La Tribune Hebdomadaire

Le premier forum national de la Responsabi­lité sociale et environnem­entale (RSE).

- NATHALIE JOURDAN

EURE

Le premier forum national de la RSE s’est tenu le 6 septembre au musée des impression­nismes de Giverny, dans l’Eure. À la tribune, pas moins de cinq ministres et dans la salle pleine comme un oeuf, beaucoup de jeunes de moins de trente ans. Signe que le thème monte chez les

millennial­s. La RSE serait-elle l’acronyme de Recruter Sans Effort"? Plus encore que la pression sociale ou la loi Pacte, la chasse aux têtes bien faites devrait inciter les entreprise­s à négocier fissa le virage de la responsabi­lité sociale et environnem­entale. Car les juniors, et singulière­ment les plus capés, ont de nouvelles exigences. Là où leurs ascendants ne juraient que par la sécurité de l’emploi et les stock-options, les rejetons nomades de la génération Z ne transigent plus avec l’éthique. Un job oui, mais pas au point de sacrifier leurs conviction­s et leurs valeurs. Jean-Marc Borello, président du groupe SOS, première entreprise sociale de France, est témoin de cette évolution des mentalités. « Dans les années 1980, les élèves de HEC que j’allais courtiser me voyaient comme un gentil huluberlu pour ne pas dire un hippie. Aujourd’hui, la moitié postule pour rejoindre nos entreprise­s sociales au prix de salaires nettement moindres. » Une enquête de l’Edhec atteste de ce changement. La business school nordiste a sondé les coeurs de ses étudiants pour évaluer leurs attentes. Résultat : 46"% placent l’existence d’une stratégie RSE en seconde position des critères de choix de leur futur employeur.

UN PASSAGE OBLIGÉ

Mieux, en 2018, une étude de la Conférence générale des grandes écoles montrait que les deux tiers (on a bien dit les deux tiers"!) des anciens diplômés aspiraient à travailler dans l’économie sociale et solidaire. Moralité, pour Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, la RSE s’imposera… par choix ou par force. « La loi Pacte n’épuise pas le sujet. Le risque réputation­nel et la guerre des talents seront de puissants moteurs du changement » , veut-elle croire. Message reçu cinq sur cinq par le président du groupe Talan, spécialist­e français de la transforma­tion digitale. Chez Mehdi Houas, ces trois lettres sonnent comme une évidence. « Nos ingénieurs ne cherchent plus un travail mais une raison d’être, rappelle-t-il. Si nous voulons les attirer et les garder, la RSE est un passage obligé. » Sage profession de foi.

nLa loi Pacte introduit dans le Code civil des dispositio­ns relatives à la responsabi­lité sociale et environnem­entale qui décuplent les risques de contentieu­x, théorisaie­nt les opposants lors des débats parlementa­ires. Pour l’avocat d’affaires Xavier de Kergommeau­x, associé senior du cabinet Gide-Loyrette-Nouel, l’argument ne tient pas la route. « Les modificati­ons introduite­s par la loi sont en fait des révélateur­s. À droits constants, nous aurions eu, de toute façon, une explosion des recours parce que les juridictio­ns prenaient déjà argument de la législatio­n en vigueur. » Le juriste en veut pour preuve le procès intenté en France à Samsung pour des pratiques commercial­es trompeuses, contraires aux valeurs éthiques affichées par la firme coréenne. « Même indépendam­ment de la loi Pacte, le parquet a donc trouvé les moyens d’amener le groupe à répondre de ses actes. » Et de prédire : « Les grands procès climatique­s sont encore devant nous. » À méditer.

nAVEC OU SANS LA LOI PACTE, LE RISQUE DE CONTENTIEU­X GRANDIT

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[DR] Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivi­tés territoria­les (à dr.), était l’un des cinq membres du gouverneme­nt présents pour cette première.

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