Contre l’ho­mo­pho­bie, on n’est ja­mais trop ai­dé

La Tribune Hebdomadaire - - TRIBUNES - FRANK TAPIRO CHIEF EMO­TION OF­FI­CER DE DATAKALAB CONSUL­TANT CRÉA­TIF

L’ho­mo­pho­bie est une ma­la­die trans­mis­sible qui ne s’en­raye pas fa­ci­le­ment. A l’oc­ca­sion de la jour­née in­ter­na­tio­nale de lutte contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie, en mai 2016, j’ai pro­po­sé à l’as­so­cia­tion Aides France de lan­cer un mé­di­ca­ment pour gué­rir ceux qui souffrent de cette haine te­nace et des­truc­trice. Ho­mo­pho­biol© est le pre­mier trai­te­ment qui, grâce à un bon­bon Har­le­quin mul­ti­co­lore à su­cer au pou­voir sur­puis­sant, calme la dou­leur, adou­cit le lan­gage et le com­por­te­ment en cas de crise aigue d’ho­mo­pho­bie. Ho­mo­pho­biol© existe aus­si en patch pour une cure quo­ti­dienne contre les symptômes d’ho­mo­pho­bie la­tente. Son ef­fet im­mé­diat per­met aux plus ho­mo­phobes d’entre nous de se re­con­nec­ter à l’autre et d’ac­cep­ter sa dif­fé­rence. Pour les su­jets les plus co­riaces, un sup­po­si­toire est à l’étude. Le buzz énorme qu’a pro­vo­qué Ho­mo­pho­biol© par­tout dans le monde dé­montre à quel point la com­mu­nau­té LGBT a com­pris qu’une bonne com­mu­ni­ca­tion pour la cause ne se ré­su­mait pas uni­que­ment à dé­non­cer mais à pro­po­ser#: pro­vo­quer le dé­bat en fai­sant sou­rire plu­tôt que de condam­ner. Ce mé­di­ca­ment à l’ef­fet Pla­ce­bo prouve à quel point il faut sor­tir du cadre pour ten­ter de tou­cher l’opinion sur un su­jet aus­si com­pli­qué et dé­vas­ta­teur. Les cam­pagnes mo­ra­li­sa­trices ne servent à rien. Les dis­cours « cor­po­rate » , mous et éthé­rés non plus. Il faut sur­prendre, pro­vo­quer, bous­cu­ler, in­ter­pel­ler avec cou­rage, non pas pour ima­gi­ner qu’une simple cam­pagne puisse ré­soudre le pro­blème mais pour sus­ci­ter le dé­bat et créer un ap­pel d’air entre les deux hé­mi­sphères. Pour ce­la il faut créer une émo­tion, lais­ser une trace, un sou­ve­nir, pour pous­ser à ré­flé­chir et agir. On a vu trop sou­vent des cam­pagnes ali­bi aus­si in­utiles qu’in­odores don­ner bonne conscience à leurs au­teurs plu­tôt que d’im­pac­ter sur la conscience ci­toyenne, don­nant l’illu­sion aux as­so­cia­tions d’avoir dé­fen­du une cause pour la­quelle elles ont été man­da­tées avec la peur au ventre. Peur de trop dire ou pas as­sez. Peur d‘être cri­ti­quées ou raillées par la com­mu­nau­té pour avoir osé. Peur de su­bir des laz­zis, des quo­li­bets, comme ils disent. La seule chose dont on doit pour­tant avoir peur quand on com­mu­nique, c’est de ne pas dé­pas­ser la bar­rière de l’in­dif­fé­rence pour pro­vo­quer le droit à l’in­dif­fé­rence. C’est ce qu’on doit à ceux qui souffrent et qui n’osent pas as­su­mer ce qu’ils sont et ceux qu’ils aiment. Les agres­sions, les mo­que­ries et les in­sultes qu’ils su­bissent sont bien réelles. Voi­là le point de dé­part de cette cam­pagne pour La Tri­bune. Uti­li­ser le pré­fixe d’une in­sulte ho­mo­phobe mal­heu­reu­se­ment uni­ver­selle en la trans­for­mant avec bien­veillance pour faire une prise d’aï­ki­do sé­man­tique à leurs au­teurs. EN­Cou­ra­ger les LGBT en en­tre­prise comme un pied de nez à ceux qui ne peuvent pas les EN­Ca­drer. EN­Cou­ra­ger celles et ceux qui ont en­core du mal à fuir le re­gard de l’autre comme une ré­ponse aux in­sultes qu’ils ne peuvent EN­Cais­ser. C’est bien la pre­mière fois qu’on ap­plique le trans­gen­risme aux mots. Il y a vingt ans j’ai­dais mon ami Dave à faire son co­ming out pu­bli­ci­taire pour les Fro­mages de Hol­lande. Ce fut la pre­mière cam­pagne du genre qui, grâce au dé­ca­lage et à l’hu­mour cor­ro­sif de Dave, a dé­mon­tré qu’on pou­vait lut­ter contre cette vio­lence ho­mo­phobe avec hu­mour et lé­gè­re­té. La France en­tière découvre alors que, contrai­re­ment à la ru­meur, « Dave aime l’Edam » . Ce slo­gan a per­mis à Dave – qui ne s’est ja­mais po­si­tion­né en porte-pa­role de la com­mu­nau­té – d’uti­li­ser son ca­pi­tal sym­pa­thie éter­nelle pour dif­fu­ser de l’éner­gie po­si­tive envers celles et ceux, moins connus que lui, qui souf­fraient en si­lence. Elle a aus­si per­mis aux fro­mages de Hol­lande de se faire une pe­tite place sur le pla­teau de fro­mages des Fran­çais, comme un sym­bole sur la place des LGBT dans notre so­cié­té. Certes, cette nou­velle cam­pagne pour La Tri­bune ne plai­ra sû­re­ment pas à tout le monde et j’en vois dé­jà cer­tains qui se bouchent le nez au­jourd’hui et qui vo­le­ront au secours de la vic­toire si elle pro­voque un dé­bat construc­tif. Bra­vo à Jean-Chris­tophe Tor­to­ra, Phi­lippe Ma­bille et toute la ré­dac­tion de La Tri­bune de rap­pe­ler à quel point le rôle d’un titre de presse est aus­si de s’en­ga­ger et d’en­cou­ra­ger ses lec­teurs à bri­ser les idées re­çues et chan­ger la donne. Je vous sou­haite sin­cè­re­ment d’al­ler tous vous faire en­cou­ra­ger par La Tri­bune.

[FRANK TAPIRO]

En 2016, pour la Jour­née in­ter­na­tio­nale contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie, l’as­so­cia­tion Aides a lan­cé le « mé­di­ca­ment » Ho­mo­pho­biol.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.