En­tre­tien : la Sei­ta, du ta­bac à la high tech

Face à une lé­gis­la­tion res­tric­tive et au suc­cès de la ci­ga­rette élec­tro­nique, la pré­si­dente de la fi­liale fran­çaise d’Im­pe­rial Brands pa­rie sur le mar­ché des pro­duits high-tech de la « vape ».

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

IN­DUS­TRIE Sou­mise à une lé­gis­la­tion res­tric­tive et dis­rup­tée par le suc­cès de la ci­ga­rette élec­tro­nique, l’in­dus­trie du ta­bac doit se ré­in­ven­ter. C’est le dé­fi que veut re­le­ver Dior De­cup­per, pré­si­dente de Sei­ta. Elle dé­plore « les in­ter­dits » qui pèsent sur l’in­dus­trie du ta­bac et qui « em­pêchent de pou­voir in­for­mer » sur les pro­duits de « nou­velle gé­né­ra­tion ». Alors que la France compte 4 mil­lions de va­po­teurs, dont 500"000 nou­veaux en 2018, Sei­ta s’est fixé comme objectif qu’à l’horizon 2025 la moi­tié de son chiffre d’af­faires pro­vienne des nou­veaux pro­duits.

PRO­POS RE­CUEILLIS PAR RO­BERT JULES « Les in­ter­dits qui pèsent sur notre in­dus­trie nous em­pêchent de pou­voir in­for­mer, en France sur­tout »

L’in­dus­trie du ta­bac est un sec­teur très contro­ver­sé. Com­ment fait une en­tre­prise comme Sei­ta pour s’en sor­tir!?

On s’adapte!! Ces cinq der­nières an­nées, le sec­teur a su­bi des bou­le­ver­se­ments liés aux nou­velles lé­gis­la­tions an­ti­ta­bac tou­jours plus strictes im­po­sées par les au­to­ri­tés, comme le pa­quet neutre. Nous sommes de plus en plus taxés : nous sommes ain­si les seuls en France à être im­po­sés sur le chiffre d’af­faires, et il nous est in­ter­dit de faire de la pu­bli­ci­té di­recte ou in­di­recte pour les pro­duits du ta­bac.

Cette sé­vé­ri­té n’est-elle pas liée aus­si au fait que ce sec­teur a bé­né­fi­cié du­rant des dé­cen­nies, grâce à ses lob­bies, d’une cer­taine im­pu­ni­té, no­tam­ment aux États-Unis!?

Comme pour tout pro­duit, la connaissan­ce des ef­fets du ta­bac sur la santé a évo­lué au cours des an­nées. Il est vrai que des in­dus­triels ont com­mis des erreurs dans cer­tains pays. Mais là on parle des an­nées de l’im­mé­diat après-guerre, il y a plus de cin­quante ans, quand des mé­de­cins pres­cri­vaient le ta­bac pour cal­mer les nerfs de pa­tients. Au­jourd’hui, les in­ter­dits qui pèsent sur notre in­dus­trie nous em­pêchent de pou­voir in­for­mer, en par­ti­cu­lier en France où la po­li­tique an­ti­ta­bac est ex­trême par rap­port à d’autres pays, en Eu­rope et dans le monde. En Allemagne, on a le droit de faire de la pu­bli­ci­té, le pa­quet neutre n’existe pas, et pour­tant la pré­va­lence ta­ba­gique est in­fé­rieure à celle de la France, tant chez les jeunes que chez les adultes. Mais il est vrai qu’énor­mé­ment d’ef­forts sont faits sur l’in­for­ma­tion par les écoles et par les pa­rents, de fa­çon à évi­ter que les jeunes fument. En France, on pré­fère l’in­ter­dit. Est-ce la bonne mé­thode!? Je n’en suis pas sûre.

À ce­la s’ajoute un autre phé­no­mène ma­jeur : la dis­rup­tion que re­pré­sente l’ar­ri­vée de la ci­ga­rette élec­tro­nique.

Oui, de­puis quelques an­nées, nous sui­vons ce mou­ve­ment mas­sif des fu­meurs vers des pro­duits à risque ré­duit ou de nou­velle gé­né­ra­tion dont fait par­tie la ci­ga­rette élec­tro­nique, qui sont des formes moins no­cives de dé­li­vrer la ni­co­tine. Il en exis­tait dé­jà, comme le che­wing­gum, mais ce­la n’avait pas dé­clen­ché un tel mou­ve­ment. Le fu­meur re­trouve le ri­tuel, la sen­sa­tion de plai­sir de la ci­ga­rette, mais de fa­çon moins no­cive. Il est vrai que c’est de­ve­nu une part im­por­tante de notre ac­ti­vi­té, qui a com­plè­te­ment chan­gé notre ap­proche et notre bu­si­ness

mo­del. En France, le strict cadre lé­gal, du fait du mo­no­pole, nous oblige à dis­tri­buer le ta­bac uni­que­ment chez les bu­ra­listes ti­tu­laires d’une li­cence. En re­vanche, les pro­duits de nou­velle gé­né­ra­tion peuvent être ven­dus en ligne ou dans des vape stores. [YANN DERET]

Le ré­seau des bu­ra­listes reste-t-il pri­mor­dial!?

Oui, car Sei­ta parle d’abord aux fu­meurs. Grâce aux nou­veaux pro­duits, nous pou­vons leur pro­po­ser une fa­çon moins no­cive de consom­mer de la ni­co­tine, avec des taux qui ne sont pas né­fastes pour la santé. C’est la rai­son pour la­quelle nous ne com­pre­nons pas que le gou­ver­ne­ment fran­çais, qui veut ré­duire la pré­va­lence ta­ba­gique, ne sai­sisse pas l’oc­ca­sion pour nous lais­ser in­for­mer sur ces pro­duits de nou­velle gé­né­ra­tion et les pro­mou­voir.

Vous se­riez donc les ac­teurs les mieux pla­cés pour faire de la pé­da­go­gie à des­ti­na­tion des fu­meurs!?

Qui connaît le mieux les fu­meurs!? Clai­re­ment les in­dus­triels du ta­bac. Ils ar­rivent au­jourd’hui avec des solutions. Il est donc pri­mor­dial que nous puis­sions in­for­mer les clients – dont cer­tains connaissen­t dé­jà le sys­tème ou­vert de la vape, qui est peu pra­tique et peu es­thé­tique – sur les évo­lu­tions tech­niques d’une ci­ga­rette élec­tro­nique dis­po­sant d’un sys­tème à re­charges qui se changent en un clic. C’est ce que nous pro­po­sons avec Myblu, une pre­mière en France (lire en­ca­dré).

Quelle a été la ré­ac­tion des bu­ra­listes!?

Eux aus­si su­bissent la dis­rup­tion. L’aug­men­ta­tion ré­gu­lière de taxes a por­té le prix du pa­quet de ci­ga­rettes à 8,80 eu­ros au­jourd’hui, ce qui en fait le plus cher en Eu­rope con­ti­nen­tale. Du coup, les vo­lumes se sont ef­fon­drés, je parle là des vo­lumes lé­gaux, mais pas de la consom­ma­tion Pour les bu­ra­listes, c’est un manque à ga­gner cer­tain, com­pen­sé en par­tie par la hausse de leur marge. Mais, à terme, les vo­lumes vont conti­nuer à di­mi­nuer. Ils se rendent donc compte de l’in­té­rêt pour eux de se di­ver­si­fier vers des pro­duits comme Myblu, tech­ni­que­ment simples d’uti­li­sa­tion et per­for­mants, d’au­tant plus quand ils voient les fu­meurs les adop­ter.

Pour votre in­dus­trie, c’est une évo­lu­tion ra­di­cale, vous pas­sez d’une ma­tière pre­mière agri­cole à un pro­duit high-tech.

Oui, il faut se rap­pe­ler que la der­nière innovation ma­jeure dans le monde du ta­bac a été le filtre à ci­ga­rettes, qui a chan­gé la donne. Là, la dis­rup­tion rem­place un pro­duit du ta­bac par un ob­jet high-tech, qui s’amé­liore tech­ni­que­ment tous les six mois : bien­tôt, le sys­tème Myblu pour­ra être connec­té au té­lé­phone. De même, sur le plan du mar­ke­ting, on a dé­cli­né la bat­te­rie en plu­sieurs cou­leurs, on va lan­cer une nou­velle sa­veur cet été… Ces avan­cées tech­no­lo­giques peuvent ai­der un nombre plus im­por­tant de fu­meurs à pas­ser vers ces pro­duits à risque ré­duit. Aus­si, on a be­soin que le gou­ver­ne­ment nous laisse com­mu­ni­quer.

Au­jourd’hui, qu’est-ce qu’il vous est au­to­ri­sé de faire!?

On a le droit de four­nir une in­for­ma­tion uni­que­ment fac­tuelle chez un bu­ra­liste, sur un sup­port équi­valent à un for­mat A4 non vi­sible de l’ex­té­rieur.

Com­ment ex­pli­quer ce strict en­ca­dre­ment!?

Il s’agit d’une non-connaissan­ce et de conser­va­tisme. Le mi­nis­tère de la Santé re­fuse de se pro­non­cer, contrai­re­ment au gou­ver­ne­ment bri­tan­nique qui a in­vi­té de fa­çon proac­tive les in­dus­triels du ta­bac mais aus­si des ac­teurs de la ci­ga­rette élec­tro­nique à ve­nir ex­pli­quer ce que sont leurs pro­duits et à mon­trer les études qu’ils ont réa­li­sées. Après cette consul­ta­tion, le gou­ver­ne­ment an­glais a es­ti­mé que les pro­duits du va­po­tage sont 95 % moins nocifs que la ci­ga­rette et s’est pro­non­cé en connaissan­ce de cause en fa­veur du va­po­tage comme alternativ­e à la ci­ga­rette et au ta­bac en gé­né­ral. C’est le genre de dé­cla­ra­tion que nous avons be­soin d’en­tendre en France de la part de notre gou­ver­ne­ment, pour ré­duire la pré­va­lence ta­ba­gique en France.

Dans ces condi­tions, pour­quoi la France ne suit-elle pas la même voie!?

Le gou­ver­ne­ment veut me­ner sa propre étude. Elle de­vrait être pu­bliée pro­chai­ne­ment. Il consi­dère qu’elle se­ra plus fiable que toutes celles qui

ont dé­jà été réa­li­sées dans d’autres pays. C’est un pa­ra­doxe, le gou­ver­ne­ment veut di­mi­nuer le nombre de fu­meurs mais ses seules ac­tions consistent à aug­men­ter les taxes et les prix en in­ter­di­sant toute in­for­ma­tion sur d’autres pro­duits. Le fait que les taxes sur le ta­bac rap­portent 14 mil­liards d’eu­ros par an ex­plique peut-être le refus des au­to­ri­tés de toute com­mu­ni­ca­tion sur les pro­duits de va­po­tage.

Pour­tant les clients eux com­mencent à s’y in­té­res­ser…

Un tel mou­ve­ment est in­édit. On compte au­jourd’hui 4 mil­lions de va­po­teurs en France, dont 500!000 nou­veaux en 2018, se­lon les chiffres de la Santé publique France. Cet en­goue­ment ne de­mande qu’à être ac­cé­lé­ré pour faire bais­ser la pré­va­lence au ta­bac, alors même que les patchs et les che­wing­gums à base de ni­co­tine tant van­tés de­puis des an­nées n’ont eu qu’un ef­fet mar­gi­nal pour faire bais­ser le nombre de fu­meurs. 98 % des va­po­teurs sont is­sus de la ci­ga­rette.

Quels sont vos prin­ci­paux concur­rents en France!?

Pour le va­po­tage, notre prin­ci­pal concur­rent est Bri­tish Ame­ri­can To­bac­co (BAT). Il y a éga­le­ment Ja­pan To­bac­co et d’autres ac­teurs plus mo­destes qui ne sont pas is­sus du monde du ta­bac. Et il y a bien en­ten­du Juul, le nu­mé­ro 1 du va­po­tage aux États-Unis, qui a dé­bar­qué en France en dé­cembre 2018.

Et en part de mar­chés!?

En part de va­leur de mar­ché, on est à 15 % dans le va­po­tage entre 2018 et 2019, ce qui fait de nous le nu­mé­ro 1, en pré­ci­sant dans le ca­nal de dis­tri­bu­tion des bu­ra­listes. Nous n’avons pas de chiffres au ni­veau du mar­ché glo­bal, no­tam­ment sur le ca­nal de vape.

Réa­li­sez-vous beau­coup de ventes en ligne!?

Non, comme d’ailleurs nos concur­rents. C’est lié au pro­fil des fu­meurs, qui ont l’ha­bi­tude d’al­ler chez un bu­ra­liste. Pour les nou­veaux pro­duits, face au manque d’in­for­ma­tions sur les dif­fé­rents systèmes, les goûts, les per­for­mances, les clients vont plu­tôt dans les va­pes­tores où le per­son­nel, com­pé­tent, peut leur four­nir des ex­pli­ca­tions comme c’est le cas pour tout pro­duit high-tech. Mais avec 2!000 va­pes­tores, le ré­seau est trop étroit en France.

Ces vous!?

va­pes­tores Non ce sont des in­dé­pen­dants. Ils ont poussé comme des cham­pi­gnons, puis il y a eu une conso­li­da­tion. Il y a deux grandes fran­chises, qui comptent 100 ma­ga­sins en­vi­ron. Mais le mou­ve­ment tend vers des re­grou­pe­ments ré­gio­naux de 20 à 30 ma­ga­sins.

Ils dis­tri­buent toutes les marques!?

Ab­so­lu­ment. Mis à part les deux fran­chises qui ne dis­tri­buent que leurs propres marques.

Vous di­siez que vous aviez une part de mar­ché en va­leur de 15 %. Qui est le deuxième!?

C’est BAT. Mais je dois pré­ci­ser que Myblu a fait croître cette ca­té­go­rie de 40 % dans le ré­seau de bu­ra­listes.

Sa mise au point a-t-elle re­pré­sen­té beau­coup d’in­ves­tis­se­ment!?

En fait, nous avons com­men­cé par ache­ter une li­cence à une startup au­tri­chienne. Nous avons per­fec­tion­né son pro­duit avant de le tes­ter sur le mar­ché amé­ri­cain, puis sur le mar­ché bri­tan­nique. En 2015, nous avons ra­che­té Blu, une marque amé­ri­caine qui était alors lea­der sur son mar­ché, et nous avons dé­ve­lop­pé le sys­tème de pods que nous avons lan­cé en 2018.

Quelle est votre part de mar­ché aux États-Unis!?

Entre 5 % et 10 %, se­lon le ca­nal de dis­tri­bu­tion.

Le lea­der est Juul!?

Oui. Ce pro­duit a été créé par la startup Pax Labs dont Phi­lips Mor­ris (Al­tria) a ac­quis 35 % du ca­pi­tal pour 38 mil­liards de d o l l a r s . Nous s o mmes nu­mé­ro 2 aux États-Unis, lea­der en Eu­rope, en Ita­lie, en Es­pagne, en Allemagne, en France et nu­mé­ro 2 en Grande-Bre­tagne, on parle là uni­que­ment de va­po­tage.

Com­ment se gère l’ac­ti­vi­té liée au ta­bac, qui est en dé­clin!?

Le dé­fi pour nous est de devoir gé­rer si­mul­ta­né­ment le dé­clin de l’ac­ti­vi­té du ta­bac et la crois­sance des pro­duits de va­po­tage. Dans les autres pays, nos mar­chés voient les vo­lumes de ta­bac bais­ser, mais pas la va­leur. En France, les deux re­culent, avec une va­leur ré­par­tie entre l’État, qui ré­cu­père 83 % d’un pa­quet de ci­ga­rettes en taxes, les bu­ra­listes, dont la marge fixée par l’État est de 9 %, et les in­dus­triels du ta­bac prennent le reste.

Quel im­pact ont les ci­ga­rettes de contre­bande sur l’ac­ti­vi­té!?

27 % des ci­ga­rettes consom­mées en France sont ven­dues hors du cir­cuit des bu­ra­listes, dont 12 % sont du trans­fert fron­ta­lier, en rai­son des prix moins chers dans les pays voi­sins. Le res­tant est de la vente com­plè­te­ment illi­cite pro­ve­nant de pays eu­ro­péens ou ex­tra-eu­ro­péens.

Mais ce trans­fert ne change pas vos ventes au ni­veau glo­bal!?

Ce­la dépend de la fis­ca­li­té et de la ren­ta­bi­li­té, qui dif­fèrent se­lon les mar­chés. En Bel­gique, c’est moins ren­table qu’en France. Donc quand un fu­meur fran­çais va ache­ter ses ci­ga­rettes en Bel­gique, nous per­dons de l’ar­gent.

Tou­te­fois, ces achats trans­fron­ta­liers ne sont pas nou­veaux!?

Non, sauf que la dif­fé­rence de prix am­pli­fie le phé­no­mène. Quand elle at­teint 3 eu­ros, l’éco­no­mie sur une car­touche est de 30 eu­ros!! En Es­pagne, le prix du pa­quet est de 4 eu­ros, contre 8,80 eu­ros en France. Ce­la de­vient at­trac­tif pour un fu­meur. Et la ten­ta­tion est grande de faire du tra­fic en ra­me­nant des car­touches pour les amis, les connais­sances. Dans ce cas, ce­la de­vient illé­gal.

Consi­dé­rez-vous que la France lutte suf­fi­sam­ment contre ce tra­fic!?

Les douanes oui, avec les moyens qu’elles ont. Chez Sei­ta, nous avons une per­sonne dont la mis­sion est d’ai­der à contrer ce qui est vente illi­cite, d’in­for­mer les bu­ra­listes en tra­vaillant main dans la main avec eux et avec la douane. Pour les bu­ra­listes, c’est un manque à ga­gner.

La ges­tion de la dé­crois­sance d’une ac­ti­vi­té s’ac­com­pagne en gé­né­ral de réductions d’ef­fec­tifs. Com­ment faites-vous!?

Sur le plan so­cial, on essaie de trans­for­mer les ac­teurs avec les­quels on est en re­la­tion. Nous for­mons nos équipes, en pro­cé­dant à des re­cru­te­ments de com­pé­tences nou­velles qui aident à for­mer des em­ployés qui puissent gé­rer nos deux ac­ti­vi­tés. On ar­rive même, dans cer­tains cas, à réa­li­ser des sy­ner­gies, par exemple pour faire du mar­ke­ting dans les ré­seaux de dis­tri­bu­tion des bu­ra­listes. Mais si la pro­mo­tion de la marque n’est pas pos­sible avec le ta­bac, en re­vanche c’est plus ou­vert du cô­té de la vape, et ce­la de­vient une ges­tion dif­fé­rente. C’est un ap­pren­tis­sage, plu­tôt in­té­res­sant au de­meu­rant quand on aime le chan­ge­ment, car on a été obli­gés de tra­vailler dans cet uni­vers contraint, une sorte de bulle qui au­jourd’hui ex­plose, et qui nous pousse à nous ré­in­ven­ter.

Com­bien avez-vous d’em­ployés!?

Sei­ta France en compte en­vi­ron 400 et réa­lise un chiffre d’af­faires de 400 mil­lions d’eu­ros. À l’horizon 2025, nous visons un chiffre d’af­faires dont Com­ment trans­for­mer le vice en ver­tu!? Sei­ta ré­pond avec Myblu. Lan­cée en juin 2018 sur le mar­ché fran­çais, la ci­ga­rette élec­tro­nique de Sei­ta, qui res­semble à une clé USB à l’élé­gant de­si­gn, est dé­jà de­ve­nue le nu­mé­ro un des ventes dans le ré­seau des bu­ra­listes. Vi­si­ble­ment, les fu­meurs ap­pré­cient ce nou­veau mo­dèle simple, com­po­sé d’une bat­te­rie et d’une re­charge ayant la forme d’une cap­sule (pod) dont le conte­nu équi­vaut à un pa­quet de ci­ga­rettes. Myblu coûte 20 eu­ros et la cap­sule 3,50 eu­ros, soit 7 eu­ros puis­qu’elles sont ven­dues par paire. C’est un prix lar­ge­ment in­fé­rieur à ce­lui d’un pa­quet de ci­ga­rettes, et sur­tout, se­lon Sei­ta, c’est 95 % moins no­cif qu’une ci­ga­rette. L’en­jeu est im­por­tant pour l’in­dus­triel du ta­bac qui a in­ves­ti quelque 800 mil­lions d’eu­ros dans la vape en 2018 et a re­cru­té quelque 200 scien­ti­fiques et in­gé­nieurs pour la mise au point de son pro­duit ve­dette. la moi­tié pro­vien­dra des pro­duits de nou­velle gé­né­ra­tion, alors qu’au­jourd’hui le ta­bac re­pré­sente en­core 90 %, 95 % de notre ac­ti­vi­té. Mais Myblu n’a été lan­cé qu’il y a un an en Eu­rope, et un an et de­mi aux États-Unis.

L’en­tre­prise est-elle bé­né­fi­ciaire!?

Le groupe a en­re­gis­tré un ré­sul­tat net de 3 mil­liards de livres en 2018, donc, oui, l’en­tre­prise est bé­né­fi­ciaire, mais elle doit conti­nuer sa trans­for­ma­tion, pour an­ti­ci­per les dis­rup­tions gé­né­rées par les pro­duits de nou­velle gé­né­ra­tion.

Vous n’avez donc pas de pro­blème de fi­nan­ce­ment de l’évo­lu­tion de votre mo­dèle!?

Non, nous au­to­fi­nan­çons nos in­ves­tis­se­ments, c’est la ré­par­ti­tion qui change. Les re­cettes du ta­bac aident à dé­ve­lop­per les pro­duits de nou­velle gé­né­ra­tion.

Votre cours en Bourse est per­tur­bé!?

Oui, comme nombre d’autres titres. Le ta­bac est un sec­teur dont nombre d’in­ves­tis­seurs se désen­gagent, mais ils re­vien­dront vers nous lors­qu’ils au­ront une bonne vi­si­bi­li­té sur les pro­duits de nou­velle gé­né­ra­tion, qui vont jouer un rôle de « change ma­ker ».

« On compte 4 mil­lions de va­po­teurs en France, dont 500#000 nou­veaux en 2018 »

Vous n’êtes donc pas trop in­quiète sur le fait que les gé­rants d’ac­tifs évitent de vous avoir en por­te­feuille!?

« À l’horizon 2025, nous visons un chiffre d’af­faires dont la moi­tié pro­vien­dra des pro­duits de nou­velle gé­né­ra­tion »

Non, d’au­tant que Myblu est un pro­duit high-tech qui va bé­né­fi­cier ré­gu­liè­re­ment d’innovation­s pour le rendre plus per­for­mant, avec de nou­velles ca­rac­té­ris­tiques at­trac­tives pour le client. Je note que sur les autres mar­chés eu­ro­péens, où on a le droit de com­mu­ni­quer et de faire de la pu­bli­ci­té, la notoriété de Myblu aug­mente, comme l’at­testent les chiffres. Même si c’est plus lent en France, le po­ten­tiel est énorme, avec dé­jà 4 mil­lions de va­po­teurs, ce qui en fait le troi­sième mar­ché mon­dial, après le Royaume-Uni et les États-Unis. Ces va­po­teurs sont pra­ti­que­ment des au­to­di­dactes. L’en­jeu est im­por­tant car on a 34 % de fu­meurs en France, ce qui en fait le pays où la pré­va­lence ta­ba­gique est par­mi les plus im­por­tantes.

C’est ce­la qui ex­plique qu’il y ait un im­por­tant contin­gent de va­po­teurs!?

Oui et non. Si 80 % des va­po­teurs sont des an­ciens fu­meurs, il y a aus­si une ten­dance cultu­relle en France à es­sayer ce qui est nou­veau.

L’une des cri­tiques à l’égard de la vape porte sur la com­po­si­tion chi­mique des pro­duits uti­li­sés et leur no­ci­vi­té sup­po­sée.

Il s’agit da­van­tage de mé­con­nais­sance. Par exemple, la grande ma­jo­ri­té des gens sont per­sua­dés que la ni­co­tine est no­cive pour la santé. Or elle ne l’est pas en soi à cer­tains ni­veaux, comme le montrent les études scien­ti­fiques, mais il est vrai qu’elle est ad­dic­tive. En­suite, les in­gré­dients de ces nou­veaux pro­duits ne sont pas créés ad hoc, ils sont dé­jà uti­li­sés dans d’autres in­dus­tries phar­ma­ceu­tiques, ali­men­taires… J’ajoute que les in­dus­triels du ta­bac étant su­jets à des risques ré­pu­ta­tion­nels, ils ne peuvent pas se per­mettre de mettre n’im­porte quoi dans ces li­quides, même s’il y a eu des pe­tits ac­teurs qui, pour ga­gner ra­pi­de­ment de l’ar­gent, peuvent agir à la lé­gère. En­fin, pour une marque comme Myblu, la liste des in­gré­dients est dis­po­nible et ex­pli­quée. Nous avons in­ves­ti 33 mil­lions d’eu­ros dans la recherche scien­ti­fique, et dé­po­sé 1!400 bre­vets pour dé­mon­trer la non-no­ci­vi­té de la ci­ga­rette élec­tro­nique.

dé­pendent-ils di­rec­te­ment de

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