Em­ploi : faut-il un ac­com­pa­gne­ment ré­ser­vé aux femmes ? 3 ques­tions à Lae­ti­tia Le­moine

Si les opé­ra­teurs pu­blics de l’em­ploi re­fusent en gé­né­ral de mettre en place des ac­tions ré­ser­vées aux femmes, des as­so­cia­tions prennent le re­lais pour ac­com­pa­gner ce pu­blic aux at­tentes spé­ci­fiques.

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - PIERRE CHEMINADE @Pierre Cheminade

Le Centre d’in­for­ma­tion sur les droits des femmes et des fa­milles de Gi­ronde (CIDFF 33) et ses 17 sa­la­riées viennent en aide à des femmes, sou­vent iso­lées, au par­cours chao­tique et aux re­ve­nus plu­tôt pré­caires. Orien­ta­tion, for­ma­tion, créa­tion d’en­tre­prise, re­con­ver­sion pro­fes­sion­nelle..., le pa­nel d’ac­tion du CIDFF 33 est très large, 100 % gra­tuit et vise d’abord à re­mé­dier à la perte de confiance qui ca­rac­té­rise beau­coup de femmes en re­cherche d’em­ploi. « Il y a un en­jeu de par­tage d’ex­pé­riences pour ­com­prendre que d’autres femmes sont dans des condi­tions si­mi­laires et dé­dra­ma­ti­ser leur si­tua­tion per­son­nelle », juge Ma­rie-Fran­çoise Ray­baud, la di­rec­trice de l’as­so­cia­tion.

DES VI­SITES D’EN­TRE­PRISES RÉ­SER­VÉES AUX FEMMES

De­puis 2013, le CIDFF porte un pro­gramme spé­ci­fique à la re­con­ver­sion des femmes vers les mé­tiers du BTP, de la mé­ca­nique, de la lo­gis­tique ou des es­paces verts. « Pen­dant quatre mois, elles ef­fec­tuent des vi­sites d’en­tre­prises qui leur sont ré­ser­vées, ain­si que des stages et des ren­contres. C’est un par­ti pris mû­re­ment ré­flé­chi car nous avons re­mar­qué que lors de vi­sites mixtes, les femmes ne s’ins­crivent pas, ju­geant qu’elles n’ont pas le pro­fil pour ces mé­tiers mas­cu­lins », jus­ti­fie la di­rec­trice du CIDFF 33, sou­li­gnant que « cette opé­ra­tion vise clai­re­ment à les convaincre que ces en­tre­prises sont prêtes à les re­cru­ter ». Une cen­taine de femmes y ont par­ti­ci­pé l’an der­nier, tan­dis qu’une cen­taine de pro­jets de créa­tion d’en­tre­prise ont été sou­te­nus par le CIDFF… dont 20 % por­tés par des hommes. « Dans ce cas, on les sen­si­bi­lise au par­tage du temps et des res­pon­sa­bi­li­tés fa­mi­liales. En gé­né­ral, ça les fait ré­flé­chir ! », sou­rit Ma­rie-Ch­ris­tine ­Bus­tin, co­or­di­na­trice et conseillèr­e em­ploi au sein de l’as­so­cia­tion. Perte de confiance pro­fes­sion­nelle, manque d’am­bi­tion fi­nan­cière, biais édu­ca­tifs, cultu­rels et fa­mi­liaux : au­tant de pro­blé­ma­tiques fé­mi­nines bien iden­ti­fiées par Anne-Cé­cile Ba­nos, la res­pon­sable de l’an­tenne bor­de­laise de Force Femmes, qui cible l’ac­com­pa­gne­ment des femmes de plus de 45 ans et ins­crites à Pôle em­ploi de­puis moins de deux ans. « Nous pro­po­sons des for­ma­tions gra­tuites avec un ob­jec­tif de sou­tien mo­ral, de re­tour à l’em­ploi et de créa­tion d’en­tre­prise. Le tout dans une lo­gique pous­sée de mise en au­to­no­mie », ex­pose la res­pon­sable as­so­cia­tive. 140 femmes ont ain­si été ac­com­pa­gnées l’an der­nier à Bor­deaux. « La re­con­ver­sion pro­fes­sion­nelle est très pré­sente à cet âge-là qui coïn­cide sou­vent avec la fin d’une vie pro­fes­sion­nelle, ma­ri­tale ou fa­mi­liale », pour­suit Anne-Cé­cile Ba­nos. Les consul­ta­tions à Force Femmes pour la créa­tion d’en­tre­prise ont bon­di de 115 % à Bor­deaux l’an der­nier. À re­bours d’autres ac­teurs pu­blics, la ville de Ta­lence, où 62 % des de­man­deurs d’em­ploi sont des femmes, a fait le choix po­li­tique de lan­cer une ini­tia­tive ex­pé­ri­men­tale avec le Plan lo­cal pour l’in­ser­tion et l’em­ploi (Plie) Portes du Sud (Ta­lence, Ville­nave-d’Or­non, Gra­di­gnan). De­puis le mois de fé­vrier, dix femmes très éloi­gnées du mar­ché de l’em­ploi sont sui­vies pen­dant dix se­maines. « Elles sont au chô­mage de­puis plus d’un an, sou­vent beau­coup plus, avec un ni­veau de for­ma­tion in­fé­rieur au bac dans 80 % des cas, et sou­vent mo­no­pa­ren­tales. L’idée est de leur of­frir un cadre pour ex­pri­mer leurs com­pé­tences et leurs vel­léi­tés pro­fes­sion­nelles », éclaire Fré­dé­ric Sau­nier, le di­rec­teur du Plie. Au pro­gramme: des en­quêtes mé­tiers en bi­nôme, des prises de pa­role en pu­blic et des for­ma­tions. « Il y a un en­jeu de va­lo­ri­sa­tion per­son­nelle, de re­prise de confiance et de dé­cou­verte d’ho­ri­zons pro­fes­sion­nels par­fois plus com­pa­tibles avec leurs contrainte­s », té­moigne Fran­çoise Is­sar­tier, la di­rec­trice du ser­vice mu­ni­ci­pal de l’em­ploi de Ta­lence.

UNE ÉTAPE NÉ­CES­SAIRE

Si ces struc­tures ont leur lé­gi­ti­mi­té et leur uti­li­té, elles doivent ce­pen­dant s’en­vi­sa­ger comme une étape et « res­ter un sas vers le monde éco­no­mique réel, qui est mixte », re­marque So­phie Ga­rin, di­ri­geante d’en­tre­prise et élue du Sud-Gi­ronde à la Chambre de com­merce et d’in­dus­trie. « D’au­tant que le genre n’est pas tou­jours le mar­queur prin­ci­pal, ni la clé de lec­ture per­ti­nente d’un par­cours pro­fes­sion­nel », ajoute Gé­rald Mau­ry, le di­rec­teur du Centre in­ter­ins­ti­tu­tion­nel de bi­lan de com­pé­tences de la Gi­ronde (CIBC 33).

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