730000 eu­ros. Cet ar­gent per­met à la star­tup ag­tech de mettre au point deux nou­veaux ro­bots : Di­no pour les gros ma­raî­chers, et Ted pour les vi­ti­cul­teurs, pour un prix d’en­vi­ron 80 000 eu­ros cha­cun se­lon les mo­dèles. Fin 2015, nou­velle le­vée, de 2 mil­lions d’eu­ros, au­près des fonds d’in­ves­tis­se­ment De­me­ter Ven­tures et CapA­gro, pour conti­nuer le dé­ve­lop­pe­ment des trois ro­bots. Naïo Tech­no­lo­gies com­mence à com­mer­cia­li­ser son ro­bot Oz et as­sure le ser­vice après-vente, jus­qu’à al­ler fi­nir le désher­bage à la main quand le ro­bot n’a pas en­le­vé toutes les mau­vaises herbes. En 2014, Naïo Tech­no­lo­gies vend sept ro­bots Oz : 15 en 2015, 21 en 2016 et 33 en 2017.

UN SUC­CÈS GRAN­DIS­SANT

La star­tup em­ploie au­jourd’hui une tren­taine de per­sonnes, dont un tiers pour la R&D, un tiers pour l’as­pect com­mer­cial et SAV, et un tiers sur la fonc­tion sup­port. Naïo Tech­no­lo­gies est membre de La Ferme di­gi­tale, une as­so­cia­tion de start‑ups qui a pour ob­jec­tif de « pro­mou­voir l’in­no­va­tion et le nu­mé­rique pour une agri­cul­ture per­for­mante et du­rable ». « Nous ve­nons de lan­cer le ro­bot Ted pour le sec­teur vi­ti­cole, et nous al­lons dé­sor­mais nous consa­crer au chan­ge­ment d’échelle, no­tam­ment à l’in­ter­na­tio­nal, en com­men­çant par l’Eu­rope, mais aus­si la Ca­li­for­nie et le Ja­pon », dé­crit Ay­me­ric Barthes, qui pré­voit une ren­ta­bi­li­té en 2020. Mo­qués au dé­part par des agri­cul­teurs scep­tiques, les ro­bots désher­beurs ont de­puis conquis la pro­fes­sion en France, en at­ten­dant de sé­duire les agri­cul­teurs du monde en­tier.

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