Tri des dé­chets en Chine : « Quel genre d’or­dure êtes-vous!? »

La Tribune Hebdomadaire - - ANTICIPATI­ONS - CHUNYAN LI AU­TEURE DU LIVRE « RÉUS­SIR SUR LE MAR­CHÉ CHI­NOIS » (EY­ROLLES)

Dans les do­cu­men­taires Bei­jing Be­sie­ged by Waste (2010) et Plas­tic

Chi­na (2016), on constate à quel point les dé­chets ont créé des pro­blèmes en­vi­ron­ne­men­taux en Chine. Si l’em­pire du Mi­lieu a été long­temps l’usine du monde, il était aus­si le pre­mier mar­ché des dé­chets re­cy­clables. L’Union eu­ro­péenne, par exemple, y ex­por­tait en 2017 50!% de ses dé­chets. Or, de­puis jan­vier 2018, le pays a ban­ni l’im­por­ta­tion de plas­tiques et de plu­sieurs autres ca­té­go­ries de dé­chets, ce qui a créé un séisme dans l’in­dus­trie mon­diale du re­cy­clage. En plus de ce­la, la Chine sou­haite mieux trai­ter ses dé­chets, vu qu’elle en pro­duit de plus en plus, no­tam­ment en rai­son du pro­ces­sus d’in­dus­tria­li­sa­tion et d’ur­ba­ni­sa­tion, de la crois­sance de la consom­ma­tion et du e-com­merce. Si en 1980 la Chine n’a pro­duit que 30 mil­lions de tonnes de dé­chets, son ni­veau a at­teint 210 mil­lions en 2017!! À Shan­ghai et à Pé­kin, les ha­bi­tants en re­jettent res­pec­ti­ve­ment 25!000 et 26!000 tonnes par jour!! De­puis le 1er juillet, une nou­velle ré­gle­men­ta­tion est en­trée en vi­gueur à Shan­ghai : les in­di­vi­dus ou les en­tre­prises qui ne trient pas cor­rec­te­ment pour­ront re­ce­voir des amendes. De nou­veaux points de dé­pôt ont rem­pla­cé les an­ciennes pou­belles. Les Shan­ghaïens semblent plu­tôt fa­vo­rables à ce pro­gramme in­édit dans le pays, même si ce­la com­plique un peu plus leur vie quo­ti­dienne. En fait, le tri des dé­chets est sur toutes les lèvres en Chine. « Quel genre d’or­dure êtes-vous!? » Cette nou­velle ex­pres­sion, construite sur un jeu de mots, amuse les Chi­nois. Des do­cu­ments ex­pli­quant en dé­tail les quatre ca­té­go­ries de dé­chets ont beau­coup cir­cu­lé sur In­ter­net. Cer­tains ont même in­ven­té une clas­si­fi­ca­tion sim­pli­fiée : ce qu’un porc peut man­ger (dé­chets hu­mides), ce qu’il n’a pas en­vie de man­ger (dé­chets secs), ce qui peut cau­ser sa mort (dé­chets toxiques), et ce que l’on peut vendre pour ache­ter un porc (dé­chets re­cy­clables). Mais celle-ci laisse per­sis­ter cer­taines confu­sions comme celle, par exemple, entre les os de pou­let qui vont dans le bac hu­mide et les os de co­chon qui vont dans le bac sec.

Après Shan­ghai, ce pro­gramme de­vra être éten­du à 46 villes clés

du pays d’ici fin 2020, et plus tard à toute la Chine. À Pé­kin, plu­sieurs pou­belles « in­tel­li­gentes » ap­pa­raissent dé­jà et s’ouvrent au­to­ma­ti­que­ment de­vant les ré­si­dents, grâce à la re­con­nais­sance fa­ciale. Le tri, le trai­te­ment et l’in­ci­né­ra­tion des dé­chets sont en train de de­ve­nir un grand mar­ché stra­té­gique. Un« océan bleu » qui né­ces­si­te­ra de nou­veaux pro­duits, ser­vices ou mé­tiers, et uti­li­se­ra des tech­no­lo­gies in­no­vantes, dont l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. De­puis 2017, les ins­pec­tions dans les en­tre­prises comme les acié­ries ou les cen­trales ther­miques ont été ren­for­cées. De nom­breuses usines pol­luantes ont fer­mé. La Chine ac­cé­lère sa tran­si­tion éner­gé­tique, in­ves­tit mas­si­ve­ment dans les éner­gies re­nou­ve­lables, et le dé­ve­lop­pe­ment des voi­tures élec­triques… Reste que dans ce pays où le ni­veau de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et les ha­bi­tudes de vie va­rient d’une ré­gion à l’autre, il se­ra dif­fi­cile de tout chan­ger en un seul jour. Heu­reu­se­ment, la vo­lon­té de chan­ger fi­nit tou­jours par être la plus forte !

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