Air France : « Il faut que cha­cun fasse preuve de res­pon­sa­bi­li­té »

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LA TRI­BUNE - Il y a eu au cours du pré­cé­dent quin­quen­nat une sorte de dia­logue de sourds entre des syn­di­cats de cer­taines com­pa­gnies aé­riennes – ceux d’Air France pour ne pas les nom­mer – et l’État. D’un cô­té, ces syn­di­cats at­tendent une ac­tion forte de l’État avant de pour­suivre les ef­forts, tan­dis que, de l’autre, l’État a par­fois don­né le sen­ti­ment d’at­tendre des ef­forts né­ces­saires de la com­pa­gnie avant d’agir. Pen­sez-vous que les com­pa­gnies ont dé­jà fait ce qu’il fal­lait et que la balle est dé­sor­mais dans le camp de l’État ?

Quand on constate que le trans­port aé­rien fran­çais capte aus­si peu de la crois­sance, on peut se dire que par le pas­sé les uns et les autres n’ont pas fait tout le che­min né­ces­saire. On le sait bien. La com­pé­ti­ti­vi­té est liée à l’en­vi­ron­ne­ment ré­gle­men­taire et lé­gis­la­tif mais il y a aus­si les en­jeux de com­pé­ti­ti­vi­té qui re­lèvent des com­pa­gnies. Le jeu se fait for­cé­ment à deux.

Quel re­gard por­tez-vous sur la de­mande de 6 % de hausse des sa­laires des syn­di­cats d’Air France ?

Il faut que cha­cun fasse preuve de res­pon­sa­bi­li­té. Tout le monde peut se ré­jouir de la bonne per­for­mance d’Air France en 2017 [588 mil­lions de bé­né­fices d’ex­ploi­ta­tion,

ndlr]. Pour au­tant, comme le dit le PDG d’Air France-KLM, la ren­ta­bi­li­té d’Air France est in­fé­rieure à celle de KLM

[910 mil­lions] et de ses concur­rentes. Je me ré­jouis qu’Air France soit re­par­tie dans une phase de crois­sance avec un pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment, et je pense que tous les sa­la­riés doivent être at­ten­tifs à ne pas cas­ser cette dy­na­mique. C’est un ap­pel à la res­pon­sa­bi­li­té. Les trans­por­teurs aé­riens n’opèrent pas dans un mar­ché pro­té­gé dans le­quel cha­cun pour­rait se dés­in­té­res­ser de la com­pé­ti­ti­vi­té de ses concur­rents.

La stra­té­gie de l’État dans le trans­port aé­rien a jus­qu’ici été ti­raillée entre les in­té­rêts di­ver­gents de l’État ac­tion­naire et de l’État ré­gu­la­teur avec, le plus sou­vent, des consi­dé­ra­tions du pre­mier qui l’em­por­taient sur celles du se­cond. Ce­la a été le cas dans le dé­bat sur les re­de­vances aé­ro­por­tuaires, dans le­quel l’État semble avoir été plus en­clin à fa­vo­ri­ser ADP, qui lui dis­tri­bue de confor­tables di­vi­dendes, que les com­pa­gnies aé­riennes. N’est-il pas à craindre que votre vi­sion pour le trans­port aé­rien butte une nou­velle fois sur les in­té­rêts di­ver­gents de l’État ?

C’est im­por­tant de par­ta­ger les en­jeux avec les dif­fé­rents ac­teurs et nous au­rons évi­dem­ment à les par­ta­ger au sein du gou­ver­ne­ment. L’État ac­tion­naire est sen­sible à un cer­tain nombre de su­jets. Avoir un trans­port aé­rien per­for­mant, à la fois dans l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire pour sou­te­nir le dé­ve­lop­pe­ment de nos grandes ré­gions en les connec­tant di­rec­te­ment à l’Eu­rope, et avoir aus­si une bonne connec­ti­vi­té de la France avec le reste du globe, ce sont de gros en­jeux pour notre pays en termes de rayon­ne­ment na­tio­nal, de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, et tou­ris­tique. Ces en­jeux-là, nous de­vons en ef­fet les par­ta­ger au sein du gou­ver­ne­ment.

L’État dé­tient 14,2 % du ca­pi­tal d’Air France-KLM et 50,6 % de ce­lui d’ADP. Ne se­rait-il pas pré­fé­rable que l’État se désen­gage de ces deux en­tre­prises ?

L’État ré­flé­chit à des ces­sions de par­ti­ci­pa­tions, comme ce­la a dé­jà été in­di­qué par le gou­ver­ne­ment, mais sor­tir de la com­pa­gnie na­tio­nale n’est pas en­vi­sa­gé.

Concer­nant ADP, se­rait-il op­por­tun de pri­va­ti­ser des ac­tifs aus­si stra­té­giques pour la France que les aé­ro­ports pa­ri­siens ?

Je n’ai au­cune in­di­ca­tion à faire sur ce su­jet. En tout état de cause, par­mi les moyens de contrôle, il y a la dé­ten­tion du ca­pi­tal mais aus­si la ré­gle­men­ta­tion éco­no­mique. Et il est im­por­tant de ga­ran­tir une ré­gu­la­tion forte sur les pla­te­formes de la ré­gion ca­pi­tale. C’est une ques­tion d’équi­libre entre les deux.

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