La Nou­velle-Aqui­taine face au dé­fi de ses frac­tures ter­ri­to­riales

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - PIERRE CHEMINADE @Pier­re­che­mi­nade

Tran­si­tions agri­cole, dé­mo­gra­phique et nu­mé­rique : ce sont les prin­ci­paux dé­fis que de­vra re­le­ver, d’ici à 2030, la ré­gion Nou­velle-Aqui­taine, plus peu­plée que le Da­ne­mark et aus­si grande que l’Au­triche. Son économie di­ver­si­fiée se porte bien, ti­rée par le lit­to­ral et le dy­na­misme de la mé­tro­pole bor­de­laise, mais elle de­vra sur­mon­ter l’écueil des in­éga­li­tés ter­ri­to­riales.

Près de trois ans après la fu­sion de l’Aqui­taine, du Li­mou­sin et du Poi­tou-Cha­rentes, la Nou­velle-Aqui­taine, plus peu­plée que le Da­ne­mark et aus­si grande que l’Au­triche, est tour­née vers l’ave­nir. Les sché­mas ré­gio­naux d’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, l’un adop­té, l’autre en cours d’éla­bo­ra­tion, es­quissent les tra­jec­toires à suivre et peuvent s’ap­puyer sur un dy­na­misme in­con­tes­table même s’il bé­né­fi­cie d’abord à l’ex-Aqui­taine. La nou­velle grande ré­gion a ac­cueilli l’an der­nier 54000 créa­tions d’en­tre­prises (+ 8% sur un an) et 305 pro­jets d’in­ves­tis­se­ments ex­té­rieurs (+ 29 %). L’in­dus­trie, les ser­vices et la construc­tion sont en crois­sance, tout comme l’agroa­li­men­taire. « La créa­tion de la Nou­velle-Aqui­taine a re­dis­tri­bué les cartes avec une ré­gion très grande, di­verse et éparse dans la­quelle la ru­ra­li­té et l’agri­cul­ture ont pris un poids plus im­por­tant », sou­ligne Claude La­cour, pro­fes­seur en sciences éco­no­miques à l’uni­ver­si­té de Bor­deaux. La Nou­velle-Aqui­taine est en ef­fet la pre­mière ré­gion mé­tro­po­li­taine en sur­faces boi­sées et en nombre d’em­plois dans les do­maines agri­cole, agroa­li­men­taire et vi­ti­cole. Tout l’en­jeu pour ce sec­teur stra­té­gique se­ra de suivre le rythme des évo­lu­tions cli­ma­tiques et so­cié­tales, no­tam­ment la sor­tie des pes­ti­cides dans une ré­gion en­core trop peu por­tée sur le su­jet, à l’ins­tar du vi­gnoble bor­de­lais. « On se­ra sor­ti des pes­ti­cides avant 2030 ! », pro­met pour­tant Alain Rous­set, le pré­sident du con­seil ré­gio­nal, qui des­sine « une agri­cul­ture ré­si­liente et in­no­vante tant pour l’ali­men­ta­tion hu­maine et ani­male que pour notre au­to­no­mie ali­men­taire ». La Ré­gion par­ti­cipe à un ap­pel à pro­jet na­tio­nal au­tour de la viticulture du­rable et de la sor­tie des pes­ti­cides. Plus lar­ge­ment, à l’échelle ré­gio­nale, 5,4% de la sur­face agri­cole utile est culti­vée en bio avec l’ob­jec­tif d’at­teindre 20% en 2027. Ces sur­faces agri­coles et na­tu­relles de­vront ce­pen­dant ré­sis­ter à la pres­sion dé­mo­gra­phique des 35000 nou­veaux ha­bi­tants qui ar­rivent chaque an­née et des tou­ristes tou­jours plus nom­breux : 28 mil­lions en 2017 et un ob­jec­tif de 32 mil­lions en 2020. « Le grand dé­fi dans la ré­gion, et tout par­ti­cu­liè­re­ment dans la mé­tro­pole bor­de­laise, ce se­ra la pé­nu­rie de fon­cier qui nous pro­met de grandes dif­fi­cul­tés po­ten­tielles », met ain­si en garde Claude La­cour.

LE CER­VEAU, L’OCÉAN, L’ES­PACE

Sur le plan éco­no­mique, Alain Rous­set a un pen­chant as­su­mé pour l’in­no­va­tion et l’in­dus­trie qu’il ré­sume par le trip­tyque « océan, cer­veau, es­pace »:« L’océan, c’est un po­ten­tiel im­mense en ma­tière de pro­téines, de san­té et d’éner­gies. L’es­pace est un do­maine où nous sommes re­con­nus, avec le pôle aé­ro­nau­tique de Bor­deaux-Mé­ri­gnac en pointe sur la main­te­nance, la for­ma­tion et les drones. En­fin, le cer­veau re­couvre nos sa­voir-faire en ma­tière de san­té, neu­ro­lo­gie, la­ser, réa­li­té vir­tuelle, jeux vi­déo, ro­bo­tique », dé­taille le pré­sident de ré­gion, qui a fait de « l’usine du fu­tur et des in­ter­ac­tions entre l’homme et la ma­chine » l’un de ses mar­queurs po­li­tiques. Pour Claude La­cour, le point com­mun de ces fi­lières prio­ri­taires est « la vo­lon­té de se po­si­tion­ner sur la di­men­sion “qua­li­té-pres­tige”, hé­ri­tée de la viticulture bor­de­laise. C’est vrai dans le vin, mais aus­si dans l’agri­cul­ture, la fi­lière cuir, la main­te­nance aé­ro­nau­tique, le sou­tien aux star­tups et le tourisme qui se veut de plus en plus haut de gamme et ci­blé ».

LGV BOR­DEAUX-TOU­LOUSE

En­core fau­dra-t-il ar­ri­mer tous les ter­ri­toires au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. « Il y a un écla­te­ment ter­ri­to­rial plus mar­qué avec une concen­tra­tion de forces fa­vo­rables à Bor­deaux ; des ter­ri­toires comme le Pays basque, Poi­tiers et An­gou­lême qui s’en sortent bien et un sen­ti­ment de re­lé­ga­tion ag­gra­vé pour les autres », diag­nos­tique Claude La­cour. Pour Alain Rous­set, la so­li­da­ri­té pas­se­ra avant tout par un maillage fer­ro­viaire au­tour de la réa­li­sa­tion avant 2030 des lignes à grande vi­tesse (LGV) au sud de Bor­deaux vers Tou­louse et vers l’Es­pagne. Mais si le pre­mier pro­jet vient d’être confir­mé, sans ca­len­drier pré­cis, le se­cond ne fi­gure plus sur les ta­blettes du gou­ver­ne­ment. L’an­ti­dote à l’ab­sence de LGV se­ra peu­têtre la cou­ver­ture nu­mé­rique, pré­vue à l’ho­ri­zon 2025, d’un ter­ri­toire très lar­ge­ment ru­ral et à la po­pu­la­tion plus âgée que la moyenne na­tio­nale. La Ré­gion, pion­nière en ma­tière de tiers-lieux, s’est fixé l’ob­jec­tif d’at­teindre 300 struc­tures en 2021 afin que chaque ha­bi­tant puisse y ac­cé­der en vingt mi­nutes en voi­ture.

L’océan offre un énorme po­ten­tiel (ici,Biar­ritz) alors que la ru­ra­li­té et l’agri­cul­ture ont pris un poids plus im­por­tant dans la nou­velle ré­gion.

Pré­sident du con­seil ré­gio­nal Alain Rous­set (PS)

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