Vous stres­sez!? Faites la py­ra­mide!!

La Tribune Hebdomadaire - - MON LUNDI -

Mal du siècle ou signe d’or­ga­ni­sa­tions sous ten­sion!? Ai­gu ou chro­nique, le stress touche toutes

les strates de l’en­tre­prise. 24 % des sa­la­riés sont même en état d’hy­per­stress, se­lon l’Ob­ser­va­toire du stress au tra­vail pu­blié par le ca­bi­net Sti­mu­lus en 2017. Sous pres­sion ou sur­vol­té, l’ho­mo cor­po­ra­tus se pense plus pro­duc­tif. Mais le coût du stress chro­nique pour l’or­ga­nisme et les en­tre­prises est connu. Alors, com­ment par­ve­nir à mieux gé­rer cette pres­sion"? Les ré­cents tra­vaux en neu­ros­ciences nous offrent une piste : voir le stress comme un si­gnal ins­truc­tif et en faire bon usage.

C’est ce que Jacques Fra­din ap­pelle l’« in­tel­li­gence du stress » dans son livre du même nom (édi­tions Ey­rolles, 2008). Le stress sur­vient quand nous sen­tons que nous ne maî­tri­sons pas la si­tua­tion mais per­sis­tons sans chan­ger d’ap­proche. Un exemple : un in­ci­dent sur­vient sur la chaîne de pro­duc­tion, l’équipe peine à le ré­soudre, le di­rec­teur tient à ce que le siège n’ait pas connais­sance des re­tards de pro­duc­tion. Ten­ter de ré­soudre le pro­blème seul et gar­der le contrôle de l’in­for­ma­tion sor­tante, ajoute une pres­sion contre-pro­duc­tive. Lorsque le di­rec­teur fi­nit par en par­ler au siège, non seule­ment il est sou­la­gé, mais il bé­né­fi­cie d’un re­tour d’ex­pé­rience qui lui ap­porte des solutions. Ain­si le stress nous si­gnale que nous abor­dons la si­tua­tion d’une ma­nière qui ne paie pas. C’est notre cer­veau pré­fron­tal qui nous crie : « Change d’ap­proche, tu vois bien que ça ne passe pas#! » D’ailleurs, le stress s’at­té­nue quand nous trou­vons une meilleure stra­té­gie.

Mais com­ment faire un pas de cô­té lorsque le

stress nous ôte tout re­cul!? Jacques Fra­din pro­pose no­tam­ment la py­ra­mide moyens-exi­gences, un ou­til fa­cile à ap­pli­quer. L’idée est simple. Il s’agit de des­si­ner une py­ra­mide avec pour socle les moyens dont on dis­pose et pour som­met, l’exi­gence vi­sée. Puis s’in­ter­ro­ger sur l’équi­libre. Ma py­ra­mide tient-elle de­bout"? Car une py­ra­mide in­ver­sée, avec peu de moyens et beau­coup d’exi­gences, ex­plique l’alerte du stress. Car notre cer­veau pré­fron­tal nous in­time de re­mettre la py­ra­mide à l’en­droit, en aug­men­tant les moyens ou en re­voyant les exi­gences.

Ga­ran­tir les dé­lais mal­gré un sous-ef­fec­tif, as­su­rer une pré­sen­ta­tion fluide sans avoir rien pré­pa­ré, voi­ci des py­ra­mides dé­li­cates.

Deux voies s’ouvrent alors : per­sis­ter sous pres­sion ou ac­ti­ver sa part créa­tive pour ima­gi­ner une autre ap­proche. Au fond, pas­ser d’un équi­libre dou­lou­reux à un équi­libre ver­tueux sup­pose de se po­ser la ques­tion : est-il rai­son­nable de vou­loir ré­pondre à l’exi­gence que je me donne avec les moyens ac­tuels"? Si la ré­ponse est non, que puis-je chan­ger"? Consta­ter le dés­équi­libre entre ses moyens et ses exi­gences per­met d’ou­vrir les choix. À sa­voir conti­nuer à vivre sa jour­née comme un épi­sode de Mis­sion im­pos­sible, ou non.

Bien sûr, ré­duire le stress im­plique de re­non­cer à l’équa­tion ini­tiale. De re­né­go­cier avec soi­même et les par­ties pre­nantes. Avec par­fois la bonne sur­prise d’avoir sur­es­ti­mé les at­tentes et de re­trou­ver la sé­ré­ni­té à peu de frais. Quand le stress de­vient in­va­li­dant, un pas de cô­té s’im­pose, à l’ombre de la py­ra­mide, pour en re­des­si­ner la forme, la rendre plus éco­lo­gique… et plus por­teuse de ré­sul­tats.

KA­RINE AUBRY COACH DE DI­RI­GEANTS ET MA­NA­GERS, AU­TEURE

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