Comment Vroom­ly veut ré­vo­lu­tion­ner l’en­tre­tien au­to

La Tribune Hebdomadaire - - SOMAIRE - NA­BIL BOURASSI @Na­bilBou­ras­si

La pla­te­forme Vroom­ly géo­lo­ca­lise des ga­rages sé­lec­tion­nés et in­dique les prix se­lon la re­quête de l’uti­li­sa­teur. La star­tup fon­dée par Alexis Fre­re­jean a le­vé 2 mil­lions d'eu­ros au­près de Via ID, l'in­cu­ba­teur de Mo­bi­via (No­rau­to, Mi­das). En­jeu : re­fon­der l’ex­pé­rience client dans l’en­tre­tien au­to­mo­bile. Mais Vroom­ly doit éga­le­ment an­ti­ci­per l'évo­lu­tion du sec­teur à la veille de la ré­vo­lu­tion de la voi­ture élec­trique.

Je n’aime pas le terme de dis­rup­tion », conclut Alexis Fre­re­jean au terme de la pré­sen­ta­tion de l’en­tre­prise qu’il a fon­dée, Vroom­ly. Ce­lui qui pré­fère les an­gli­cismes très concep­tua­li­sés n’a pour­tant rien dé­mon­tré d’autre en dé­bar­quant sur le mar­ché de l’en­tre­tien au­to­mo­bile avec l’idée de to­ta­le­ment re­fon­der la re­la­tion com­mer­ciale entre ga­ra­gistes et par­ti­cu­liers, la fa­meuse « ex­pé­rience client ». L’aven­ture com­mence par une pe­tite his­toire de tous les jours, dont les star­tup­peurs raf­folent. « Je de­vais un jour chan­ger mes pla­quettes de frein, le de­vis du ga­ra­giste s’est éle­vé à 545 eu­ros parce qu’il avait es­ti­mé qu’il fal­lait chan­ger tout le kit de dis­tri­bu­tion. Après vé­ri­fi­ca­tion, il s’est avé­ré que le ga­ra­giste di­sait vrai, mais je n’avais au­cun moyen de le sa­voir. Je me suis alors ren­du compte que la dé­fiance vis-à-vis des ga­ra­gistes ve­nait en grande par­tie de cette asy­mé­trie de l’in­for­ma­tion et d’une per­cep­tion al­té­rée du prix. J’ai alors com­men­cé à ré­flé­chir au moyen de ré­soudre cette asy­mé­trie. »

UNE JEUNE POUSSE QUI A POUS­SÉ TRÈS VITE

En­suite, tout est al­lé très vite. L’idée germe au prin­temps 2016, elle gran­dit pen­dant l’été avec l’ar­ri­vée de dé­ve­lop­peurs no­tam­ment, puis elle éclot dé­but 2017 avec le lan­ce­ment du site. Vroom­ly est une pla­te­forme qui per­met de géo­lo­ca­li­ser des ga­rages soi­gneu­se­ment sé­lec­tion­nés, et de don­ner des in­di­ca­tions de prix en vi­gueur en fonc­tion de l’en­tre­tien vi­sé par le par­ti­cu­lier. À peine née, la jeune pousse en­re­gis­trait dé­jà des ré­sul­tats en­cou­ra­geants. Alexis Fre­re­jean an­nonce, en ce dé­but d’an­née 2018, une crois­sance du tra­fic de 10 % par se­maine. Il re­ven­dique même un taux de trans­for­ma­tion de la vi­site unique en contact avec un ga­ra­giste de 10 %, tan­dis que le taux gé­né­ra­le­ment re­te­nu dans l’e-com­merce os­cille entre 3 et 4 %. Dé­sor­mais, l’en­tre­prise veut ac­cé­lé­rer et, après avoir le­vé des fonds au­près de « Friends & Fa­mi­ly » , en d’autres termes son en­tou­rage, Alexis Fre­re­jean s’est tour­né vers des in­ves­tis­seurs plus ins­ti­tu­tion­nels. Ce n’est pas par ha­sard si Vroom­ly est par­ve­nu à dé­cro­cher au­près de Via ID (Heetch, Oui­car…) une le­vée de fonds de 2 mil­lions d’eu­ros. Cet in­cu­ba­teur de star­tups a été créé par Mo­bi­via, le holding qui contrôle No­rau­to et Mi­das, des en­seignes de main­te­nance au­to­mo­bile en pleine ex­pan­sion après le ra­chat de l’al­le­mand ATU fin 2016. Pour Via ID, Vroom­ly est bien plus qu’un com­pa­ra­teur de prix et n’est en au­cun cas une place de mar­ché où les ga­ra­gistes s’épuisent à ré­pondre, en vain, à des de­vis.

LA DA­TA, CLÉ DU SUC­CÈS

La jeune pousse pa­ri­sienne a créé un al­go­rithme qui a in­té­gré près de cinq an­nées de fac­tures re­cueillies au­près de 700 ga­rages, soit plus de 22 mil­lions d’in­ter­ven­tions. « Nous avons réus­si à éva­luer le prix juste d’une in­ter­ven­tion, sur un vé­hi­cule à un en­droit don­né » , se targue Alexis Fre­re­jean, qui ajoute aus­si­tôt : « Et nous avons mis en place un lo­gi­ciel qui nous per­met de re­pro­duire exac­te­ment le prix pra­ti­qué par chaque ga­rage, pour sé­lec­tion­ner les ga­rages de confiance. » Car Vroom­ly ne veut pas se re­trou­ver dans une si­tua­tion où il im­pose et lisse les prix du mar­ché. « C’est un mar­ché qui a be­soin de re­trou­ver de la confiance, ce­la passe par une forme de trans­pa­rence ou, en tout cas, d’une meilleure com­pré­hen­sion des prix », ex­plique le jeune star­tup­per de 34 ans. Mais que dit un prix sans la ca­pa­ci­té d’es­ti­mer la qua­li­té de pres­ta­tion ? Vroom­ly s’ins­crit dans une dé­marche qua­li­té en im­po­sant un ca­hier des charges très pré­cis aux ga­ra­gistes : pièce d’ori­gine ou de qua­li­té d’ori­gine, prix de la main-d’oeuvre com­pa­ré aux taux ho­raires en vi­gueur dans la géo­gra­phie proche... Vroom­ly est-il en train d’im­po­ser son ca­hier des charges à la pro­fes­sion avec comme to­tem la sa­tis­fac­tion client ? La charte qua­li­té, par exemple, im­pose au ga­ra­giste d’ac­cueillir le client en moins de dix mi­nutes, mais éga­le­ment de lui rendre la pièce qui a été chan­gée. « On évite les ga­ra­gistes ten­tés de net­toyer une pla­quette de frein sans la chan­ger », ra­conte Alexis Fre­re­jean. Se­lon lui, il faut don­ner des gages de qua­li­té au client pour le ras­su­rer. Et ce­la semble fonc­tion­ner puisque Vroom­ly signe entre trois et sept contrats avec des ga­rages chaque jour. Se­lon lui, les ga­ra­gistes par­tagent l’idée qu’il faut cen­trer le dé­bat sur la confiance et non sur le prix. Les ga­ra­gistes sont d’au­tant plus sé­duits que l’abon­ne­ment chez Vroom­ly est de 89 eu­ros par mois. À ce prix, le pro­fes­sion­nel s’offre une vi­si­bi­li­té sur le site et des ser­vices as­so­ciés comme la ges­tion des agen­das de ren­dez-vous client.

LA ME­NACE DE LA VOI­TURE ÉLEC­TRIQUE

Pour au­tant, Vroom­ly ne pour­ra pas échap­per à la trans­for­ma­tion en cours dans le pay­sage au­to­mo­bile, qui ef­fraie les ga­ra­gistes du monde en­tier : l’avè­ne­ment de la voi­ture élec­trique. Avec la dis­pa­ri­tion de la chaîne de trac­tion et de tous les équi­pe­ments de dé­pol­lu­tion, la voi­ture élec­trique pour­rait faire plon­ger l’ac­ti­vi­té les ga­ra­gistes. Alexis Fre­re­jean n’est pour­tant pas in­quiet. « La tran­si­tion éco­lo­gique va ame­ner les Fran­çais vers des pra­tiques plus du­rables, et no­tam­ment les in­ci­ter à mieux prendre soin de leur voi­ture », es­time-t-il sans ex­pli­quer comment le mo­dèle sur­vi­vra à une éco­no­mie qui im­plique net­te­ment moins de pas­sages chez le ga­ra­giste. Il est ce­pen­dant vrai que, pour l’heure, la voi­ture élec­trique est en­core un mar­ché de niche. À ce­la, il faut ajou­ter de nou­veaux pé­ri­mètres de main­te­nance comme les bat­te­ries, voire les équi­pe­ments de connec­ti­vi­té, qui se­ront de plus en plus nom­breux. Le jeune en­tre­pre­neur n’est pas non plus in­quiet de l’évo­lu­tion du mar­ché du neuf qui s’oriente de plus en plus sur des ventes à flotte, c’est-à-dire vers des so­cié­tés, ou en­core vers le dé­ve­lop­pe­ment du lea­sing, ces locations de longue du­rée qui in­cluent des contrats de main­te­nance. « S’il est vrai que le mar­ché du neuf est en mu­ta­tion, nous ob­ser­vons que le parc, lui, vieillit, ce qui im­plique da­van­tage de main­te­nance. À plus long terme, nous pour­rions même en­vi­sa­ger d’étendre l’ex­pé­rience de l’en­tre­tien à la ré­pa­ra­tion en pro­po­sant aux as­su­rances un ou­til pour trou­ver le ga­rage de confiance le plus proche d’une panne », ex­plique-t-il avant de conclure : « Certes, les sous-ja­cents ne sont pas les mêmes, mais une fois que nous avons la da­ta, nous avons la ca­pa­ci­té d’adap­ter nos pro­duits. »

EN­JEU MA­JEUR POUR L’AC­TION­NAIRE

Vroom­ly veut ré­vo­lu­tion­ner l’ex­pé­rience client dans le sec­teur de la main­te­nance au­to­mo­bile grâce à la da­ta. Ra­me­ner de la confiance dans un bu­si­ness tant dé­crié re­pré­sente à coup sûr un mar­ché im­por­tant qui sa­tis­fe­ra au­tant les ga­ra­gistes que les clients. Vroom­ly pour­ra-t-il néan­moins an­ti­ci­per la pro­fonde et iné­luc­table trans­for­ma­tion de ce mar­ché et y ré­pondre ? Alexis Fre­re­jean, qui en est à sa troi­sième star­tup, pour­ra comp­ter sur l’agi­li­té de sa struc­ture pour y faire face. Mo­bi­via pour­rait être en­core plus at­ten­tif aux am­bi­tions de cette star­tup, par­mi la ving­taine dans la­quelle son in­cu­ba­teur a in­ves­ti, car il est concer­né au pre­mier chef par cette ré­vo­lu­tion de l’en­tre­tien au­to­mo­bile via ses en­seignes No­rau­to et Mi­das…

Pour faire re­cu­ler la dé­fiance vis-à-vis des ga­ra­gistes, il faut don­ner des gages de qua­li­té au client.

Alexis Fre­re­jean en est à sa troi­sième star­tup.

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