Le ra­len­tis­se­ment de la Chine reste li­mi­té

La Tribune Hebdomadaire - - PRÉVISIONS - R. J.

La crois­sance de la Chine reste un sou­tien ma­jeur du dy­na­misme de l’éco­no­mie mon­diale. Or, de­puis 2010, à l’ex­cep­tion d’un re­bond en 2017, elle ra­len­tit: 6,6 % en 2018 et 6,2 % en 2019, se­lon les pro­jec­tions du FMI. Pour la main­te­nir, les au­to­ri­tés de Pé­kin n’ont pas d’autre so­lu­tion que de fa­ci­li­ter le cré­dit pour re­lan­cer l’in­ves­tis­se­ment dans les in­fra­struc­tures et les ca­pa­ci­tés in­dus­trielles. Mais ce­la n’est pas sans dan­ger. Même si Pé­kin ré­gule son sec­teur fi­nan­cier, en par­ti­cu­lier l’im­por­tant « sha­dow ban­king », l’en­det­te­ment to­tal at­teint dé­sor­mais 317 % du PIB, se­lon Gold­man Sachs, dont 205 % pour la seule dette pri­vée, com­po­sée en large part de créances dou­teuses. « Fi­na­le­ment, on a eu une po­li­tique de stop-and-go, se­lon que la priorité était don­née au sou­tien à l’ac­ti­vi­té ou à la maî­trise de la dette », note Bru­no Ca­va­lier, éco­no­miste chez Od­do Se­cu­ri­ties. Outre l’en­det­te­ment, de­ve­nu une vé­ri­table bulle, la crois­sance chi­noise dé­pend des ex­por­ta­tions. Dans un tel contexte, le conflit com­mer­cial avec les États-Unis [lire ci-contre] re­vêt une im­por­tance par­ti­cu­lière, d’au­tant que la Chine en­re­gistre avec l’Oncle Sam un ex­cé­dent com­mer­cial re­cord de 300 mil­liards de dol­lars. La po­li­tique pro­tec­tion­niste de Do­nald Trump pèse dé­jà lour­de­ment sur l’éco­no­mie chi­noise: les prix de l’im­mo­bi­lier et les in­ves­tis­se­ments dans le BTP pro­gressent moins ra­pi­de­ment, l’ac­ti­vi­té dans l’in­dus­trie et les ventes au dé­tail ont at­teint leurs points les plus bas res­pec­ti­ve­ment de­puis dé­but 2016 et de­puis 2003. Les ventes de vé­hi­cules ont re­cu­lé d’en­vi­ron 15 % de­puis la fin 2017. La confiance des in­dus­triels me­su­rée par les in­dices PMI se si­tue dé­sor­mais juste sous le seuil fa­ti­dique des 50 points qui si­gnale une ré­ces­sion. Sans un vé­ri­table ac­cord avec les ÉtatsU­nis, la pres­sion de­vrait donc s’ac­cen­tuer sur les ex­por­ta­tions chi­noises en 2019, et pe­ser sur les ré­serves de change qui ont dé­jà fon­du de 30 % de­puis leurs plus hauts de 2014. Pers­pec­tive qui, en am­pli­fiant la fuite des ca­pi­taux étran­gers mais aus­si chi­nois, va pous­ser les au­to­ri­tés à ren­for­cer leur contrôle sur l’éco­no­mie et à dé­va­luer la mon­naie, le yuan. Un tel scé­na­rio se­rait pré­ju­di­ciable à l’éco­no­mie mon­diale.

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