Neu­ra­link ou l’avè­ne­ment des singes cy­borgs

La Tribune Hebdomadaire - - ANTICIPATI­ONS -

Elon Musk aime la mise en scène. En juillet der­nier, lors d’un pa­nel de dis­cus­sion or­ga­ni­sé à la Ca­li­for­nia Aca­de­my of Sciences,

l’en­tre­pre­neur a cal­me­ment an­non­cé que son en­tre­prise Neu­ra­link, qui dé­ve­loppe des in­ter­faces cer­veau-ma­chine et est connue pour sa com­mu­ni­ca­tion mi­ni­ma­liste, avait ef­fec­tué des tests concluants sur des sou­ris et des singes. À en croire Elon Musk, le dis­po­si­tif de Neu­ra­link au­rait même per­mis à un pri­mate de contrô­ler un or­di­na­teur avec son cer­veau. L’en­tre­pre­neur étant cé­lèbre pour ses ta­lents de com­mu­ni­ca­teur et ses an­nonces gran­di­lo­quentes, l’in­for­ma­tion est à prendre avec des pin­cettes.

Mais l’idée d’une in­ter­face cer­veau-ma­chine, si elle semble tout droit ti­rée d’un épi­sode de Star Trek, est sé­rieu­se­ment étu­diée par la science de­puis dé­jà plu­sieurs an­nées. En 2005, un pa­tient pa­ra­ly­sé est pour la pre­mière fois par­ve­nu à ma­ni­pu­ler une main ro­bo­tique à l’aide de son cer­veau, et, en 2017, deux cher­cheurs de l’uni­ver­si­té Ben-Gou­rion, en Is­raël, ont dé­voi­lé l’in­ter­face MinDesk­top, qui per­met à un pa­tient pa­ra­ly­sé d’uti­li­ser la plu­part des fonc­tion­na­li­tés de Win­dows et de ta­per un ca­rac­tère toutes les 20 se­condes. Avec Neu­ra­link, créée en 2016, Musk en­tend pas­ser la vi­tesse su­pé­rieure. Il af­firme que sa tech­no­lo­gie lit l’ac­ti­vi­té des neu­rones avec da­van­tage d’ef­fi­ca­ci­té et per­met ain­si aux pa­tients d’ef­fec­tuer plus d’ac­tions, plus ra­pi­de­ment, sur un or­di­na­teur ou un smart­phone. Mais le dis­po­si­tif pour­rait éga­le­ment don­ner aux per­sonnes par­tiel­le­ment im­mo­bi­li­sées à la suite de dom­mages su­bis par leur sys­tème ner­veux (après une at­taque, par exemple) la pos­si­bi­li­té de re­cou­vrer l’usage de leurs membres. Pour l’heure, le dis­po­si­tif fonc­tionne en im­plan­tant des élec­trodes dans le cor­tex crâ­nien, à l’aide d’un ro­bot chi­rur­gien éga­le­ment dé­ve­lop­pé par Neu­ra­link.

À terme, Musk sou­haite rendre la pro­cé­dure aus­si lé­gère qu’une opé­ra­tion au la­ser pour cor­ri­ger la vue, ce qui re­pré­sen­te­rait

tou­te­fois un dé­fi tech­nique consi­dé­rable et n’est sans doute pas pour de­main. En at­ten­dant, Musk a an­non­cé vou­loir tes­ter sa tech­no­lo­gie sur des co­bayes hu­mains dès l’an­née pro­chaine. Un ob­jec­tif am­bi­tieux, puis­qu’il lui fau­dra au préa­lable ob­te­nir l’ap­pro­ba­tion de la Food and Drug Ad­mi­nis­tra­tion (FDA), au­to­ri­té com­pé­tente pour au­to­ri­ser la com­mer­cia­li­sa­tion des mé­di­ca­ments sur le ter­ri­toire des États-Unis.

Plus am­bi­tieux en­core sont les usages que l’en­tre­pre­neur en­vi­sage pour son pro­duit à plus long terme. Son but est en ef­fet de pas­ser d’une tech­no­lo­gie mé­di­cale à un ou­til au ser­vice de l’homme aug­men­té, en dé­ve­lop­pant une in­ter­face de com­mu­ni­ca­tion homme-ma­chine qui per­mette à cha­cun de mo­bi­li­ser la puis­sance d’un or­di­na­teur, et no­tam­ment de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, au quo­ti­dien. L’idée : per­mettre à l’homme de res­ter com­pé­ti­tif face à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, qui, se­lon l’en­tre­pre­neur, par­ti­san de la théo­rie de la Sin­gu­la­ri­té, dé­pas­se­ra bien­tôt l’in­tel­li­gence hu­maine. Quant à sa­voir s’il s’agit d’un vé­ri­table ob­jec­tif ou d’une pos­ture com­mer­ciale comme les aime l’en­tre­pre­neur qui a en­voyé une Tes­la dans l’es­pace, à cha­cun de se faire son idée…

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