Les dé­fis de L’ÉCO­NO­MIE CIR­CU­LAIRE

Le gou­ver­ne­ment va pré­sen­ter des pro­po­si­tions pour pro­mou­voir le mo­dèle fon­dé sur la consom­ma­tion du­rable, la réuti­li­sa­tion et le re­cy­clage des pro­duits.

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - GIULIETTA GAMBERINI @GiuGam­be­ri­ni

Le pro­ces­sus lan­cé il y a cinq mois touche à sa fin. Dans les pro­chains jours, le gou­ver­ne­ment a pro­mis de pu­blier sa pre­mière « Feuille de route de l’éco­no­mie cir­cu­laire » : un do­cu­ment qui de­vra « dé­cli­ner de ma­nière opé­ra­tion­nelle la tran­si­tion à opé­rer pour pas­ser d’un mo­dèle éco­no­mique li­néaire (ex­traire, pro­duire, con­som­mer, je­ter) à un mo­dèle cir­cu­laire qui in­té­gre­ra l’en­semble du cycle de vie des pro­duits », se­lon les voeux ex­pri­més par Brune Poir­son, se­cré­taire d’État au­près du mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire, lors du lan­ce­ment des tra­vaux le 24 oc­tobre 2017. Les me­sures qui se­ront pré­co­ni­sées par cette feuille de route au­ront été éla­bo­rées dans le cadre d’un pro­ces­sus qui s’est vou­lu le plus par­ti­ci­pa­tif pos­sible, conduit par le mi­nis­tère de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire main dans la main avec ce­lui de l’Éco­no­mie. En pa­ral­lèle d’une pre­mière consul­ta­tion pu­blique ou­verte sur In­ter­net pen­dant cinq se­maines, des ate­liers ont été or­ga­ni­sés afin de réu­nir l’en­semble des par­ties pre­nantes au­tour de quatre thèmes : la consom­ma­tion et la pro­duc­tion du­rables ; le dé­ploie­ment de l’éco­no­mie cir­cu­laire dans les ter­ri­toires ; la ques­tion par­ti­cu­lière du plas­tique ; les ins­tru­ments éco­no­miques, fis­caux et fi­nan­ciers sus­cep­tibles d’im­pul­ser le chan­ge­ment. Une deuxième phase de consul­ta­tion pu­blique de trois se­maines a été lan­cée en fé­vrier, por­tant sur une soixan­taine de pro­po­si­tions en­core « ou­vertes ». En com­plé­ment, une ré­flexion sur l’ave­nir des fi­lières à res­pon­sa­bi­li­té élar­gie des pro­duc­teurs (REP) a été confiée à Jacques Ver­nier, pré­sident du Conseil su­pé­rieur de la pré­ven­tion des risques tech­no­lo­giques (CSPRT) et de la nou­velle com­mis­sion des fi­lières REP.

MINIMISER L’IM­PACT HU­MAIN

Si le gou­ver­ne­ment s’est en­ga­gé dans de tels tra­vaux, c’est en rai­son de la place gran­dis­sante qu’a prise dans le dé­bat pu­blic la no­tion d’éco­no­mie cir­cu­laire ces der­nières an­nées. For­ma­li­sé dans les an­nées 2000 grâce au mou­ve­ment du cradle-to-cradle (C2C, « du ber­ceau au ber­ceau »), ce mo­dèle s’op­pose à ce­lui d’éco­no­mie « li­néaire », is­su de la pro­duc­tion de masse. Afin de mi­ni­mi- ser l’im­pact hu­main sur les res­sources na­tu­relles, il y op­pose trois moyens per­met­tant de « bou­cler » les flux de ma­tière et d’éner­gie : la ré­duc­tion de la consom­ma­tion, le ré­em­ploi des pro­duits et, en der­nier res­sort, leur re­cy­clage. Il ne fait en ce sens que re­prendre le mo­dèle qui pré­va­lait du moins jus­qu’à l’avè­ne­ment de la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, lorsque les biens dis­po­nibles étaient moins nom­breux, le low cost n’exis­tait pas et la ré­pa­ra­tion était de mise. Mais, face à la ra­ré­fac­tion des res­sources, l’ur­gence cli­ma­tique, le dé­fi des pol­lu­tions, le concept re­vient sur le de­vant de la scène comme moyen de ré­con­ci­lier pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et crois­sance. Lors­qu’il était mi­nistre de l’Éco­no­mie, de l’In­dus­trie et du Nu­mé­rique, Em­ma­nuel Ma­cron avait d’ailleurs dé­jà in­sis­té sur ce po­ten­tiel, lors d’un dis­cours pro­non­cé le 27 avril 2016, à l’oc­ca­sion de la si­gna­ture des quatre pre­miers en­ga­ge­ments pour la crois­sance verte, où il était al­lé jus­qu’à qua­li­fier l’éco­no­mie cir­cu­laire d’« en­jeu stra­té­gique ». Pen­dant sa cam­pagne, en­suite, le can­di­dat, de­ve­nu de­puis pro­mo­teur du « Make our pla­net great again », af­fir­mait sa vo­lon­té de faire d’une éco­no­mie « 100 % cir­cu­laire » un « nou­veau mo­dèle éco­no­mique » com­pé­ti­tif, en in­sis­tant par­ti­cu­liè­re­ment sur deux pistes : di­vi­ser par deux les dé­chets mé­na­gers mis en dé­charge d’ici à 2025 (ob­jec­tif dé­jà fixé par la loi de tran­si­tion éner­gé­tique de 2015) et at­teindre à la même échéance « 100 % de plas­tique re­cy­clé sur tout le ter­ri­toire ».

MOINS DE GAS­PILLAGE ET MOINS D’ÉMIS­SIONS

Quant aux di­vers im­pacts des mo­dèles pro­duc­tif li­néaire et cir­cu­laire sur la pla­nète, ils ont pu être me­su­rés par des études ré­centes. Au ni­veau mon­dial, une éco­no­mie plei­ne­ment cir­cu­laire per­met­trait de ré­duire de 28 % la pres­sion sur les res­sources pla­né­taires – dont l’ex­trac­tion a été mul­ti­pliée par douze entre 1900 et 2015, et de­vrait en­core dou­bler en 2050 – et d’évi­ter 72 % des émis­sions de gaz à ef­fet de serre, a par exemple cal­cu­lé le pre­mier Cir­cu­la­ri­ty Gap Re­port, pu­blié en jan­vier à Da­vos par le think tank néer­lan­dais Circle Eco­no­my. En France, en 2014, les prin­ci­pales fi­lières fran­çaises du re­cy­clage ont per­mis d’éco­no­mi­ser en éner­gie pri­maire l’équi­valent de 80 % de la consom­ma­tion élec­trique des foyers fran­çais (cor­res­pon­dant à la pro­duc-

L’ex­ploi­ter im­plique de créer des em­plois non dé­lo­ca­li­sables

tion de 18 ré­ac­teurs nu­cléaires) et d’évi­ter 22,5 Mt CO2éq. d’émis­sions de gaz à ef­fet de serre (soit les émis­sions an­nuelles du trans­port aé­rien na­tio­nal), a re­le­vé une étude pu­bliée par la Fé­dé­ra­tion des en­tre­prises du re­cy­clage (Fe­de­rec) avec l’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie (Ademe). « Nous avons une res­source mi­nière chez nous », ré­sume An­toine Fré­rot, le PDG du nu­mé­ro un mon­dial des ser­vices à l’en­vi­ron­ne­ment, Veo­lia, en in­sis­tant sur le deuxième in­té­rêt de l’éco­no­mie cir­cu­laire mis en avant par Em­ma­nuel Ma­cron : « L’ex­ploi­ter amé­liore la ba­lance com­mer­ciale du pays et im­plique de créer des em­plois pour la plu­part non dé­lo­ca­li­sables, ain­si qu’ac­ces­sibles même sans qua­li­fi­ca­tions par­ti­cu­lières. » L’éco­no­mie cir­cu­laire ( au sens large re­te­nu par l’Ademe, voir sché­ma page sui­vante) « em­ploie dé­jà près de 600 000 per­sonnes en France. […] Une ré­duc­tion sub­stan­tielle de notre consom­ma­tion en res­sources na­tu­relles per­met­trait d’en créer entre 200000 et 400000 sup­plé­men­taires », cal­cu­lait en ef­fet en 2015 une étude de l’Ins­ti­tut na­tio­nal de l’éco­no­mie cir­cu­laire – as­so­cia­tion réunis­sant ac­teurs pu­blics et pri­vés du sec­teur. L’éco­no­mie cir­cu­laire im­plique aus­si une ré­duc­tion des coûts pour les en­tre­prises. Une ex­pé­ri­men­ta­tion me­née en 2016 par l’Ademe avec 49 PME fran­çaises, ac­com­pa­gnées dans l’op­ti­mi­sa­tion de leurs flux de res­sources et d’éner­gie, leur a per­mis d’éco­no­mi­ser en moyenne 60000 eu­ros cha­cune en un an, avec un re­tour sur in­ves­tis­se­ment de sept mois. Se­lon les pre­mières es­ti­ma­tions de l’agence, en gé­né­ra­li­sant ces chiffres à l’en­semble des PME fran­çaises, les éco­no­mies po­ten­tielles à réa­li­ser se­raient d’au moins un mil­liard d’eu­ros par an. « Et puis [l’éco­no­mie cir­cu­laire], c’est éga­le­ment un élé­ment de com­pé­ti­ti­vi­té hors coûts qui est la mère des ba­tailles, c’est-à-dire un élé­ment d’in­no­va­tion, de dif­fé­ren­cia­tion, de mon­tée en gamme de notre in­dus­trie », ajou­tait Em­ma­nuel Ma­cron en avril 2016. Cô­té bu­si­ness, d’ailleurs, nombre d’ac­teurs ont bien per­çu ce po­ten­tiel de l’éco­no­mie cir­cu­laire. Les deux géants fran­çais du sec­teur, Veo­lia et Suez, ont dé­jà amor­cé de­puis quelques an­nées un re­vi­re­ment de leurs stra­té­gies, en met­tant en va­leur les ac­ti­vi­tés liées au re­cy­clage, voire au re­trai­te­ment des eaux usées, par rap­port à celles tra­di­tion­nelles de mise en dé­charge, d’in­ci­né­ra­tion ou de dis­tri­bu­tion de l’eau po­table. Ce n’est pas un ha­sard s’ils in­sistent dé­sor­mais, res­pec­ti­ve­ment, sur leur rôle de « res­sour­ceurs dans le monde » ou dans « la ré­vo­lu­tion de la res­source ». Veo­lia – chez qui l’ac­ti­vi­té dé­chets était en 2017 celle en plus forte pro­gres­sion, + 8,1 % à taux de change constants – veut mul­ti­plier par cinq le chiffre d’af­faires qu’il tire au ni­veau mon­dial du re­cy­clage du plas­tique d’ici à 2025, en pas­sant de 200 mil­lions d’eu­ros à un mil­liard. En France, il veut por­ter sa col­lecte de plas­tique de 45 000 à 200000 tonnes. Suez – qui dans l’Hexa­gone a vu son ac­ti­vi­té re­cy­clage et va­lo­ri­sa­tion croître de 5,3 % en 2017, contre 1 % pour l’eau – pré­voit d’aug­men­ter sa ca­pa­ci­té de re­cy­clage des plas­tiques en Eu­rope de 50 % d’ici à 2020 : de 400000 tonnes à 600000 tonnes par an. C’est en­core dans le sillon de l’es­sor de l’éco­no­mie cir­cu­laire que les deux groupes ont choi­si de dé­ve­lop­per leur offre aux en­tre­prises : alors que Suez a fi­na­li­sé en 2017 l’achat de l’Amé­ri­cain GE Wa­ter afin jus­te­ment de s’im­po­ser sur le mar­ché du trai­te­ment, voire du re­cy­clage, des eaux in­dus­trielles, Veo­lia met­tait en avant, lors de son Press Day de cette an­née, ses innovation­s cir­cu­laires au ser­vice des sec­teurs agri­cole, éner­gé­tique, im­mo­bi­lier. De nom­breuses star­tups et ini­tia­tives réunis­sant plu­sieurs par­te­naires se dé­ve­loppent éga­le­ment, vi­sant à le­ver les dif­fé­rents freins qui font en­core obs­tacle au plein dé­ve­lop­pe­ment de ce mo­dèle éco­no­mique, en par­ti­cu­lier dans le sec­teur des dé­chets ( voir pages 8 à 11). Ces freins sont de plu­sieurs ordres. Tout d’abord, dans la so­cié­té de l’ob­so­les­cence pro­gram­mée et du tout je­table, la quan­ti­té des res­sources à « re­mettre dans la boucle » est im­mense. En 2015, il en a fal­lu 92,8 mil­liards de tonnes pour faire tour­ner l’éco­no­mie mon­diale : 34,4 ki­los par per­sonne et par jour, sans comp­ter l’eau, se­lon le Cir­cu­la­ri­ty Gap Re­port. En France, quelque 324 mil­lions de tonnes de dé­chets étaient pro­duites en 2014, se­lon les es­ti­ma­tions de l’Ademe. Non seule­ment des fac­teurs lo­gis­tiques mais aus­si cultu­rels s’op­posent à la ré­duc­tion, au tri et même à la col­lecte des dé­chets. Aus­si, face à des pro­duc­teurs en­core très peu adeptes de l’éco-concep­tion, le re­cy­clage est une af­faire tech­nique com­plexe ( voir page 8), exi­geant une in­no­va­tion constante et des in­ves­tis­se­ments d’en­ver­gure : « Pour, d’ici à 2025, ré­duire de moi­tié les dé­chets mis en dé­charge, comme pré­co­ni­sé par la loi de tran­si­tion éner­gé­tique, il fau­drait in­ves­tir 4,5 mil­liards d’eu­ros en ou­tils nou­veaux », sou­ligne Jean-Marc Bour­sier, di­rec­teur fi­nan­cier de Suez et pré­sident de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des ac­ti­vi­tés de la dé­pol­lu­tion et de l’en­vi­ron­ne­ment (Fnade). Or, les re­cy­cleurs sont loin d’avoir le vent du mar­ché en poupe. Les coûts du re­cy­clage rendent en­core la ma­tière pre­mière re­cy­clée peu com­pé­ti­tive par rap­port à la ma­tière vierge. Une dif­fi­cul­té qui de­vient en­core plus pé­na­li­sante lorsque les cours des ma­tières vierges baissent : en 2015, la chute des cours du pé­trole a par exemple fait perdre 6,6 % de son chiffre d’af­faires et 1,4 % de ses ef­fec­tifs à l’in­dus­trie du re­cy­clage en France. Nombre de fi­lières ne sont donc tou­jours pas viables. C’est le cas du re­cy­clage du plas­tique, où cette fai­blesse vient d’être mise en évi­dence par la ré­cente dé­ci­sion de la Chine de dur­cir les cri­tères de qua­li­té des ma­tières re­cy­clées im­por­tées. Face aux bas taux de plas­tique re­cy­clé in­cor­po­ré par les plas­tur­gistes eu­ro­péens (in­fé­rieurs à 7 %), les 98 000 tonnes de plas­tique ex­por­tées an­nuel­le­ment par la France vers l’Em­pire du Mi­lieu (11 % des 860000 tonnes col­lec­tées, se­lon des chiffres de 2016, pour 5 mil­lions de tonnes mises chaque an­née sur le mar­ché fran­çais) risquent dé­sor­mais d’être en­fouies ou in­ci­né­rées. Un « scé­na­rio ca­tas­trophe » au­quel s’ajoutent les dif­fi­cul­tés pro­vo­quées par la dé­sta­bi­li­sa­tion des cours mon­diaux des ma­tières re­cy­clées, qui ré­sulte de cette crise in­ter­na­tio­nale. En France, la con­jonc­tion de ces dif­fé­rents freins li­mite le vo­lume en­voyé vers des ins­tal­la­tions de trai­te­ment des dé­chets mé­na­gers à seule­ment 48 mil­lions de tonnes (sur 345 mil­lions de tonnes de dé­chets pro­duits), dont 31 % ont été en­fouies, 27 % va­lo­ri­sées éner­gé­ti­que­ment, et 42 % re­cy­clées (chiffres 2014). Se­lon les ac­teurs de l’éco­no­mie cir­cu­laire, ce taux in­suf­fi­sant de re­cy­clage, par rap­port à l’ob­jec­tif de 65 % fixé par la loi de tran­si­tion éner­gé­tique pour 2025, ne pour­ra être amé­lio­ré qu’en em­prun­tant ré­so­lu­ment deux voies. D’une part, des po­li­tiques aptes à pro­vo­quer un « choc de la de­mande », prô­nées par Fe­de­rec et la Fnade, qui ré­clament no­tam­ment des me­sures pous­sant les pro­duc­teurs à in­cor­po­rer da­van­tage de ma­tière re­cy­clée dans les biens mis sur le mar­ché. D’autre part, un meilleur par­tage des coûts. « Les col­lec­ti­vi­tés [qui re­çoivent un sou­tien des

Ce­la fait dix ans qu’on ré­flé­chit. Main­te­nant, il faut des me­sures concrètes, et elles doivent être in­dus­trielles

éco-or­ga­nismes, et ré­per­cutent les frais res­tants sur les contri­buables] paient au­jourd’hui 80 % du trai­te­ment des dé­chets : 100 eu­ros par Fran­çais, sur les­quels l’État pré­lève 25 eu­ros, sans for­cé­ment les ré­in­ves­tir dans l’éco­no­mie cir­cu­laire », dé­non­çait le 15 mars, à la veille de la Jour­née mon­diale du re­cy­clage, Ni­co­las Gar­nier, dé­lé­gué gé­né­ral d’Amorce (as­so­cia­tion des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et des pro­fes­sion­nels dans les do­maines des dé­chets, de l’éner­gie et des ré­seaux de cha­leur). Les pro­po­si­tions vont du ren­for­ce­ment de la mo­du­la­tion (en fonc­tion de l’éco­concep­tion des pro­duits) de l’éco­contri­bu­tion payée par les met­teurs sur le mar­ché aux éco-or­ga­nismes (voir l’en­ca­dré ci-des­sous) à la fixa­tion d’un taux d’in­cor­po­ra­tion de ma­tière re­cy­clée obli­ga­toire, en pas­sant par la mise en place d’une TVA ré­duite pour les pro­duits is­sus du re­cy­clage, la créa­tion d’un mar­ché de « cer­ti­fi­cats d’in­té­gra­tion de ma­tière re­cy­clée » , voire – se­lon les termes d’An­toine Fré­rot – « l’ins­tal­la­tion d’une taxe car­bone, ac­com­pa­gnée d’une taxe aux fron­tières, qui per­met­trait de rendre les pro­duits re­cy­clés com­pé­ti­tifs » . Dans le cadre de la ré­vi­sion de la taxe gé­né­rale sur les ac­ti­vi­tés pol­luantes (TGAP, due à l’État par tout ex­ploi­tant d’une dé­charge ou d’un in­ci­né­ra­teur et en par­tie re­ver­sée au Fonds dé­chet de l’Ademe), qui fi­gure à l’ordre du jour de la feuille de route, les re­cy­cleurs de­mandent ain­si sa mo­du­la­tion en fonc­tion du ca­rac­tère plus ou moins re­cy­clable des dé­chets in­ci­né­rés ou en­fouis, alors qu’Amorce in­siste sur la né­ces­si­té de consa­crer l’in­té­gra­li­té des re­cettes au fi­nan­ce­ment des po­li­tiques de pré­ven­tion des dé­chets.

LE GOU­VER­NE­MENT TIRAILLÉ

Une évo­lu­tion des po­li­tiques pu­bliques d’achat fa­vo­rable aux ma­tières re­cy­clées est aus­si évo­quée. « Ce­la pour­rait jouer un rôle de le­vier, en pro­vo­quant une aug­men­ta­tion des vo­lumes et un ef­fet d’échelle », sou­ligne An­toine Fré­rot, qui ajoute : « Et per­met­trait à l’État de jouer un rôle d’exemple, sans comp­ter qu’une telle dé­marche pour­rait être adop­tée de ma­nière pro­gres­sive. » Les in­dus­triels comptent aus­si sur la pres­sion que pour­raient exer­cer les consom­ma­teurs, et ré­clament donc une in­for­ma­tion plus trans­pa­rente sur les pro­duits. « Ce­la fait dix ans, de­puis le Gre­nelle de l’en­vi­ron­ne­ment, qu’on ré­flé­chit. Main­te­nant il faut des me­sures concrètes, et elles doivent être in­dus­trielles », ré­sume Jean-Marc Bour­sier. Mais, tiraillé entre le lob­bying des met­teurs sur le mar­ché, les in­quié­tudes de Ber­cy face à toute ré­duc­tion des re­cettes fis­cales, la pro­messe de ne pas aug­men­ter la pres­sion fis­cale et les contrainte­s eu­ro­péennes, le gou­ver­ne­ment s’est li­mi­té pour le mo­ment à évo­quer dans la pré­feuille de route « le dé­ve­lop­pe­ment d’ac­cords vo­lon­taires ou d’in­ci­ta­tions éco­no­miques en di­rec­tion des pro­duc­teurs » , qui se tra­dui­ra par la mise en place d’un groupe de tra­vail de plas­tur­gistes, te­nu de pré­sen­ter des en­ga­ge­ments avant l’été – faute de quoi, d’éven­tuelles obli­ga­tions ré­gle­men­taires pour­raient voir le jour. L’exé­cu­tif af­firme éga­le­ment tra­vailler sur le ren­for­ce­ment du ca­rac­tère in­ci­ta­tif de la TGAP.

MAIN­TE­NIR LE DIA­LOGUE SUR LA DU­RÉE

Seule cer­ti­tude pour l’ins­tant, loin de re­pré­sen­ter un abou­tis­se­ment, la feuille de route consti­tue­ra sur­tout un dé­but. Confor­mé­ment à son ob­jec­tif ini­tial, son prin­ci­pal mé­rite au­ra été, aux yeux des ac­teurs de l’éco­no­mie cir­cu­laire, de les mettre tous au­tour de la table : un ex­ploit im­por­tant face à un dé­fi qui de­mande un en­ga­ge­ment col­lec­tif, re­con­naissent la plu­part d’entre eux. Quant aux me­sures concrètes qui se­ront pré­co­ni­sées, l’ob­jec­tif du gou­ver­ne­ment est prin­ci­pa­le­ment de « trou­ver un équi­libre afin que cha­cun entre dans la boucle et que tout le monde fasse un ef­fort », ain­si que d’« ins­tal­ler l’éco­no­mie cir­cu­laire dans le dé­bat pu­blic et dans le lo­gi­ciel des en­tre­prises », ré­sume-t-on au mi­nis­tère de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire. « Après l’adop­tion de la loi de tran­si­tion éner­gé­tique, la feuille de route re­pré­sente sur­tout une nou­velle phase : celle de la mo­bi­li­sa­tion des ci­toyens. Plus que les ac­tions mises en avant, ce qui comp­te­ra se­ra leur ins­crip­tion dans une vé­ri­table tra­jec­toire, per­met­tant à la France d’en­trer dans la so­cié­té de la pro­duc­ti­vi­té de la res­source du xxie siècle », sou­ligne Fran­çoisMi­chel Lam­bert, dé­pu­té (LRM) des Bouches-du-Rhône et pré­sident de l’Ins­ti­tut de l’éco­no­mie cir­cu­laire. Pour un État qui dans ce do­maine veut es­sen­tiel­le­ment jouer un rôle de « chef d’or­chestre », l’en­jeu se­ra donc de trou­ver comment main­te­nir le dia­logue et l’en­ga­ge­ment sur la du­rée. No­tam­ment dans le cadre des ré­formes législativ­es né­ces­saires afin de créer les nou­velles fi­lières à res­pon­sa­bi­li­té élar­gie des pro­duc­teurs (REP) re­com­man­dées par le rap­port Ver­nier, dont celle des dé­chets du BTP, qui re­pré­sentent plus de 70 % de l’en­semble des dé­chets fran­çais, ou de l’ap­pli­ca­tion du dé­cret « cinq flux », lar­ge­ment igno­ré, qui im­pose le tri aux en­tre­prises. Mais plus en­core lors des ar­bi­trages fis­caux qui se­ront opé­rés au mo­ment de l’adop­tion de la loi des fi­nances. « Il est in­dis­pen­sable que l’éco­no­mie cir­cu­laire ne soit plus l’af­faire du seul mi­nis­tère char­gé de l’En­vi­ron­ne­ment », sou­ligne d’ailleurs Fran­çois-Mi­chel Lam­bert, qui a pro­po­sé que la mise en oeuvre de la feuille de route soit por­tée par un dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel. Et l’en­jeu prin­ci­pal est à l’évi­dence d’en­traî­ner Ber­cy.

Le bâ­ti­ment et les tra­vaux pu­blics re­pré­sentent 70 % de l’en­semble des dé­chets fran­çais.

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