« La ro­bo­ti­sa­tion est une avan­cée très at­ten­due par les vi­ti­cul­teurs qui ont un mal fou à trou­ver de la main-d’oeuvre, no­tam­ment des trac­to­ristes »

La Tribune Hebdomadaire - - OCCITANIE -

des ser­vices adap­tés et abor­dables pour nos clients. L’offre va s’étof­fer d’ici deux à trois ans », ex­plique Mat­thieu Ha­mel. Cher­cheur à l’Irstea, James Tay­lor pointe éga­le­ment le manque de for­ma­tion des tech­ni­ciens vi­ti­coles à ces nou­velles tech­no­lo­gies : « Peu d’ins­ti­tu­tions forment à l’AgroTIC ». Pro­duc­teur-né­go­ciant dans l’Hé­rault, Bru­no Le­bre­ton sou­ligne éga­le­ment la ri­gi­di­té de la ré­gle­men­ta­tion des ap­pel­la­tions d’ori­gine qui, en veillant au res­pect des tra­di­tions, bride l’in­no­va­tion.

DES SO­LU­TIONS POUR UNE IR­RI­GA­TION DE PRÉ­CI­SION

Mal­gré tous ces freins, la tran­si­tion nu­mé­rique est bel et bien en marche et cer­taines in­no­va­tions com­mencent à dif­fu­ser dans le vi­gnoble. Sou­vent sous la contrainte ré­gle­men­taire qui les oblige à des té­lé­dé­cla­ra­tions, les vi­ti­cul­teurs sont pas­sés au nu­mé­rique pour la ges­tion de la tra­ça­bi­li­té : sai­sie nu­mé­rique du par­cel­laire, des trai­te­ments phy­to­sa­ni­taires réa­li­sés…. Deux autres do­maines de­vraient ra­pi­de­ment connaître des avan­cées : la ro­bo­tique et la maî­trise de l’ir­ri­ga­tion. « La ro­bo­ti­sa­tion est une avan­cée très at­ten­due par les vi­ti­cul­teurs qui ont un mal fou à trou­ver de la main-d’oeuvre et no­tam­ment des trac­to­ristes », in­dique Ch­ris­tophe Au­vergne, conseiller à la Chambre d’agri­cul­ture de l’Hé­rault. Dé­ve­lop­pée par la so­cié­té tou­lou­saine Naïo Tech­no­lo­gies, TED est le pre­mier ro­bot de désher­bage mé­ca­nique des vignes. À par­tir d’une car­to­gra­phie de la parcelle, il est ca­pable de tra­vailler de fa­çon au­to­nome, grâce à son sys­tème de gui­dage GPS RTK. Laurent Pa­lan­cade, res­pon­sable des vi­gnobles des Grands Chais de France, s’est équi­pé de ce ro­bot sur le Mas Belles Eaux, près de Pé­ze­nas (Hé­rault). « C’est un ou­til très in­té­res­sant, mais il n’est pas to­ta­le­ment au­to­nome. Une per­sonne doit le suivre dans les vignes pour des rai­sons de sé­cu­ri­té. Nous at­ten­dons avec im­pa­tience les adap­ta­tions qui le ren­dront plei­ne­ment opé­ra­tion­nel », té­moigne-t-il. L’ir­ri­ga­tion, qui va connaître un fort dé­ve­lop­pe­ment du fait du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, est un autre do­maine où le nu­mé­rique pour­rait ra­pi­de­ment ap­por­ter des so­lu­tions in­no­vantes. « La res­source en eau se ra­ré­fie. Le pi­lo­tage de l’ir­ri­ga­tion doit être pré­cis pour évi­ter tout gas­pillage », sou­tient Ch­ris­tophe Au­vergne. La so­cié­té mont­pel­lié­raine ITK pro­pose dé­jà un ou­til de mo­dé­li­sa­tion de l’état hy­drique du vi­gnoble à par­tir des don­nées mé­téo, qui per­met au vigneron de gé­rer ses ap­ports d’eau en fonc­tion de ses ob­jec­tifs qua­li­ta­tifs et quan­ti­ta­tifs et d’ap­por­ter la juste dose au bon mo­ment. D’autres en­tre­prises ont dé­ve­lop­pé des sondes ca­pa­ci­tives qui me­surent l’hu­mi­di­té et la tem­pé­ra­ture du sol. Elles rendent compte de la consom­ma­tion exacte de la vigne dans le contexte pré­cis de la parcelle et des doses à ap­por­ter pour y ré­pondre au plus juste.

Aux do­maines Paul Mas, à Mon­ta­gnac (Hé­rault), on ex­pé­ri­mente un dis­po­si­tif en­core plus poin­tu. Avec Ne­ta­fim, lea­der mon­dial de l’ir­ri­ga­tion, Jean-Claude Mas teste un sys­tème de mo­du­la­tion des ap­ports d’eau en fonc­tion de la to­po­gra­phie

CH­RIS­TOPHE AU­VERGNE,

CONSEILLER À LA CHAMBRE D’AGRI­CUL­TURE DE L’HÉ­RAULT

de la parcelle. Celle-ci est di­vi­sée en car­rés de 30 cen­ti­mètres, ir­ri­gués sé­pa­ré­ment en fonc­tion des be­soins spé­ci­fiques de la vigne. Tout est au­to­ma­tique et pi­lo­té à dis­tance à par­tir des don­nées mé­téo, de pho­tos sa­tel­lite à dif­fé­rents stades vé­gé­ta­tifs, de l’éva­po­trans­pi­ra­tion, de la na­ture du sol et de son in­cli­nai­son. Une ir­ri­ga­tion de pré­ci­sion qui per­met­trait d’éco­no­mi­ser jus­qu’à 20 % de la consom­ma­tion en eau. L’ou­til Pi­core ré­pond à une autre pro­blé­ma­tique très pres­sante pour la vi­ti­cul­ture, la maî­trise des doses de trai­te­ment. Ce dis­po­si­tif, dé­ve­lop­pé par l’Irstea et com­mer­cia­li­sé par Si­ka, per­met au vi­ti­cul­teur de vi­sua­li­ser en temps réel sur son smart­phone si le pul­vé­ri­sa­teur ap­plique bien les bonnes doses de pro­duit sur les vignes qu’il est en train de trai­ter.

LA TÉLÉMAINTE­NANCE ÉQUIPE DE PLUS EN PLUS DE CAVES

« C’est très ras­su­rant car on est sûr que la vigne est bien pro­té­gée sans avoir à aug­men­ter les doses par sé­cu­ri­té », té­moigne Gon­za­lo Ami­go, vigneron à Mont­pey­roux (Hé­rault). Le prix éle­vé de l’équi­pe­ment reste ce­pen­dant un frein à sa dif­fu­sion. Le nu­mé­rique pro­gresse éga­le­ment dans les caves. L’équi­pe­men­tier Bu­cher Vas­lin vient de lan­cer l’ap­pli­ca­tion Wi­nect qui per­met aux vi­gne­rons, grâce à un rou­teur 4G, de suivre à dis­tance le fonc­tion­ne­ment de leurs pres­soirs ou filtres tan­gen­tiels. Sur leur smart­phone, ils peuvent consul­ter les in­for­ma­tions sur le pres­su­rage en cours : avan­cée du pro­gramme, temps res­tant, sé­lec­tion des jus, ar­rêt du pres­soir… Ils re­çoivent en temps réel des alertes sur les évé­ne­ments im­por­tants sur­ve­nus sur leurs ins­tal­la­tions. Du siège de l’en­tre­prise à Cha­lonnes-sur-Loire (Maine-etLoire), les tech­ni­ciens de Bu­cher Vas­lin peuvent éga­le­ment suivre le fonc­tion­ne­ment de ces ma­té­riels et pour­ront, à terme, as­su­rer une main­te­nance pré­dic­tive. Le pres­soir connec­té de Pe­ra, lui, en­voie des alertes sur le smart­phone de l’oe­no­logue pour si­gna­ler les dys­fonc­tion­ne­ments, évi­tant ain­si la pré­sence d’un opé­ra­teur pour sur­veiller le pres­su­rage. L’an der­nier, la cave co­opé­ra­tive de Villeneuve-Mi­ner­vois (Aude) a tes­té un pres­soir du fa­bri­cant ita­lien Del­la Tof­fo­la qui, grâce à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, conduit seul de bout en bout le cycle de pres­su­rage, l’opé­ra­teur n’ayant plus qu’à ap­puyer sur un bou­ton pour le mettre en marche. « Même si nous sommes en re­tard, il existe dé­jà des so­lu­tions nu­mé­riques pour pas mal d’étapes de la vigne au vin. Ce qui manque c’est sou­vent l’in­ter­con­nexion entre elles. Les fa­bri­cants que nous ac­cueillons au Mas nu­mé­rique l’ont bien com­pris et ont pour ob­jec­tif de les faire com­mu­ni­quer en­semble. L’ave­nir de la vi­ti­cul­ture passe sans au­cun doute par le nu­mé­rique », conclut Tho­mas Cres­tey.

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[CH­TEAU AN­GÉ­LUS]

La pre­mière ver­sion de Ted, le ro­bot de désher­bage élec­trique conçu par le tou­lou­sain Naïo Tech­no­lo­gies. Pour des rai­sons de sé­cu­ri­té, l’en­gin tra­vaille sous la sur­veillance d’un vigneron.

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