« La trans­for­ma­tion du pays pas­se­ra par les ter­ri­toires »

ENTRETIEN Le pré­sident de la Ré­gion Nor­man­die et de Ré­gions de France est aus­si pré­sident-fon­da­teur du par­ti Les Cen­tristes. Il fait le point sur l’ave­nir de l’op­po­si­tion et sur la po­li­tique gou­ver­ne­men­tale.

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR NA­THA­LIE JOUR­DAN

LA TRI­BUNE – Va­lé­rie Pé­cresse à Brives, Ch­ris­tian Es­tro­si à Nice, Xa­vier Ber­trand au Tou­quet… Vous dans l’Eure. La droite ef­fec­tue sa ren­trée en rang dis­per­sé. Votre fa­mille po­li­tique ne sait-elle plus à quel saint se vouer#?

HER­VÉ MO­RIN – Ceux qui stig­ma­tisent nos pré­ten­dues di­vi­sions ou­blient qu’il n’existe au­cun par­ti où tout le monde soit sur la même ligne, à com­men­cer par En Marche. Mon an­cien men­tor, Fran­çois Bayrou, avait cou­tume de dire que si nous pen­sions tous la même chose, nous ne pen­se­rions plus rien. Il avait rai­son. En vint-cinq ans, j’ai en­ten­du beau­coup d’ex­pres­sions dif­fé­rentes au sein de ma fa­mille po­li­tique, ce qui ne nous a ja­mais em­pê­chés de bâ­tir des ma­jo­ri­tés de gou­ver­ne­ment. Je ne vois rien de scan­da­leux dans le fait qu’il existe un dé­bat d’idées entre Va­lé­rie Pé­cresse, Fran­çois Ba­roin et Xa­vier Ber­trand par exemple. L’im­por­tant est que le mo­ment ve­nu, nous nous don­nions les moyens de la sé­lec­tion. C’est pour­quoi je suis fa­vo­rable à des pri­maires pour la pré­si­den­tielle.

D’ici là, la droite de­vra avoir trou­vé la bous­sole qu’elle semble cher­cher de­puis l’élec­tion d’Em­ma­nuel Macron.

Quelle di­rec­tion pour­rait-elle prendre#? La re­cons­truc­tion, à la­quelle tra­vaille Gérard Lar­cher avec une éner­gie re­mar­quable, ne se­ra pos­sible que si nous nous ins­cri­vons dans la mo­der­ni­té, que si nous ar­rê­tons de re­cy­cler ad vi­tam les su­jets de l’im­mi­gra­tion ou de l’iden­ti­té na­tio­nale. Je vois trois thèmes qui pour­raient in­car­ner cette nou­velle ligne. Le pre­mier, c’est la dé­cen­tra­li­sa­tion. Nous sommes les seuls à dé­fendre l’idée que la trans­for­ma­tion du pays pas­se­ra par les ter­ri­toires. On ne peut pas conti­nuer à être le seul pays d’Eu­rope à croire que le quo­ti­dien des ha­bi­tants se règle de­puis les mi­nis­tères. Notre can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle de­vra avoir si­non la mo­des­tie au moins la lu­ci­di­té de dire qu’une par­tie de la réus­site du pays re­po­se­ra non pas sur le pou­voir cen­tral mais sur le pou­voir lo­cal. Il en va de même sur le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Notre dis­cours ne peut pas se li­mi­ter à railler Gre­ta Thun­berg. Nous devons nous rap­pe­ler que le Gre­nelle de l’en­vi­ron­ne­ment a été por­té par Jean-Louis Bor­loo. Par nous#! Là en­core, une par­tie des pro­blèmes de­vraient être trai­tés au ni­veau lo­cal et ré­gio­nal. Quand j’en­tends un mi­nistre af­fir­mer qu’il veut lut­ter contre le gâ­chis ali­men­taire dans les can­tines, j’ai en­vie de lui rap­pe­ler que les col­lec­ti­vi­tés ne l’ont pas at­ten­du. En­fin sur les grands su­jets de so­cié­té, il faut que la fa­mille de Si­mone Veil cesse d’avoir un train de re­tard. Sur la pro­créa­tion mé­di­cale assistée par exemple, je ne se­rais pas le porte-pa­role d’une fa­mille qui ou­blie que la so­cié­té a évo­lué. C’est en na­geant contre ces cou­rants que nous nous cou­pons de la France des mé­tro­poles. Mais sur ces su­jets, la ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle ne vous court-cir­cuite-t-elle pas#? C’est en par­tie vrai. C’est pour­quoi je plaide aus­si pour un chan­ge­ment de pos­ture. On ne re­ga­gne­ra la confiance des élec­teurs qu’en ad­met­tant que ce gou­ver­ne­ment a réa­li­sé des avan­cées que nous-même au­rions pu porter en étant au pou­voir. Je suis heu­reux de consta­ter qu’Em­ma­nuel Macron a évo­lué sur le Mer­co­sur, de même sur la ré­forme du droit du tra­vail, qui est sa­luée par les en­tre­pre­neurs que je croise en Nor­man­die. Comme dans nos col­lec­ti­vi­tés, on doit être ca­pable aus­si à l’échelle na­tio­nale d’avoir une ex­pres­sion de ras­sem­ble­ment quand des su­jets le mé­ritent… tout en conti­nuant d’exercer un oeil critique sur la dérive bud­gé­taire par exemple.

Pour­riez-vous avoir des conver­gences sur la dé­cen­tra­li­sa­tion#? Après tout, le gou­ver­ne­ment n’a t-il pas ré­pon­du à vos do­léances en pro­met­tant un Acte III#?

Ce que je constate sur­tout dans ce domaine, c’est que rien n’avance, ni sur la po­li­tique de l’em­ploi, qui de­vrait être confiée aux Ré­gions, ni sur le re­non­ce­ment à la re­cen­tra­li­sa­tion du se­cond pi­lier de la PAC [po­li­tique agri­cole com­mune, ndlr], qui est une de­mande ma­jeure de Ré­gions de France, ni sur l’en­vi­ron­ne­ment pour le­quel nous fai­sons des pro­po­si­tions pré­cises. Tout ce­la nous donne le sen­ti­ment que les col­lec­ti­vi­tés doivent être de simples opé­ra­teurs de l’État. On a l’im­pres­sion d’un pou­voir qui se re­ferme sur lui-même. On nous pro­met une nou­velle concer­ta­tion avant le vote de la loi mais à quoi bon#? Tous les mi­nistres sont aux abon­nés ab­sents, à l’ex­cep­tion de Bru­no Le Maire qui est dé­ci­dé à ap­por­ter de la cla­ri­fi­ca­tion dans les com­pé­tences éco­no­miques, mais qui doit se battre contre son ad­mi­nis­tra­tion.

Néan­moins, êtes-vous prêt à vous as­seoir à la table des né­go­cia­tions#?

Bien en­ten­du, mais le gou­ver­ne­ment doit sa­voir qu’il au­ra face à lui le pack sou­dé que nous for­mons au sein de Ter­ri­toires unis. Fran­çois Ba­roin pour l’As­so­cia­tion des maires de France (AMF), Do­mi­nique Bus­se­reau pour l’As­so­cia­tion des dé­par­te­ments de France (ADF) et moi-même avons fait le ser­ment d’être so­li­daires. Même si les points de cris­pa­tions concernent sur­tout les com­munes et les Dé­par­te­ments, Ré­gions de France quit­te­ra la table si Édouard Philippe ne donne pas de ga­ran­tie sur la pro­gres­si­vi­té de la part de TVA qui doit être trans­fé­rée aux Dé­par­te­ments en rem­pla­ce­ment de la taxe sur le fon­cier bâ­ti. Le pre­mier mi­nistre ne nous di­vi­se­ra pas.

« Ce gou­ver­ne­ment a réa­li­sé des avan­cées que nous-même au­rions pu porter en étant au pou­voir » « On ne peut pas être le seul pays d’Eu­rope à croire que le quo­ti­dien des ha­bi­tants se règle de­puis les mi­nis­tères »

[LOU BE­NOIST / AFP]

«!Y’a pas que d’la pomme » ( Les Ton­tons flin­gueurs). Her­vé Mo­rin a or­ga­ni­sé le 1er sep­tembre la Fête de la pomme à Epre­ville-en-Lieu­vin (Eure).

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