Dé­fri­cheur Loub­na Ksi­bi (Meet My Ma­ma)

La « food­tech » Meet My Ma­ma met en re­la­tion des cui­si­nières is­sues de l’im­mi­gra­tion ou ré­fu­giées avec des en­tre­prises dé­si­reuses de va­rier leur me­nu tout en sou­te­nant une ini­tia­tive ci­toyenne.

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - PA­TRICK CAPPELLI @pat­de­par

Ai­der les gens: c’est, aus­si loin qu’elle s’en sou­vienne, ce qu’a tou­jours vou­lu faire Loub­na Ksi­bi. Cette Lor­raine d’ori­gine ma­ro­caine née à Thion­ville (Mo­selle) re­grette de n’avoir pas eu beau­coup d’in­for­ma­tions lors de sa sco­la­ri­té sur les car­rières sus­cep­tibles de sa­tis­faire cette vo­ca­tion. « Les seules per­sonnes que j’avais iden­ti­fiées étaient les mé­de­cins. Je me suis donc ins­crite en fac de médecine, mais j’ai vite com­pris que ce­la ne me cor­res­pon­dait pas. Je ne vou­lais pas vrai­ment de­ve­nir doc­teur mais plu­tôt créer des pro­jets comme ou­vrir des hô­pi­taux en Afrique » , ex­plique la jeune femme. Après avoir as­sis­té à une confé­rence sur l’en­tre­pre­na­riat so­cial, elle se ré­oriente vers les écoles de com­merce. Elle choi­sit Té­lé­com École de ma­na­ge­ment à Évry (au­jourd’hui Ins­ti­tut Mines-Té­lé­com Bu­si­ness School), très orien­tée sur le nu­mé­rique et l’en­tre­pre­na­riat. « J’ai beau­coup ap­pré­cié cette école, avec des cours sur l’économie mais éga­le­ment des en­sei­gne­ments liés au nu­mé­rique: com­ment créer son site, maî­tri­ser le ré­fé­ren­ce­ment, etc. » , évoque la co­fon­da­trice, avec Do­nia Souad Amam­ra et Yous­sef Ou­dah­man, de Meet My Ma­ma. Pour son an­née d’échange étu­diant, elle part en Ca­li­for­nie, terre pro­mise des star­tups, à Ir­vine, près de Los An­geles. Un sé­jour qui lui per­met de dé­cou­vrir l’éco­sys­tème et de par­ti­ci­per à des ha­cka­thons et autres évé­ne­ments di­gi­taux « très ins­pi­rants » . De re­tour en France, elle ren­contre sa fu­ture as­so­ciée Do­nia lors d’un stage chez PwC France. « Nous avons com­men­cé à tra­vailler sur notre pro­jet Ma­ma Cook’In, une pla­te­forme nu­mé­rique de trai­teur fon­dée sur les cui­sines du monde » , ra­conte Loub­na. L’idée étant de ti­rer par­ti des ta­lents cu­li­naires de ces femmes sou­vent is­sues de l’im­mi­gra­tion ou ré­fu­giées, pour en faire une ac­ti­vi­té éco­no­mique. « À la mai­son, nous avons tou­jours vu ces femmes d’ori­gine étran­gère qui cui­si­naient des plats ty­piques. À Pa­ris, je n’ai pas re­trou­vé dans les res­tau­rants ma­ro­cains la va­rié­té de cette cuisine, hor­mis le tra­di­tion­nel cous­cous-ta­jine » , dé­crit la di­plô­mée de Pa­ris Dau­phine. C’est dans cette uni­ver­si­té pa­ri­sienne qu’elle ren­contre des « su­per-profs » dont Hen­ri Isaac, avec qui elle siège ac­tuel­le­ment au CNN (Con­seil na­tio­nal du nu­mé­rique). « J’étais tel­le­ment pas­sion­née par ce su­jet du nu­mé­rique que je sui­vais toutes les confé­rences, tous les évé­ne­ments, c’était comme un loi­sir pour moi: au lieu d’al­ler au cinéma, j’al­lais aux star­tup week-ends et aux ha­cka­thons » , se sou­vient celle qui fait par­tie des « 10 femmes de la tech à suivre en 2018 » dis­tin­guées par l’as­so­cia­tion StartHer. De son cô­té, Yous­sef Ou­dah­man avait fon­dé sur le même prin­cipe Ma­ma’s Kit­chen, un res­tau­rant éphé­mère mis à dis­po­si­tion des ma­mas. Il contacte les deux jeunes femmes sur Fa­ce­book et le trio fu­sionne les deux star­tups pour créer Meet My Ma­ma. « Nous vou­lions ré­soudre le même pro­blème: il y a des ma­mas qui cui­sinent très bien et des gens qui ai­me­raient dé­cou­vrir ces sa­veurs exo­tiques. Com­ment les connec­ter ? », ex­plique la jeune Lor­raine, qui se concentre sur l’ac­ti­vi­té de trai­teur, la plus adap­tée, la plus ren­table et la plus im­pac­tante. Mais sans pour au­tant adop­ter le bu­si­ness mo­del clas­sique d’un trai­teur, qui achète ou loue un lo­cal, em­bauche un chef sa­la­rié et pro­pose un seul type de cuisine. « Nous avons fait évo­luer ce mo­dèle pour de­ve­nir la pre­mière pla­te­forme trai­teur qui re­groupe toutes les cui­sines du monde » , ex­plique Loub­na Ksi­bi. Une sorte de Uber de la gastronomie, qui met en rap­port un client avec un be­soin – un évé­ne­ment d’en­tre­prise par exemple –, et le ré­seau des ma­mas. La pla­te­forme en­voie à l’en­tre­prise un ca­ta­logue de « voyages cu­li­naires » aux sa­veurs orien­tales, asia­tiques ou afri­caines, et celle-ci opte pour une for­mule (cocktail, ban­quet, lunch box). Mais Meet My Ma­ma a aus­si une vo­ca­tion so­ciale: la star­tup offre à ses ma­mas des cours de fran­çais ap­pli­qués à la res­tau­ra­tion, des cours de ges­tion, des for­ma­tions qua­li­fiantes avec des chefs étoi­lés et une ini­tia­tion aux ou­tils nu­mé­riques en par­te­na­riat avec Google. Pa­ral­lè­le­ment à l’ac­ti­vi­té éco­no­mique de la star­tup, l’as­so­cia­tion Em­po­wer My Ma­ma et le pro­gramme Ma­ma Aca­de­my per­mettent à ces femmes au foyer de se for­mer et de de­ve­nir des en­tre­pre­neures in­dé­pen­dantes. Meet My Ma­ma est ren­table et a dé­jà réa­li­sé plus de 500 pres­ta­tions. Ob­jec­tif: le­ver des fonds pour re­cru­ter et dé­ve­lop­per la pla­te­forme tech­no­lo­gique, avant d’at­ta­quer le mar­ché eu­ro­péen.

Au lieu du cinéma, j’al­lais aux star­tup week-ends

Loub­na Ksi­bi (au pre­mier rang, troi­sième à par­tir de la gauche), avec l’équipe de Meet My Ma­ma.

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