La mu­sique plus forte que le vin à la Foire de Col­mar

La Tribune Hebdomadaire - - GRAND EST -

AL­SACE La plus grande foire aux vins d’Al­sace est avant tout un festival de mu­sique. Mais ses or­ga­ni­sa­teurs veulent fa­vo­ri­ser un re­tour vers son an­crage his­to­rique, dans le vi­gnoble. OLI­VIER MIRGUET

« J’y suis dé­jà al­lé pour écou­ter Deep Purple. Mais ja­mais pour y vendre du vin!! » Theo Bech­told, jeune vi­ti­cul­teur ins­tal­lé à Kir­ch­heim (Bas-Rhin), ré­sume bien l’image vé­hi­cu­lée par la Foire aux vins de Col­mar, dont la 72e édi­tion se dé­rou­le­ra du 26 juillet au 4 août. « Le vin n’a plus vrai­ment sa place dans cette foire », confirme Syl­vie Vogt, vi­ti­cul­trice à Wolx­heim (Bas-Rhin). Dopff au Mou­lin et le né­go­ciant Ar­thur Metz ont même dé­ci­dé, en 2013, de la boy­cot­ter. Comment la pro­fes­sion a-t-elle pu tour­ner le dos à la pre­mière ma­ni­fes­ta­tion vi­ti­cole d’Al­sace, plus grande foire de la ré­gion avec 280"000 vi­si­teurs en 2018"? « La chambre de com­merce et d’in­dus­trie a créé cette foire pour re­lan­cer l’économie dans le vi­gnoble au len­de­main de la Seconde Guerre mon­diale », rap­pelle Ch­ris­tiane Roth, pré­si­dente de la so­cié­té d’ex­ploi­ta­tion Col­mar Expo qui or­ga­nise cet évé­ne­ment. Au fil des an­nées, la foire agri­cole a ou­vert son spectre pour de­ve­nir une foire commercial­e, puis un festival de mu­sique. « Au dé­but, il y avait des groupes folk­lo­riques et de la mu­sique sym­pho­nique pour ani­mer un peu », rap­pelle Claude Le­bour­geois, res­pon­sable de la pro­gram­ma­tion mu­si­cale. « La ré­vo­lu­tion est ar­ri­vée en 1958 quand John­ny Stark, le ma­na­ger his­to­rique de John­ny Hal­ly­day et de Syl­vie Var­tan, a fait ve­nir ses yé-yé. La ré­vo­lu­tion sui­vante a eu lieu en 1989, avec la ve­nue d’ar­tistes in­ter­na­tio­naux. » De­puis, la pro­duc­tion a tu­toyé les som­mets du rock en in­vi­tant des ar­tistes de Wood­stock (San­ta­na, Joe Co­cker) et d’autres têtes d’af­fiche in­ter­na­tio­nales (Scor­pions, Cran­ber­ries…), tout en main­te­nant des ra­cines françaises": John­ny Hal­ly­day s’est pro­duit 12 fois à Col­mar entre 1961 et 2012. Pour pré­sen­ter ces ar­tistes, Col­mar Expo s’est do­té d’un théâtre en plein air de 10"000 places. La « co­quille », ré­fé­rence à son ar­chi­tec­ture ou­verte aux quatre vents, af­fiche com­plet un soir sur deux. Et ne sert que pour ces concerts. En 2018, elle a ac­cueilli 90"000 spec­ta­teurs. « Nous dis­po­sons d’un bud­get de 4 mil­lions d’eu­ros pour la par­tie mu­si­cale, et nous de­vons l’équi­li­brer », in­dique Claude Le­bour­geois. Pas ques­tion

de jouer la sur­en­chère dans les ta­rifs de la billet­te­rie, entre 30 et 60 eu­ros en moyenne par spec­tacle. « Ramm­stein, ce se­rait 4 mil­lions d’eu­ros à investir pour un seul concert. Je ne pense pas que les fans de hard rock soient prêts à dé­pen­ser

400 eu­ros pour une telle soi­rée », juge Claude Le­bour­geois. Même constat pour AC/DC, à 4 mil­lions d’eu­ros. Avec la proxi­mi­té de la clien­tèle al­le­mande et suisse, de tels groupes af­fi­che­raient pour­tant com­plet. Mais faute de sub­ven­tions, les or­ga­ni­sa­teurs col­ma­riens re­fusent de prendre un tel risque. « Les col­lec­ti­vi­tés ne nous ac­cordent pas leur sou­tien fi­nan­cier. Nous res­tons un or­ga­ni­sa­teur pri­vé », rap­pelle Ch­ris­tiane Roth.

STING, VI­TI­CUL­TEUR

Col­mar Expo a éva­lué à 33 mil­lions d’eu­ros les re­tom­bées éco­no­miques de sa Foire aux vins. Grâce à sa pro­gram­ma­tion mu­si­cale, l’évé­ne­ment est de­ve­nu la troi­sième foire commercial­e de France der­rière Paris et Mar­seille. Les re­cettes lo­cales se ré­par­tissent entre la pro­duc­tion de l’évé­ne­ment, les transports, l’hé­ber­ge­ment, le com­merce et la res­tau­ra­tion. « La Foire aux vins n’est pas un sa­lon de vi­ti­cul­teurs d’où on re­part avec ses car­tons de vin », confirme Ch­ris­tophe

Cru­pi, son di­rec­teur. « Mais nous tra­vaillons sur l’image de la vi­ti­cul­ture ». Ados­sé au vi­gnoble, le site de la foire ne pour­ra plus éter­nel­le­ment lui tour­ner le dos": pour l’édi­tion à ve­nir, le Co­mi­té in­ter­pro­fes­sion­nel des vins d’Al­sace (Ci­va) est de re­tour dans le hall prin­ci­pal où il a in­ves­ti dans un nou­veau stand de 200 mètres car­rés. C’est un bon dé­but": avec 350 ex­po­sants, le site de la foire

s’étend sur 43"000 mètres car­rés. « Pour la pre­mière fois, nous al­lons pro­po­ser en dégustatio­n les 51 grands crus d’Al­sace », se ré­jouit Philippe Bouvet, di­rec­teur marketing du Ci­va. L’in­ter­pro­fes­sion ac­cueille­ra des som­me­liers, des confé­ren­ciers et des re­pré­sen­tants des dix confré­ries vi­niques ré­per­to­riées dans la ré­gion. Ain­si que 3"800 vi­ti­cul­teurs al­sa­ciens, qui vont aus­si recevoir une in­vi­ta­tion.

Pour créer des liens avec le vi­gnoble, les or­ga­ni­sa­teurs du festival es­saient aus­si d’ac­com­pa­gner les ar­tistes vers les vil­lages aux alen­tours. « No­rah Jones a joué le jeu il y a quelques an­nées, à Egui­sheim. Cette an­née, je pro­po­se­rai à Sting de rendre vi­site à un vi­ti­cul­teur. Il est sen­sible à ce genre de pro­po­si­tion, parce qu’il se trouve lui-même à la tête d’un vi­gnoble en Tos­cane. Nous al­lons donc ten­ter de vendre son vin sur l’un de nos stands », an­nonce Claude Le­bour­geois. L’artiste se pro­dui­ra le 1er août, et la soi­rée af­fiche dé­jà com­plet. Ro­ger Hodg­son, l’an­cien lea­der de Su­per­tramp, chan­te­ra à Col­mar le 2 août. Il pré­voit de pas­ser trois jours en vi­site gui­dée dans la ré­gion. « On n’éco­no­mise rien sur l’ac­cueil et l’hé­ber­ge­ment des ar­tistes. C’est es­sen­tiel pour notre ré­pu­ta­tion », souffle Claude Le­bour­geois.

Foire aux vins de Col­mar, du 26 juillet au 4 août www.foire-col­mar.com

[DR]

Ro­ger Hodg­son, l’an­cien lea­der de Su­per­tramp, se pro­dui­ra à Col­mar, le 2 août.

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