Le cer­veau des trains du fu­tur se fa­çonne à Villeur­banne

La Tribune Hebdomadaire - - INDUSTRIE ET SERVICES -

IN­NO­VA­TION

Trois sites en France sont consa­crés à l’ac­ti­vi­té si­gna­li­sa­tion d’Al­stom. À Villeur­banne, près de Lyon, les in­gé­nieurs planchent sur les trains de de­main. Re­por­tage.

Dans le groupe Al­stom, un pro­jet re­quiert plu­sieurs com­pé­tences. Les voi­tures trans­por­tant les voya­geurs peuvent être concep­tua­li­sées à La Ro­chelle, quand les mo­trices sont conçues à Bel­fort et les blocs élec­triques et les équi­pe­ments de trac­tion à Tarbes. Le site Al­stom de Villeur­banne in­ter­vient, lui, comme Saint-Ouen et Aix-enP­ro­vence, dans les pro­jets in­cluant les sys­tèmes élec­tro­niques. Son point fort : les ou­tils qui pi­lotent les or­ganes du train, « le cer­veau » qui com­mande l’ou­ver­ture des portes ou as­sure la sé­cu­ri­té. Le site aux 800 col­la­bo­ra­teurs, im­plan­té dans la mé­tro­pole lyon­naise de­puis qua­rante ans, a éga­le­ment dé­ve­lop­pé un sa­voir-faire au­tour de l’in­for­ma­tion des pas­sa­gers, du pi­lo­tage au­to­ma­tique et de la maint e n a n c e . Ai n s i , Al s t o m Villeur­banne est à l’ori­gine du mo­dèle d’in­for­ma­tion aux voya­geurs en temps réel qui équipe les nou­veaux TGV de la liai­son Pa­ris-Bor­deaux ou de l’au­to­ma­ti­sa­tion, entre autres, de la ligne 1 du mé­tro pa­ri­sien, des lignes B et D du ré­seau de trans­port en com­mun lyon­nais – et de­main, celles du mé­tro mar­seillais si l’in­dus­triel rem­porte l’ap­pel d’offres en cours. « Nous dé­ployons ac­tuel­le­ment 120 pro­jets, dont 60 % à l’in­ter­na­tio­nal », se fé­li­cite Ch­ris­tian Roth, le di­rec­teur du site.

DES BU­REAUX CHAN­GÉS EN ÎLOTS DE CRÉA­TI­VI­TÉ

Si la ma­jeure par­tie de l’ac­ti­vi­té est consa­crée à la mise en oeuvre de ces pro­jets, qui com­prend la fa­bri­ca­tion sur place de près de 24 000 cartes élec­tro­niques pour 10 000 pro­duits fi­nis par an, 250 in­gé­nieurs et 120 ex­perts « tra­vaillent pour le mar­ché de de­main, dans la conti­nui­té des pro­duits fa­bri­qués ou en to­tale rup­ture avec l’exis­tant », pour­suit le di­rec­teur. À l’étage des in­no­va­tions, les la­bo­ra­toires de test longent les bu­reaux des in­gé­nieurs. Au coeur de l’es­pace, des îlots de créa­ti­vi­té où les écrans ont lais­sé la place aux tra­di­tion­nels post-it. « C’est un point de ren­contre et de tra­vail. On s’est ren­du compte que re­ve­nir de temps en temps à des élé­ments concrets était très ef­fi­cace » , dé­taille Ch­ris­tian Roth. D’au­tant que la proxi­mi­té de l’ate­lier de pro­duc­tion per­met de réa­li­ser des pro­to­types, ou de les mo­di­fier très ra­pi­de­ment. « Un autre avan­tage » , es­time-t-il. Pour sor­tir des idées nou­velles, une salle de créa­ti­vi­té est à la dis­po­si­tion de tous, « y com­pris du co­mi­té de di­rec­tion. La dis­po­si­tion ori­gi­nale de la salle, sans table, per­met réel­le­ment de sor­tir des sen­tiers bat­tus » , ar­gu­mente le di­rec­teur. En com­plé­ment, le site mul­ti­plie les in­ter­ac­tions avec le reste du groupe, les plus jeunes (20 ap­pren­tis et 30 sta­giaires par an en moyenne), les pro­fils di­vers (femmes, pu­blics plus dé­fa­vo­ri­sées) et s’im­plique dans La Fa­brique de l’in­no­va­tion, un dis­po­si­tif por­té par l’Uni­ver­si­té de Lyon qui per­met aux en­tre­prises, aux cher­cheurs et aux étu­diants de s’im­mer­ger dans un éco­sys­tème fa­vo­ri­sant la créa­ti­vi­té. Dans les car­tons du centre : une nou­velle gé­né­ra­tion de pro­duits de trac­tion, un sys­tème de contrôle « en to­tale rup­ture avec l’an­cien, per­met­tant de ré­duire le nombre d’équi­pe­ments et donc la main­te­nance », un pro­cé­dé qui ajuste au­to­ma­ti­que­ment la hau­teur du train en fonc­tion de celle du quai de gare ou de la sta­tion, et de la main­te­nance pré­dic­tive.

Autre pro­gramme ma­jeur du site : le train au­to­nome. « On sait au­to­ma­ti­ser un mé­tro, c’est as­sez fa­cile, car l’es­pace est clos et dé­li­mi­té. Tout l’en­jeu des an­nées à ve­nir se­ra de trans­po­ser ce sa­voir-faire à l’ex­té­rieur » , ex­plique Tho­mas Bruel, di­rec­teur du pro­gramme pour les trains au­to­nomes. Pour y par­ve­nir, l’in­dus­triel tra­vaille étape par étape : d’un cô­té, il se concentre sur son lo­gi­ciel d’as­sis­tance à la conduite pour les opé­ra­teurs de tram­way, « une fa­çon d’ac­cu­mu­ler les ex­per­tises et les re­tours » , se­lon l’in­gé­nieur. De l’autre, il ex­pé­ri­mente le dé­pla­ce­ment d’une lo­co­mo­tive à dis­tance, un mo­dèle connec­té qui vient d’ar­ri­ver sur le site Al­stom de Bel­fort. Les équipes de Villeur­banne de­vraient pro­chai­ne­ment en prendre le contrôle et pour­suivre leurs tests. Ce pro­jet de R&D col­la­bo­ra­tif au­tour du train pour fret au­to­nome pour­rait ra­pi­de­ment trou­ver pre­neur. La SNCF et la Deutsche Bahn au­raient prê­té une oreille at­ten­tive aux in­no­va­tions vil­leur­ban­naises.

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