LGBT+ : les en­tre­prises s’en­gagent

À l’oc­ca­sion de la jour­née mon­diale de lutte contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie, le 17 mai, l’as­so­cia­tion L’Autre Cercle dé­voile une liste de 60 rôles mo­dèles, di­ri­geants et di­ri­geantes LGBT+ et al­liés. Une vi­si­bi­li­té ac­crue pour que toutes et tous pui

La Tribune Hebdomadaire - - SOMMAIRE - IRÈNE FRAT

À l’oc­ca­sion de la Jour­née mon­diale de lutte contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie, 60 rôles mo­dèles en­cou­ragent toutes et tous à être soi-même.

Si le luxe et la mode, de Proen­za Schou­ler à Louis Vuit­ton, jouent la di­ver­si­té en choi­sis­sant – de­puis peu – des égé­ries ou des mannequins trans­genres, nombre d’en­tre­prises sont en­core à la peine lors­qu’il s’agit de tra­vailler à l’in­clu­sion, au sein de leurs équipes des LGBT+, en ac­cueillant les­biennes, gays, bi­sex­suels et trans­genres, de même qu’in­ter­sexes et queer (d’où le +). Certes, de­puis son lan­ce­ment, en 2013, plus d’une cen­taine – grands groupes, PME et or­ga­ni­sa­tions pu­bliques, à Pa­ris comme en ré­gion – ont si­gné la Charte d’en­ga­ge­ment LGBT+ de L’Autre Cercle. Mais cette as­so­cia­tion, qui mi­lite pour l’in­clu­sion de ces per­sonnes dans le monde du tra­vail, veut al­ler plus loin. Elle mar­que­ra, en co­opé­ra­tion avec OUTs­tan­ding, la jour­née mon­diale de lutte contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie, le 17 mai, par la no­mi­na­tion de 60 rôles mo­dèles di­ri­geants et ma­na­gers LGBT+ et al­liés (ces der­niers étant des hommes et des femmes qui sou­tiennent les LGBT+ sans for­cé­ment être eux-mêmes et elles-mêmes LGBT+) dans les en­tre­prises. L’opé­ra­tion est me­née sous le haut pa­tro­nage du pré­sident de la Ré­pu­blique et sou­te­nue par BNP Pa­ri­bas, les ca­bi­nets d’avo­cats Her­bert Smith Free­hil­ls et Ever­sheds Su­ther­land, et en par­te­na­riat avec Ra­dio France et La Tri­bune. Soixante pion­niers et pion­nières (20 rôles mo­dèles di­ri­geants et di­ri­geantes, 20 al­liés et al­liées, 20 rôles mo­dèles lea­ders), qui, par leur en­ga­ge­ment au sein des ins­tances de di­rec­tion ou dans le management, per­met­tront à tous et à toutes, quelle que soit leur orien­ta­tion sexuelle ou leur iden­ti­té de genre, de marcher dans leurs pas pour être eux-mêmes et elles-mêmes, par­ler sans men­songe de leur ma­ri ou leur com­pagne du même sexe, ra­con­ter leurs va­cances ou par­ta­ger leurs am­bi­tions de bon­heur per­son­nel. De quoi pou­voir mettre leur éner­gie au ser­vice de l’en­tre­prise et de per­for­mer, plu­tôt que de la gas­piller à se « confor­mer »… Car pour l’heure, si le nombre d’en­tre­prises si­gna­taires de la Charte d’en­ga­ge­ment LGBT+ ne cesse d’aug­men­ter et qu’à l’in­té­rieur de ces en­tre­prises, tous les sa­la­riés – les LGBT+ et les autres – ne peuvent qu’être plus épa­nouis – les études plus larges ne laissent au­cun doute. En France, seule une per­sonne LGBT+ sur deux dé­clare que son orien­ta­tion sexuelle est connue par au moins

un ou une de ses col­lègues, se­lon une étude Ifop de 2018. Et se­lon le ba­ro­mètre 2018 du Bos­ton Con­sul­ting Group, Out @ Work, réa­li­sé en par­te­na­riat avec le ma­ga­zine Tê­tu dans 10 pays au­près de 4#000 LGBT+ de moins de 35 ans, seuls 25% des jeunes LGBT+ en France consi­dèrent qu’être « out » au tra­vail est une force, tan­dis que 30 % es­timent que c’est un risque pour leur car­rière... Cer­tains sa­la­riés dé­clarent même men­tir à ce su­jet à leur ma­na­ger, y com­pris dans des dis­cus­sions in­for­melles... En­fin, se­lon le ba­ro­mètre du Me­def 2018 sur l’éga­li­té des chances, si c’est la dis­cri­mi­na­tion par l’âge qui ar­rive en tête des pré­oc­cu­pa­tions, 9 % des per­sonnes in­ter­ro­gées es­timent que leur orien­ta­tion sexuelle ou leur iden­ti­té de genre pour­rait être source de dis­cri­mi­na­tion (dont 14 % de cadres, contre 5 % en 2017). La né­ces­si­té d’être – ba­na­le­ment, nor­ma­le­ment – vi­sible, pour en fi­nir en bonne fois pour toute avec la dis­cri­mi­na­tion et les pré­ju­gés, prend donc tout son re­lief. Et pour ce­la, quoi de mieux que faire ap­pel à des di­ri­geants et des di­ri­geantes, des al­liés, hommes et femmes, dans les ins­tances de di­rec­tion, et des ma­na­gers qui, en por­tant haut ce dra­peau, don­ne­ront à tous et toutes la li­ber­té d’en faire au­tant, tous les jours, en toute sé­ré­ni­té#? « Les LGBT+ ap­par­tiennent à ce que nous ap­pe­lons les mi­no­ri­tés invisibles, c’est-à-dire qui ne sont pas phy­si­que­ment re­con­nais­sables, comme c’est le cas par exemple des Asia­tiques, dans un pays eu­ro­péen. Au­jourd’hui, l’as­pi­ra­tion d’une par­tie des LGBT+ est jus­te­ment de sor­tir de cette in­vi­si­bi­li­té, pour sor­tir de la mar­gi­na­li­té#; d’autres font le choix d’une hy­per­vi­si­bi­li­té en ac­cep­tant d’être rôles mo­dèles », dé­clare Alain Ga­vand, vice-pré­sident de L’Autre Cercle et chef de pro­jet de cette édi­tion 2019 Rôles Mo­dèles LGBT+.

CHAN­GER LA CULTURE FRAN­ÇAISE SUR LA DI­VER­SI­TÉ EN EN­TRE­PRISE

Reste qu’en France, la vi­si­bi­li­té ne va pas en­core de soi... « Il faut chan­ger la culture sur ce su­jet », dé­clare à cet égard Chris­tophe Ber­thier, pré­sident de L’Autre Cercle, poin­tant le fait que les en­tre­prises de l’Hexa­gone ont « cinq ans de re­tard par rap­port aux so­cié­tés an­glo-saxonnes ». De fait, de­puis 2013, le Fi­nan­cial Times a pu­blié chaque an­née une OUTs­tan­ding list, cé­lé­brant, par­mi les di­ri­geants et di­ri­geantes LGBT+ et les al­liés du monde des af­faires an­glo-saxon, ceux et celles qui réus­sissent dans leur car­rière et créent en même temps une at­mo­sphère por­teuse d’épa­nouis­se­ment pour d’autres LGBT+ au sein de leur or­ga­ni­sa­tion. Or lors­qu’il s’est agi pour L’Autre Cercle de re­cueillir des can­di­da­tures (158 per­sonnes ont été sé­lec­tion­nées, pour fi­na­le­ment 115 can­di­da­tures ef­fec­tives – et par­mi les can­di­da­tures, 31 % étaient des al­liés et al­liées, 23 % des rôles mo­dèles LGBT+ di­ri­geants et di­ri­geantes et 46 % des rôles mo­dèles lea­ders LGBT+ –, nom­breuses sont celles qui sont ve­nues d’abord d’en­tre­prises étran­gères, prin­ci­pa­le­ment amé­ri­caines, bri­tan­niques ou du nord de l’Eu­rope, im­plan­tées en France. Et, in fine, « nos lau­réats sont à 50 % is­sus de ces en­tre­prises », pré­cise Alain Ga­vand. Dans les en­tre­prises fran­çaises, il a fal­lu sol­li­ci­ter, en­core et en­core, sans tou­jours ob­te­nir un en­ga­ge­ment, re­grettent les membres de L’Autre Cercle, qui voient pour­tant dans la ca­pa­ci­té à faire émer­ger des can­di­da­tures le signe d’une ma­tu­ri­té ac­crue pour une en­tre­prise... Ce­pen­dant, les temps changent. La preuve, plu­sieurs di­ri­geants et al­liés ont fi­na­le­ment ré­pon­du à l’ap­pel. « Plus d’hommes que de femmes (24 % de di­ri­geantes seu­le­ment, par exemple, et 28 % des rôles mo­dèles lea­ders, non membres d’une ins­tance de di­rec­tion) », re­lève Alain Ga­vand. Signe qu’il reste en­core une der­nière bar­rière à fran­chir pour les les­biennes, même si, lors­qu’il s’agit d’être al­liées, les femmes, sans doute cultu­rel­le­ment en­clines à l’em­pa­thie, sont plus nom­breuses à vou­loir sou­te­nir les LGBT+ (41,6% par­mi les al­liés di­ri­geants, un pour­cen­tage su­pé­rieur à leur re­pré­sen­ta­tion dans les postes de di­rec­tion). Les bar­rières qui sub­sistent se­ront-elles le­vées un jour pour les LGBT+, comme tous, à L’Autre Cercle, l’es­pèrent, grâce à une nou­velle gé­né­ra­tion#? Sans doute. Nombre de millennial­s et de jeunes de la gé­né­ra­tion Z n’en­vi­sagent pas d’in­té­grer une en­tre­prise qui ne res­pec­te­rait pas la li­ber­té de cha­cun de vivre sa vie comme il ou elle l’en­tend, pas plus qu’ils ne sou­haitent tra­vailler pour une or­ga­ni­sa­tion qui n’au­rait pas un en­ga­ge­ment fort en ma­tière de RSE, par exemple. D’ailleurs, se­lon le ba­ro­mètre Out @ Work, les LGBT+

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