Des ré­ponses « glo­cales » à la frac­ture des ter­ri­toires

La Tribune Hebdomadaire - - SOMMAIRE - RO­BERT JULES @ra­jules

La deuxième édi­tion de The Vil­lage à Saint-Bertrand-de-Com­minges s’est tenue le week-end der­nier pour ten­ter d’ap­por­ter des so­lu­tions concrètes à la frac­ture ter­ri­to­riale, qui, dans un contexte de mon­tée du po­pu­lisme, me­nace la co­hé­sion so­ciale du pays. Cet évé­ne­ment « ex­pé­rien­tiel » a per­mis aux 200 par­ti­ci­pants de vivre avec les ha­bi­tants de ce vil­lage de Haute-Ga­ronne une im­mer­sion dans la réa­li­té du lo­cal et de ré­flé­chir à des so­lu­tions lo­cales et glo­bales pour ré­soudre les grands dé­fis du fu­tur : agri­cul­ture et ali­men­ta­tion, tran­si­tion éco­lo­gique, équi­libre entre ru­ral et ur­bain et ac­cès de tous aux nou­velles tech­no­lo­gies.

Signe d’optimisme, le so­leil était au ren­dez-vous de la deuxième édi­tion de The Vil­lage (lire l’en­ca­dré), par­rai­née cette an­née par le cé­lèbre chef étoi­lé et en­tre­pre­neur en­ga­gé Thier­ry Marx (lire l’en­tre­tien pages 12 à 14). Cet évé­ne­ment a aus­si été mé­dia­ti­sé par la ve­nue du se­cré­taire d’État à la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire, Sé­bas­tien Le­cor­nu, quelques jours après la dé­mis­sion de son mi­nistre de tu­telle, Ni­co­las Hu­lot. Du­rant deux jours (les 31 août et 1er sep­tembre) à SaintBer­trand-de-Com­minges (Hau­teGa­ronne), près de 200 par­ti­ci­pants, dont une ving­taine de « change ma­kers », se sont mê­lés aux ha­bi­tants de ce vil­lage ni­ché au pied des Py­ré­nées, à une cen­taine de ki­lo­mètres de Tou­louse, la ca­pi­tale de la ré­gion Oc­ci­ta­nie, pour dé­battre des so­lu­tions à ap­por­ter à la « frac­ture ter­ri­to­riale ». Re­çus par la dy­na­mique maire Ma­rieC­laire Uchan sur le par­vis de la ca­thé­drale, dont la ma­jes­té et la beau­té at­tirent les tou­ristes du monde en­tier et té­moignent de la gran­deur d’un pas­sé re­mon­tant au xiie siècle sur la route de Saint-Jacques-deCom­pos­telle, la cen­taine d’en­tre­pre­neurs, de res­pon­sables d’as­so­cia­tions, de femmes et d’hommes po­li­tiques et d’uni­ver­si­taires ont pu lar­ge­ment dé­battre. Plu­sieurs plé­nières et quatre ate­liers ont in­ci­té les par­ti­ci­pants à plan­cher sur les nou­velles formes de col­la­bo­ra­tion entre ter­ri­toires, sur la tran­si­tion éco­lo­gique glo­bale, sur l’agri­cul­ture avec l’en­jeu de pro­duire mieux et de se nour­rir bien et sur les nou­velles tech­no­lo­gies au ser­vice de tous. De ce tra­vail sont is­sues 18 pro­po­si­tions concrètes d’ac­tion que nous met­tons à dis­po­si­tion des res­pon­sables pu­blics (lire page 7).

DOUTE CROIS­SANT

Car il y a ur­gence. La « frac­ture ter­ri­to­riale » est de­ve­nue au­jourd’hui un pro­blème po­li­tique ma­jeur non seule­ment en France mais dans l’en­semble de l’Eu­rope, comme l’at­teste la mon­tée des « po­pu­lismes », qui ex­priment le doute crois­sant des po­pu­la­tions à l’égard de la mon­dia­li­sa­tion et de l’Union eu­ro­péenne. Dans son es­sai pro­vo­ca­teur sur le Brexit de­ve­nu un best-sel­ler in­ter­na­tio­nal ( The Road to So­mew­here, non en­core tra­duit en fran­çais), l’écri­vain et jour­na­liste bri­tan­nique Da­vid Good­hart, fon­da­teur du ma­ga­zine Pros­pect, a bien ré­su­mé cette frac­ture op­po­sant « ceux qui se sentent bien par­tout » à« ceux qui sentent bien quelque part ». Ces dif­fé­rentes vi­sions du monde re­flètent da­van­tage la réa­li­té que la di­vi­sion entre gauche et droite ou celle, chère à Em­ma­nuel Ma­cron, entre pro­gres­sistes et conser­va­teurs. En ef­fet, « ceux qui se sentent bien par­tout » pro­fitent à plein de la mon­dia­li­sa­tion. Di­plô­més, très mo­biles, friands des nou­velles tech­no­lo­gies, ils s’adaptent à tous les chan­ge­ments. « Ceux qui se sentent bien quelque part » sont at­ta­chés à la na­tion, aux ré­gions dont ils sont is­sus et où ils veulent tra­vailler, aux ré­seaux fa­mi­liaux et ami­caux, ils vivent dans le monde ru­ral, le pé­ri­ur­bain ou dans cer­tains quar­tiers pauvres des mé­tro­poles. La com­pé­ti­tion entre in­di­vi­dus n’a fait que les mar­gi­na­li­ser, les fra­gi­li­ser. Par­mi eux, on compte nombre de per­sonnes âgées, de jeunes sans tra­vail, de chô­meurs. « L’idéo­lo­gie do­mi­nante af­firme que la concur­rence est la so­lu­tion. C’est un pro­blème », af­firme Ni­co­las Sch­mit, mi­nistre du Tra­vail du Luxem­bourg, qui a rap­pe­lé qu’en po­li­tique, « ce sont les réa­li­sa­tions concrètes qui comptent ». Les élus sont bien conscients du pro­blème. « La moi­tié de notre bud­get est consa­crée aux aides so­ciales, soit 750 mil­lions d’eu­ros », rap­pelle Georges Mé­ric, pré­sident du con­seil dé­par­te­men­tal de Hau­teGa­ronne, qui in­siste sur la né­ces­si­té de « ren­for­cer la so­li­da­ri­té ter­ri­to­riale, en dé­ve­lop­pant l’in­ter­com­mu­na­li­té ». Mais, comme le sou­ligne Ca­role Del­ga, pré­si­dente de la ré­gion Oc­ci­ta­nie, « la pre­mière dé­fi­cience n’est pas bud­gé­taire mais le dé­fi­cit de confiance ». Nombre de per­sonnes fra­gi­li­sées, no­tam­ment dans les ter­ri­toires ru­raux, ne croient plus dans l’ac­tion pu­blique et pri­vée.

Com­ment dès lors re­trou­ver un es­poir dans l’ave­nir. « Les per­sonnes qui veulent un chan­ge­ment pour un monde du­rable et ap­por­ter des so­lu­tions sont au­jourd’hui les plus nom­breuses », af­firme Ni­co­las Ha­zard, pré­sident d’In­co, co­fon­da­teur de The Vil­lage. « Des so­lu­tions in­no­vantes pour ré­soudre ce pro­blème de la fac­ture ter­ri­to­riale existent dé­jà. Ce sont des en­tre­prises qui les portent mais il faut fa­vo­ri­ser la fer­ti­li­sa­tion croi­sée », as­sure-t-il. « D’ac­cord pour col­la­bo­rer. En­core faut-il iden­ti­fier les ac­teurs, et sa­voir qui fait quoi. Le but étant d’être ef­fi­cace. Il y a de la place pour tout le monde, mais il faut co­opé­rer. Par exemple, peu de gens savent que ce sont les Ré­gions et non les États qui sont ha­bi­li­tées à de­man­der des fonds struc­tu­rels eu­ro­péens pour se dé­ve­lop­per », rap­pelle Sé­bas­tien Le­cor­nu, se­cré­taire d’État à la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire. Il n’em­pêche que cette « fer­ti­li­sa­tion croi­sée » ne va pas as­sez vite. L’ar­ti­cu­la­tion du lo­cal au glo­bal, entre en­tre­prises et pou­voirs pu­blics peine à être à la hau­teur des en­jeux. « Nous consta­tons qu’il y a plein d’ini­tia­tives lo­cales mais il y a un pro­blème d’échelle », dé­plore Axelle Da­ve­zac, di­rec­trice gé­né­rale de la Fon­da­tion de France, pour qui, si l’on ne veut pas se ré­si­gner, « il faut se prendre en main pour me­ner des pro­jets, no­tam­ment avec l’aide des en­tre­prises ». « Pro­jet » et « vo­lon­ta­risme » sont des ex­pres­sions qui sont re­ve­nues sou­vent dans les dé­bats de The Vil­lage, qu’ils se si­tuent au ni­veau de l’in­di­vi­du ou à l’échelle plus glo­bale. Ain­si Ca­role Del­ga a fixé pour ob­jec­tif à l’Oc­ci­ta­nie de de­ve­nir « la pre­mière ré­gion d’Eu­rope à éner­gie po­si­tive », de don­ner les moyens à l’édu­ca­tion, et de ren­for­cer les liens entre

« Pour res­ter dy­na­mique en zone ru­rale, il faut pouvoir échan­ger avec les villes. » MA­RIE-CLAIRE UCHAN Maire de Saint-Ber­trandde-Com­minges « Les lais­sés-pour-compte m'ont tou­jours in­quié­té. Ce sont des bombes à re­tar­de­ment. Quand vous vous sen­tez dé­lais­sé, là c'est dan­ge­reux. Le pre­mier gou­rou qui passe se­ra le bon. On ne s'en sor­ti­ra qu'en tra­vaillant les uns avec les autres et en re­don­nant le pouvoir aux ci­toyens. Si on laisse tom­ber les idéo­lo­gies, un chan­ge­ment d'échelle est pos­sible. Dans cer­tains quar­tiers où l'on se croit en échec, ce qui manque c'est un pro­jet, qui pour­tant peut se construire fa­ci­le­ment

en quelques se­maines. » THIER­RY MARX Chef étoi­lé et en­tre­pre­neur « Une ca­pa­ci­té col­lec­tive existe bien au­jourd'hui. La ques­tion est : “com­ment rendre les pro­jets du­rables et chan­ger d'échelle ?” » CYN­THIA FLEU­RY Phi­lo­sophe

tous l es ac­teurs dans l a ré­gion, no­tam­ment entre dé­par­te­ments. Rap­pe­lant qu’il n’y a pas d’homme ou de femme pro­vi­den­tiel(le), elle in­siste sur le fait que seule « l’in­tel­li­gence col­lec­tive » – sur la­quelle de nom­breux de par­ti­ci­pants ont in­sis­té – peut per­mettre d’at­teindre ces ob­jec­tifs. Thier­ry Marx est ca­té­go­rique. « Il faut que le ci­toyen s’en­gage, il ne risque rien », as­su­ret-il. Ce manque de confiance ne tra­hit-il pas une cer­taine peur ? « Nous avons la so­cié­té que nous mé­ri­tons », rap­pelle ce cé­lèbre chef cui­si­nier. In­fa­ti­gable et af­fable, par­rain de l’évé­ne­ment, il se dé­fi­nit lui-même comme un « en­tre­pre­neur en­ga­gé ». « Il faut tra­vailler les uns avec les autres et non les uns contre les autres », mar­tèle-t-il, fort de son ex­pé­rience de ter­rain pour ai­der de nom­breux jeunes en si­tua­tion d’échec. Sa mé­thode éprou­vée avec suc­cès consiste à dé­fi­nir avec un jeune « son » pro­jet, et de le me­ner à bien en 12 se­maines en pas­sant un contrat dit « RER » : Ri­gueur, En­ga­ge­ment et Ré­gu­la­ri­té. Le but est de « lâ­cher » son pas­sé, sy­no­nyme d’échec. Et la mé­thode « mar­xiste » marche: 90 % des 1200 jeunes qui ont été for­més ont trou­vé un em­ploi. Et le cé­lèbre chef étoi­lé re­double d’ef­forts pour ou­vrir ces écoles de for­ma­tion, dont une pro­chai­ne­ment à Tou­louse.

ÉDU­CA­TION AU NU­MÉ­RIQUE

Si une forme de vo­lon­ta­risme est lo­ca­le­ment né­ces­saire, elle ne peut abou­tir dans un cadre mi­ni­mum plus large. « Je suis fa­vo­rable à une al­liance des ter­ri­toires, ce qui passe par une al­liance entre mé­tro­poles et ré­gions dont le rôle de plus en plus af­fir­mé per­met­tra de ré­duire la frac­ture ter­ri­to­riale, si­non le phé­no­mène de la mé­tro­po­li­sa­tion qui concentre l’éco­no­mie et les ri­chesses se pour­sui­vra », aver­tit Jean-Luc Moudenc, maire de Tou­louse et pré­sident de France Ur­baine. De ce point de vue, la « frac­ture nu­mé­rique », qui dans le monde ru­ral ré­duit l’ac­cès aux po­ten­tia­li­tés de l’éco­no­mie nu­mé­rique, est em­blé­ma­tique, d’au­tant que, comme le re­marque Ma­rie-Ange De­bon, DGA du Groupe Suez, elle est étroi­te­ment liée « aux frac­tures so­ciale et ter­ri­to­riale », aux­quelles s’ajoute la frac­ture cli­ma­tique. « Le dé­ve­lop­pe­ment du nu­mé­rique est une chance pour l’éco­no­mie lo­cale, c’est la rai­son pour la­quelle il est vi­tal de ne pas pas­ser à cô­té. Mais pour ce­la l’État est in­dis­pen­sable, parce que l’en­jeu est na­tio­nal, tout comme il a un rôle im­por­tant dans la pré­ser­va­tion du pa­tri­moine », ren­ché­rit Ma­rie-Paule De­mi­guel, sous-pré­fète de Saint-Gau­dens. Et ce­la passe no­tam­ment par des in­ves­tis­se­ments dans les in­fra­struc­tures. Les pou­voirs pu­blics et no­tam­ment l’État n’en font pro­ba­ble­ment pas as­sez, alors que c’est une prio­ri­té na­tio­nale. Comme le re­marque ju­dic i e u s e me n t Na d i a Pel­le­figue, vice-pré­si­dente de la Ré­gion dé­lé­guée au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et à l’in­no­va­tion : « C’est comme si nos conci­toyens dans les zones ru­rales n’avaient pas ac­cès à l’eau ou à l’élec­tri­ci­té ». Mais ce n’est qu’un as­pect du pro­blème. Na­dia Pel­le­figue constate aus­si que « 40 % des gens ont peur de l’ad­mi­nis­tra­tion en ligne, et sur­tout ils ne de­mandent pas de l’aide ». Là aus­si des so­lu­tions existent. La créa­tion d’écoles nu­mé­riques no­tam­ment dans les zones ru­rales pré­sen­te­rait des avan­tages, à la fois pour for­mer les po­pu­la­tions, no­tam­ment les plus fra­giles, comme les per­sonnes âgées ou les chô­meurs, mais crée­rait aus­si des em­plois pour les plus jeunes. Le nu­mé­rique ne doit pas être ré­duit à son dis­cours sur l’in­no­va­tion, il offre de réels pro­grès pour la vie des gens. Par exemple, à quelques ki­lo­mètres de Saint-Bertrand-de-Com­minges, dans la ville de Saint-Gau­dens, une école du nu­mé­rique (Sim­plon.co) forme en sept à 12 mois des chô­meurs au co­dage et à la pro­gram­ma­tion. À la sur­prise gé­né­rale, le taux de réus­site à ob­te­nir un em­ploi lo­cal s’élève à 95 % contre 70 % dans les grandes villes, dé­mon­trant la de­mande des en­tre­prises. Mais comme le sou­ligne Victor Go­din­ho, res­pon­sable de l’école, la clef du suc­cès se trouve dans le tra­vail col­lec­tif de l’en­semble des ac­teurs : élus, en­tre­prises et as­so­cia­tions. Et peu im­portent les lieux. Ni­co­las Sch­mit, mi­nistre du Tra­vail du Luxem­bourg, cite, lui, l’exemple d’une école nu­mé­rique trans­fron­ta­lière ou­verte aux chô­meurs : trois mois après la fin de la for­ma­tion, les gens re­trouvent du tra­vail. Cette édu­ca­tion au nu­mé­rique est donc un vec­teur vi­tal pour le monde ru­ral car la frac­ture nu­mé­rique fait ap­pa­raître éga­le­ment des frac­tures plus pro­fondes, celle des pro­blèmes d’illettrisme et d’in­com­pré­hen­sion, ce qui pose le pro­blème plus gé­né­ral du sys­tème édu­ca­tif, où quelque 10 % de la po­pu­la­tion ne re­çoivent pas les bases. Édu­quer au nu­mé­rique per­met de sor­tir de cette trappe d’iso­le­ment. Autre do­maine où les signes de rap­pro­che­ment entre monde ru­ral et monde ur­bain se ma­ni­festent : l’ali­men­ta­tion. Comme le mar­tèle Thier­ry Marx, la ré­ponse à la ques­tion ali­men­taire passe par le lien entre ter­ri­toires et mé­tro­poles, tant les ci­ta­dins ont pris conscience de l’im­por­tance de la fa­çon dont nous nous nour­ris­sons. L’at­ten­tion est dé­sor­mais prê­tée aux cir­cuits courts d’ap­pro­vi­sion­ne­ment et de pro­duc­tion, tour­nant le dos

« Les mesures à prendre sont dif­fi­ciles, cou­ra­geuses et im­po­pu­laires. L'éco­no­mie du vi­vant est bien meilleure que l’humaine. Elle ne pro­duit au­cune sub­stance qu'elle ne sait dé­gra­der, elle est éco­nome en éner­gie et est ob­sé­dée par l'op­ti­mi­sa­tion plus que par la pro­duc­ti­vi­té. » GILLES BOEUF Pré­sident de l’Agence fran­çaise pour la bio­di­ver­si­té « Plus on dé­ve­loppe les mé­tro­poles, plus elles ont des de­voirs vis-à-vis des ter­ri­toires qui les en­vi­ronnent. » JEAN-LUC MOUDENC Maire de Tou­louse, pré­sident de Tou­louse mé­tro­pole, pré­sident de France Ur­baine « Il faut éveiller les consciences, lan­cer des alertes… mais autre chose est de conver­tir ce­la en po­li­tiques pu­bliques et ac­tions concrètes. Qui, quoi, com­ment : tout le monde à sa part de res­pon­sa­bi­li­té et de dé­ci­sion à prendre. » SÉ­BAS­TIEN LE­COR­NU Se­cré­taire d’État à la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire « Les frac­tures so­ciales, en­vi­ron­ne­men­tales et nu­mé­riques sont in­ti­me­ment liées pour ré­soudre la frac­ture ter­ri­to­riale. L’éco­no­mie cir­cu­laire peut y contri­buer. » MA­RIE-ANGE DE­BON DGA du groupe Suez

à la logique de la mon­dia­li­sa­tion et sa libre cir­cu­la­tion de pro­duits en fonc­tion de son coût de pro­duc­tion. Non seule­ment l’agri­cul­ture lo­cale en­raye la dé­ser­ti­fi­ca­tion des ter­ri­toires en pré­ser­vant et en créant des em­plois, mais elle per­met éga­le­ment de dé­ve­lop­per la qua­li­té des pro­duits dans de nom­breuses fi­lières. « L’ali­men­ta­tion signe les re­trou­vailles entre monde ur­bain et monde ru­ral », constate Jean-Luc Moudenc, qui rap­pelle qu’en tant que pré­sident de la com­mu­nau­té ur­baine il doit as­su­rer 80 000 repas quo­ti­dien­ne­ment (école et hô­pi­taux). Ce qui l’a conduit à si­gner un ac­cord avec le Pays de Gas­cogne qui fé­dère 105 éle­veurs de veaux pour four­nir de la viande, ce qui au pas­sage a sau­vé l’ac­ti­vi­té des abat­toirs de Ro­dez. La lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique consti­tue éga­le­ment une op­por­tu­ni­té d’un chan­ge­ment qua­li­ta­tif pour le monde ru­ral, no­tam­ment à tra­vers la dé­car­bo­na­tion de notre éco­no­mie, grâce au dé­ve­lop­pe­ment technologique. « Ja­mais, à l’échelle his­to­rique, nous n’avons connu au­tant de so­lu­tions pour pro­duire de l’élec­tri­ci­té grâce no­tam­ment au di­gi­tal », rap­pelle Phi­lippe Mon­lou­bou, pré­sident du di­rec­toire d’Ene­dis, pour qui il existe au­jourd’hui « une puis­sance col­lec­tive d’in­no­va­tion ». Cette vi­sion op­ti­miste tranche avec le pes­si­misme qui do­mine dans les mé­dias. Car les si­tua­tions s’amé­liorent, même si ce­la prend du temps. « En ma­tière d’éner­gie, nous sommes en train de pas­ser d’un mo­dèle ja­co­bin, que re­flète le pro- gramme nu­cléaire choi­si par la France, à un mo­dèle plus dé­cen­tra­li­sé, car les so­lu­tions of­fertes par les éner­gies so­laires et éo­liennes partent des ter­ri­toires. Et c’est un mou­ve­ment ir­ré­ver­sible », as­sure ain­si Sé­bas­tien Le­cor­nu, qui sug­gère « aux mai­ries en mi­lieu ru­ral d’in­ves­tir dans des so­lu­tions lo­cales, comme par exemple l’éner­gie so­laire, car ces in­ves­tis­se­ments peuvent être amor­tis grâce aux taxes sur l’éner­gie qui contri­bue­ront à leur bud­get. » Ce­la n’em­pêche pas, dans le même temps de ré­pondre à des pro­blèmes ur­gents, par exemple, comme le sug­gère une pro­po­si­tion de The Vil­lage, de créer un chèque eau, sur l’exemple du chèque éner­gie mis en place par le gou­ver­ne­ment, pour ai­der les quelque 2,6 mil­lions de per­sonnes en dif­fi­cul­té qui n’ar­rivent pas à sub­ve­nir à leurs be­soins éner­gé­tiques.

REN­DEZ-VOUS DANS L’EURE ?

Une autre source d’optimisme pour l’en­semble des par­ti­ci­pants à The Vil­lage est la prise de conscience col­lec­tive des ac­teurs, quels qu’ils soient, qu’ils doivent tra­vailler sur des so­lu­tions ar­ti­cu­lant le lo­cal et le glo­bal no­tam­ment face aux urgences liées à l’en­vi­ron­ne­ment. « Ces der­nières an­nées, on constate qu’il y a un mo­dèle éco­no­mique qui se dé­gage de l’éco­lo­gie. On est en train de sor­tir de la po­li­tique de la sub­ven­tion et de la taxe au pro­fit d’en­tre­prises du sec­teur qui trouvent des in­ves­tis­se­ments pri­vés. Il y a même au­jourd’hui un sec­teur de la fi­nance, la fi­nance verte, qui se dé­ve­loppe », constate Sé­bas­tien Le­cor­nu. Et signe de cette dy­na­mique, tout le monde s’est ac­cor­dé sur la né­ces­si­té que le concept de The Vil­lage es­saime à tra­vers la France pour fa­vo­ri­ser le dia­logue et les échanges entre mondes ru­raux et ur­bains. En­thou­siaste, Sé­bas­tien Le­cor­nu a même pro­po­sé d’ac­cueillir dès cette an­née dans l’Eure, où il est élu, un pro­chain The Vil­lage près de Gi­ver­ny, au­tour de la ferme bio­lo­gique du Bec Hel­louin qui a créé une école de for­ma­tion aux mé­thodes de la per­ma­cul­ture et de­vient un mo­dèle ins­pi­rant le monde en­tier : une par­faite illus­tra­tion de cette nou­velle culture du « glo­cal » dont The Vil­lage es­père pouvoir dé­mon­trer que ce­la marche… à condi­tion d’es­sayer.

« Nous n’avons ja­mais eu au­tant d’ou­tils qu’au­jourd’hui pour créer des so­lu­tions, re­lier les ter­ri­toires et faire avan­cer la tran­si­tion éner­gé­tique. Ce­la doit nous rendre in­di­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment op­ti­mistes, nous de­vons conti­nuer à être en­tre­pre­neurs du chan­ge­ment. » PHI­LIPPE MON­LOU­BOU Pré­sident d’Ene­dis

Des ac­teurs du chan­ge­ment ont ré­flé­chi dans quatre ate­liers de tra­vail ani­més par des jour­na­listes de La Tri­bune : Re­lier les ter­ri­toires ; Une tran­si­tion éco­lo­gique ; L’agri­cul­ture au­tre­ment ; Les nou­velles tech­no­lo­gies au ser­vice de tous.

Au pied des Py­ré­nées, à une cen­taine de ki­lo­mètres de Tou­louse, la ci­té mé­dié­vale de Saint-Bertrand-de-Com­minges est un fleu­ron de la Haute-Ga­ronne, dont la ca­thé­drale est ins­crite au pa­tri­moine mondial de l’Unes­co au titre des che­mins de Saint-Jacques-de-Com­pos­telle.

Le 31 août au soir, la pho­to­graphe et de­si­gner Ma­thilde de l’Éco­tais a pro­je­té un film sur le fron­ton de la ca­thé­drale de Saint-Bertrand-de-Com­minges.

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