Mar­tin Bouygues : « La conso­li­da­tion des té­lé­coms ? Ar­rê­tons avec ce truc ! »

Lors de la pré­sen­ta­tion des ré­sul­tats 2017 du groupe, le pa­tron de Bouygues, mai­son mère de Bouygues Te­le­com, a écar­té tout re­tour à un mar­ché des té­lé­coms à trois opé­ra­teurs en France.

La Tribune Hebdomadaire - - SOMAIRE - P. M.

Il en a vi­si­ble­ment ras-le-bol qu’on l’in­ter­roge à ce su­jet. Lors de la pré­sen­ta­tion des ré­sul­tats 2017 du groupe Bouygues aux ana­lystes fi­nan­ciers, le 22 fé­vrier, Mar­tin Bouygues a ba­layé d’un re­vers de la main une ques­tion sur la pos­si­bi­li­té d’une conso­li­da­tion du mar­ché fran­çais des té­lé­coms. Aga­cé qu’on lui de­mande – pour­tant fort lo­gi­que­ment – si Bouygues Te­le­com comp­tait jouer un rôle dans un hy­po­thé­tique re­tour à trois opé­ra­teurs, le pa­tron s’est mon­tré cin­glant. « Sur la conso­li­da­tion, ar­rê­tons avec ce truc quoi ! Ça com­mence à être pé­nible et ça n’a au­cun sens, a-t-il af­fir­mé. On ne peut pas nous ser­vir ça à chaque fois... Vous avez quatre opé­ra­teurs – en­fin, qua­si­ment les quatre [com­prendre : sauf SFR, ndlr] – qui an­noncent en 2017 une amé­lio­ra­tion de leur pro­fi­ta­bi­li­té. Voi­là. Ce n’est pas moi qui ai vou­lu l’ar­ri­vée d’un qua­trième opé­ra­teur [Free en 2012]. Et que les choses soient bien claires : ce ne se­ra en au­cun cas moi qui se­rai l’ar­ti­san ou à la ma­noeuvre sur une quel­conque conso­li­da­tion. Main­te­nant, cha­cun peut ra­con­ter ce qu’il veut… Moi, je vais vous dire, plu­tôt que d’être trois, il vaut mieux être tout seul ! Et je pré­fère être ce­lui qui a le mo­no­pole, mais je ne suis pas sûr qu’on me pro­pose ce plan-là ! ». Voi­là qui a le mé­rite d’être lim­pide. Même si Mar­tin Bouygues n’a pas tou­jours te­nu ce dis­cours… En avril 2016, alors que Bouygues Te­le­com était en dif­fi­cul­té, il a re­fu­sé, après plu­sieurs mois de né­go­cia­tions, une offre d’Orange pour l’opé­ra­teur qu’il a créé en 1994.

BÉ­NÉ­FICE EN HAUSSE

Il est vrai que le con­texte est au­jourd’hui dif­fé­rent. Au­tre­fois pré­sen­té comme l’homme ma­lade des té­lé­coms fran­çaises, Bouygues Te­le­com a échan­gé cette éti­quette avec son ri­val SFR, qui a per­du énor­mé­ment de clients ces trois der­nières an­nées. Sur­tout, l’opé­ra­teur af­fiche dé­sor­mais des ré­sul­tats so­lides. En 2017, ses ventes ont pro­gres­sé de 6,08 %, à 5,08 mil­liards d’eu­ros, pour un bé­né­fice en forte hausse, à 236 mil­lions d’eu­ros. Ce­la consti­tue « sans doute la plus forte crois­sance du sec­teur », s’est ain­si van­té Mar­tin Bouygues ce même jeu­di. Lors de la pré­sen­ta­tion aux ana­lystes fi­nan­ciers des ré­sul­tats du groupe, Oli­vier Rous­sat, le di­rec­teur gé­né­ral dé­lé­gué de Bouygues, a sa­lué les per­for­mances com­mer­ciales de l’opé­ra­teur. Dans le mo­bile, « nous avons eu une crois­sance sou­te­nue », a-t-il dé­cla­ré. Fin dé­cembre 2017, l’opé­ra­teur comp­tait 14,4 mil­lions de clients (10,3 mil­lions hors ma­chine to ma­chine), soit 500000 de plus en un an. En outre, « on a pour­sui­vi la conver­sion de notre base à l’usage de la 4G », a-t-il ajou­té. « On avait 7,9 mil­lions de clients 4G fin 2017, soit 1 mil­lion de plus par rap­port à la fin 2016. »

AU SER­VICE DES EN­TRE­PRISES

Dans l’In­ter­net fixe, Bouygues Te­le­com a éga­le­ment ti­ré son épingle du jeu. L’an der­nier, l’opé­ra­teur a ajou­té 340 000 clients à son por­te­feuille, pour un parc to­tal de 3,4 mil­lions d’abon­nés. Sur­tout, Bouygues Te­le­com ac­cé­lère ses re­cru­te­ments dans le très haut dé­bit. L’an der­nier, il a ain­si plus que dou­blé son nombre de clients à la fibre, qui s’élève à 265000 abon­nés. En pa­ral­lèle de ses in­ves­tis­se­ments dans la fibre ou la 4G, Bouygues Te­le­com compte se ren­for­cer dans les té­lé­coms d’en­tre­prise, et par­ti­cu­liè­re­ment dans l’In­ter­net fixe. « Nous avons des pos­si­bi­li­tés de pro­grès as­sez si­gni­fi­ca­tives dans ce do­maine », a ju­gé Oli­vier Rous­sat. Il a rap- pe­lé que si Bouygues Te­le­com dis­pose d’une im­por­tante part de mar­ché dans le cré­neau du mo­bile à des­ti­na­tion des en­tre­prises ( « entre 22 et 23 % » ), l’opé­ra­teur n’en a que de « très pe­tites » dans ce­lui de l’In­ter­net fixe. Pour y faire son nid, Bouygues Te­le­com en­vi­sage, se­lon le di­rec­teur gé­né­ral dé­lé­gué, de ra­che­ter des ac­teurs pour ac­qué­rir l’ex­per­tise qui lui manque. Par­mi les ser­vices aux en­tre­prises qui in­té­ressent le groupe, Oli­vier Rous­sat a évo­qué ce­lui de la sé­cu­ri­té. En pa­ral­lèle, l’opé­ra­teur conti­nue de mi­ser sur le dé­ve­lop­pe­ment de l’In­ter­net des ob­jets, par le biais de sa fi­liale dé­diée, Ob­je­nious.

Le pa­tron du groupe Bouygues sou­ligne que les opé­ra­teurs connaissen­t une amé­lio­ra­tion de leur pro­fi­ta­bi­li­té.

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