Agri­cul­ture « Blo­ck­chain », un ter­reau fer­tile ?

Yael Ro­zenc­wa­jg est la di­ri­geante de Bl0­ckch21n, une jeune pousse is­raé­lienne conce­vant des so­lu­tions « blo­ck­chain » pour les en­tre­prises et l’In­ter­net des ob­jets. Fon­da­trice de l’or­ga­ni­sa­tion Blo­ck­chain Is­rael, elle est aus­si men­tor chez Google.

La Tribune Hebdomadaire - - SOMAIRE - PAS­CALE PAOLI-LEBAILLY À RENNES @ppl­me­dia35

La tran­si­tion agri­cole et ali­men­taire est en marche, les en­tre­prises doivent s’y pré­pa­rer. Se­lon Yael Ro­zenc­wa­jg, men­tor pour les star­tups chez Google, la blo­ck­chain offre des avan­tages in­dé­niables pour tous les sec­teurs, et pas seule­ment dans les do­maines ban­caire et fi­nan­cier. En ma­tière de pro­duc­tion, d’en­vi­ron­ne­ment, de tra­ça­bi­li­té des pro­duits, de lo­gis­tique ou de dis­tri­bu­tion, le sec­teur agri-agro a tout à ga­gner à s’em­pa­rer dès main­te­nant de cette tech­no­lo­gie de rup­ture. As­so­ciée à l’IoT et à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, elle pour­rait bou­le­ver­ser (en mieux) toute la chaîne de pro­duc­tion et de va­leur. D’où viennent les avo­cats que j’achète ? Avec quels pes­ti­cides ont-ils été pro­duits ? Comment être sûr que cette viande est saine ? La chaîne du froid a-t-elle été bien res­pec­tée ? Quand les crises sa­ni­taires, liées au boeuf, aux oeufs ou, tout ré­cem­ment, à des poudres de lait, re­viennent ré­gu­liè­re­ment dans l’ac­tua­li­té, le consom­ma­teur de­vient mé­fiant et de­mande de plus en plus de ga­ran­ties sur la tra­ça­bi­li­té et la sé­cu­ri­sa­tion des pro­duits qu’il achète. Or, l’on sait qu’en 2050, il fau­dra nour­rir près de 10 mil­liards d’in­di­vi­dus, et que ce­la sous-en­tend une aug­men­ta­tion de la pro­duc­tion, une pro­duc­ti­vi­té ac­crue, une lo­gis­tique plus ef­fi­cace. Voi­là de quoi don­ner des suées aux en­tre­prises de l’agri­cul­ture (580000 ac­tuel­le­ment en France) et de l’agro-ali­men­taire. Comment s’adap­ter et pré­pa­rer cette tran­si­tion ? Pour Yael Ro­zenc­wa­jg, écou­tée avec in­té­rêt par les ac­teurs bre­tons du sec­teur lors de la Di­gi­tal Tech de dé­cembre der­nier à Rennes, l’ave­nir ré­side dans la blo­ck­chain, ce sys­tème de sto­ckage et d’échange d’in- for­ma­tion dé­cen­tra­li­sé et à gou­ver­nance par­ta­gée. Donc sans in­ter­mé­diaire ou or­gane cen­tral de contrôle.

IM­PACT SUR LA CHAÎNE DE PRO­DUC­TION ET DE VA­LEUR

« Contrai­re­ment au cloud, par exemple, la blo­ck­chain est une tech­no­lo­gie com­plè­te­ment dé­cen­tra­li­sée, qui per­met de réa­li­ser des tran­sac­tions vir­tuelles, de sé­cu­ri­ser des échanges de va­leur en ré­par­tis­sant les don­nées sen­sibles entre les uti­li­sa­teurs eux-mêmes », ex­plique la fon­da­trice de l’or­ga­ni­sa­tion Blo­ck­chain Is­rael et di­ri­geante de BlO­ckch21n, une jeune pousse is­raé­lienne conce­vant des so­lu­tions blo­ck­chain pour les en­tre­prises et l’in­ter­net des ob­jets. « Les sec­teurs de la fi­nance et de la banque ont été les pre­miers vi­sés mais, po­ten­tiel­le­ment, la blo­ck­chain concerne tous les sec­teurs d’ac­ti­vi­té, y com­pris l’agri­cul­ture et l’agro-ali­men­taire, deux do­maines où la sé­cu­ri­sa­tion de la chaîne ali­men­taire va de­ve­nir de plus en plus cru­ciale. » Alors qu’ac­tuel­le­ment 500 mil­lions d’agri­cul­teurs couvrent 80 % de la pro­duc­tion mon­diale (pour 40 % des re­ve­nus mon­diaux), la crois­sance at­ten­due de la po­pu­la­tion va en­gen­drer des contrainte­s nou­velles, voire des risques ac­crus de faille, de conta­mi­na­tion ou de fraudes. As­so­ciée à l’IoT et à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, la blo­ck­chain se­rait donc en me­sure de dis­rup­ter toute la chaîne de pro­duc­tion et de va­leur, rendre plus ef­fi­cace le maillon lo­gis­tique, rac­cour­cir les temps de trans­port pour conser­ver la fraî­cheur des pro­duits. Et, au fi­nal, rap­pro­cher les pro­duc­teurs (mieux ré­mu­né­rés aus­si ?) des consom­ma­teurs.

IN­NO­VA­TION ET IN­TEL­LI­GENCE COL­LEC­TIVE

« Entre les frais lo­gis­tiques ou les coûts de sto­ckage, un tiers du prix du pro­duit s’éva­pore, rap­pelle Yael Ro­zenc­wa­jg. Les so­lu­tions blo­ck­chain vont per­mettre de li­mi­ter les in­ter­mé­diaires, de cer­ti­fier les étapes. Éga­le­ment, de mieux iden­ti­fier les pro­blèmes, voire d’iso­ler dans la chaîne de dis­tri­bu­tion les pro­duits à risques. De la tra­ça­bi­li­té à la sé­cu­ri­té ali­men­taire, en pas­sant par les bio­tech­no­lo­gies pour amé­lio­rer les ren­de­ments (avec moins d’in­trants chi­miques) et les tran­sac­tions, leur champ d’ap­pli­ca­tion est vaste. Et plu­tôt col­la­bo­ra­tif. » Pour créer des so­lu­tions blo­ck­chain, Yael Ro­zenc­wa­jg isole en ef­fet trois fac­teurs clés : l’in­no­va­tion (avec la R&D), l’in­tel­li­gence col­lec­tive (avec la mise en place, au ni­veau des États et des ins­ti­tu­tions, de moyens et de me­sures de ré­gu­la­tion), la mise à dis­po­si­tion au­près du pu­blic de sys­tèmes de cryp­to­mon­naie (mon­naie vir­tuelle). « On est en­tré de ma­nière concrète dans une ré­vo­lu­tion réelle qui connaî­tra ses pre­miers ef­fets ou ser­vices à l’ho­ri­zon 2019-2020 », as­sure la chef d’en­tre­prise. « La blo­ck­chain, c’est un en­vi­ron­ne­ment glo­bal qu’il faut ex­ploi­ter. La France a bien com­pris ce vi­rage tech­no­lo­gique et in­dus­triel, et se mo­bi­lise. L’Eu­rope y tra­vaille en pre­nant des ini­tia­tives [un concours de 5 mil­lions d’eu­ros a été lan­cé en no­vembre der­nier, ndlr]. Sur le seul su­jet de la pro­duc­tion de viande, trois star­tups (États-Unis, Is­raël, Aus­tra­lie) ont dé­ve­lop­pé des so­lu­tions. Le groupe Tes­co in­ves­tit pour sa part dans la par­tie tra­ça­bi­li­té et dis­tri­bu­tion. Rien qu’à Tel-Aviv, plus de 150 jeunes pousses tra­vaillent sur la cryp­to­mon­naie ; en France, c’est 15 % à 20 % des nou­velles en­tre­prises. » Avec les smart contracts, cer­tains agri­cul­teurs en Eu­rope achètent dé­jà leurs ma­tières pre­mières avec une cryp­to­mon­naie, du type bit­coin ou ethe­reum. Or, ce moyen de paie­ment al­ter­na­tif est ap­pe­lé à jouer un rôle cen­tral dans l’or­ga­ni­sa­tion de com­mu­nau­tés, voire, à terme, à fa­ci­li­ter la créa­tion de liens plus étroits entre les pro­duc­teurs et les consom­ma­teurs. « L’in­tel­li­gence se trouve dans les star­tups, avec, sur la par­tie agri­cole, un sou­ci d’écoute des at­tentes de l’ache­teur fi­nal. La blo­ck­chain se­ra très pro­fi­table aux en­tre­prises qui s’y met­tront ra­pi­de­ment », pré­dit Yael Ro­zenc­wa­jg. Le prin­ci­pal dé­fi étant quand même d’en avoir les moyens.

La sé­cu­ri­sa­tion de la chaîne ali­men­taire va de­ve­nir cru­ciale

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