« Le ca­pi­ta­lisme, c’est la loi du plus fort, hos­tile à l’exer­cice de l’at­ta­che­ment »

La Tribune Hebdomadaire - - ENTRETIEN -

Pas­sons en re­vue quelques grandes thé­ma­tiques abor­dées lors de notre fo­rum. Le ca­pi­ta­lisme – su­jet cen­tral de votre consa­crée au bon­heur – est au coeur du mé­ca­nisme de des­truc­tion de la bio­di­ver­si­té et du cli­mat. No­nobs­tant les pro­messes des in­dus­triels par­tout sur la pla­nète, ce ca­pi­ta­lisme (thème du dé­bat avec Isa­belle De­lan­noy et Pas­cal Picq) peut-il ré­pa­rer ses propres exac­tions"? Ou ses poi­sons agis­sen­tils si puis­sam­ment sur le com­por­te­ment des hommes qu’ils hy­po­thèquent leur gué­ri­son"?

mas­ter class Notre so­cié­té est cen­trée sur la com­pé­ti­tion entre les in­di­vi­dus, elle fa­brique du so­cial dans la vio­lence – une vio­lence fon­dée sur la loi du plus fort et sur la consé­cra­tion de la réus­site in­di­vi­duelle, quel qu’en soit le prix hu­main à payer –, et à ce­la le ca­pi­ta­lisme consti­tue le prin­ci­pal sup­port. Cette con­cep­tion de « fa­bri­quer du so­cial dans la vio­lence » n’est pas nou­velle, comme l’ont étu­dié Freud, Lé­vi-Strauss ou Re­né Gi­rard. À l’époque des chas­seurs-cueilleurs, lorsque la vé­gé­ta­tion était abon­dante, ce qui fai­sait re­la­tion entre les hu­mains était une pai­sible co­opé­ra­tion. Avec la gla­cia­tion, et donc la ra­ré­fac­tion des fruits et des pe­tits in­sectes, les hommes sont de­ve­nus tueurs, ont fa­bri­qué des armes, conçu des stra­té­gies, se sont co­or­don­nés pour ob­te­nir le sé­same, d’ailleurs de­ve­nu un sym­bole d’« or­ga­ni­sa­tion so­ciale » : la viande. La vio­lence a donc été une va­leur adap­ta­tive, et ce contexte éco­lo­gique au­rait même fa­vo­ri­sé l’exer­cice et les pro­grès de la pa­role. Au­jourd’hui, la vio­lence est-elle tou­jours sy­no­nyme de « cons­truc­tion du so­cial »#? Non. Elle est des­truc­tion. Nous vi­vons une mo­di­fi­ca­tion éco­lo­gique. Le spectre d’une sixième ex­tinc­tion n’est pas fan­tasme, et ce­la va pro­vo­quer une nou­velle ma­nière d’or­ga­ni­ser la so­cié­té.

« La Terre ne nous ap­par­tient pas, nous ap­par­te­nons à la Terre. »

Dans cette phrase at­tri­buée à un chef amé­rin­dien du XIXe siècle, se concentre l’en­jeu du com­bat de Pierre Rabhi. Lui non plus ne croit pas en un ca­pi­ta­lisme ré­pa­ra­teur, et fonde sa foi en une

, en une , en une ré­sur­rec­tion hu­ma­niste fé­con­dées dans . Mais les condi­tions d’« ai­mer » ne sont-elles pas, comme ja­mais, ex­tra­or­di­nai­re­ment fra­giles"?

l’éco­lo­gie »

« conscien­ti­sa­tion de « in­sur­rec­tion des conscience­s » « l’amour »

Le sys­tème ca­pi­ta­liste est le plus fort car il est fon­dé sur la ré­com­pense des plus forts. Il a triom­phé de toutes les idéo­lo­gies, de toutes les cultures, parce que cette double loi du plus fort et du sau­veur, adap­tée à une re­pré­sen­ta­tion de la sur­vie, s’est im­po­sée. Dans ce type de so­cié­té, l’amour est une pro­duc­tion cultu­relle. Pen­dant long­temps, d’ailleurs, le ma­riage fa­bri­quait du so­cial mais n’im­pli­quait pas l’amour. L’at­ta­che­ment, quant à lui, est un lien tis­sé du simple fait de s’en­trai­der. Il im­plique une so­li­da­ri­té, une in­ter­ac­tion et une ré­ci­pro­ci­té af­fec­tives – je suis mal si mon épouse, mon en­fant, mon ami est mal – et, contrai­re­ment à l’amour, ex­clut des re­la­tions sexuelles. Pour faire écho à Pierre Rabhi, les fer­ments du ca­pi­ta­lisme non seule­ment condi­tionnent l’exer­cice de l’amour, mais ne fa­vo­risent pas l’exer­cice de l’at­ta­che­ment. Et, à pro­pos de la terre, au­jourd’hui ob­jet d’un mas­sacre or­ga­ni­sé, il faut plu­tôt consta­ter un dé­ta­che­ment pro­fond qu’un sup­po­sé – et fal­la­cieux – at­ta­che­ment.

La terre et donc la Terre n’ont plus de sens. Au­tre­fois,

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