Im­mo­bi­lier.

La Tribune Languedoc-Roussillon - - Sommaire - Cécile Chaigneau

Le lo­ge­ment connec­té est un vrai su­jet de ré­flexion dont se sont em­pa­rés

les pro­mo­teurs im­mo­bi­liers, mais aus­si les amé­na­geurs.

Les stan­dards de l’im­mo­bi­lier changent. L’ère de la simple do­mo­tique est dé­jà ré­vo­lue et l’iot (in­ter­net des ob­jets) a fait son en­trée dans les lo­ge­ments. De la ges­tion de sa con­som­ma­tion en éner­gie à l’ou­ver­ture des vo­lets en pas­sant par la mise en re­la­tion des oc­cu­pants d’un im­meuble via un ré­seau so­cial dé­dié, la connec­ti­vi­té des lo­ge­ments est dé­sor­mais un vrai su­jet. Mais, preuve qu’il reste du che­min à par­cou­rir, on nuance en­core au­jourd’hui les lo­ge­ments « connec­tés » et « connec­tables ». « Fin 2017, Bouygues a dé­ci­dé que tous les nou­veaux lo­ge­ments se­ront connec­tés ou connec­tables, ob­serve An­ge­lo Blot, co­fon­da­teur de la start-up mont­pel­lié­raine Mas­mar­thome, spé­cia­li­sée dans l’ha­bi­tat connec­té (voir p. 36). Les gros pro­mo­teurs na­tio­naux ont dé­jà une stra­té­gie dans ce sens. Et on a vu le chan­ge­ment en un an : au­jourd’hui, il n’y a plus de ré­sis­tance chez les pro­mo­teurs, car à terme, les lo­ge­ments non connec­tés se­ront dé­va­lo­ri­sés.… » Vrai­ment ? Sur le ter­rain, la sen­si­bi­li­té au su­jet va­rie. « Le lo­ge­ment connec­té est un su­jet de fond de­puis une pe­tite an­née, ré­pond tou­te­fois Xa­vier Brin­ger, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des pro­mo­teurs im­mo­bi­liers (FPI) Oc­ci­ta­nie Mé­di­ter­ra­née, pré­sident de M&A Pro­mo­tion à Mont­pel­lier. Il y a des lignes d’in­ves­tis­se­ment dé­diées chez les moyens ou grands groupes, et cer­tains sont prêts à prendre des parts dans la ca­pi­ta­li­sa­tion de start-ups. Même les pro­mo­teurs qui ne sont pas en re­cherche ac­tive sont à l’écoute. On a fran­chi une pre­mière étape : au­jourd’hui, tous les lo­ge­ments sont équi­pés de fibre op­tique. Et à par­tir de 2018, ils au­ront tous un em­pla­ce­ment pour mettre une box dans les ta­bleaux élec­triques. » Le su­jet ne concerne pas que les pro- mo­teurs im­mo­bi­liers. Dans une ap­proche glo­bale de la ville in­tel­li­gente, ce sont aus­si les ac­teurs po­li­tiques et les amé­na­geurs, te­nus d’avoir une vi­sion de la ci­té au moins à vingt ans, qui doivent in­té­grer cette nou­velle di­men­sion. « On est ren­tré dans l’ère de l’im­meuble ser­vi­ciel, confirme Mi­chaël La­lande, fon­da­teur de Idéa­lys à Mont­pel­lier (voir p. 38). Dé­sor­mais, dans toutes les grosses consul­ta­tions d’amé­na­geurs, il y a une brique di­gi­tale. »

EU­RÊ­KA : QUAR­TIER EX­PÉ­RI­MEN­TAL

À Mont­pel­lier, le fu­tur quar­tier Eu­rê­ka, amé­na­gé par la SERM, fe­ra of­fice de ter­rain d’ex­pé­ri­men­ta­tion. Sur cette ZAC de 39 ha (20 ur­ba­ni­sés) à Cas­tel­nau-le-lez, dont les pre­mières construc­tions dé­mar­re­ront en sep­tembre 2017, se cô­toie­ront 1 500 lo­ge­ments, 100 000 m2 de bu­reaux, 5 000 m2 de com­merces et 40 000 m2 d’ac­ti­vi­tés. En théo­rie tous connec­tés via un por­tail nu­mé­rique qui of­fri­ra des ser­vices aux ha­bi­tants, com­mer­çants et usa­gers, mais aus­si à la po­pu­la­tion sé­nior, avec l’ob­jec­tif de fa­vo­ri­ser le « bien-vieillir ». « Nous tra­vaillons avec En­gie Ineo Di­gi­tal qui for­ma­te­ra la plate-forme, rap­pelle Laurent Combes, di­rec­teur opé­ra­tion­nel Mé­tro­pole & Dé­ve­lop­pe­ment à la SERM. Un la­bo­ra­toire teste ac­tuel­le­ment des ser­vices au­près d’une ving­taine de per­sonnes, en col­la­bo­ra­tion avec le CCAS de Cas­tel­nau-le-lez et la ver­sion bê­ta de­vrait être prête dé­but 2018. Elle au­ra bien sûr vo­ca­tion à évo­luer. » Par­mi les en­tre­prises qui pro­po­se­ront des ser­vices sur cette plate-

Le sec­teur im­mo­bi­lier est dé­fi­ni­ti­ve­ment en­tré dans l’ère du nu­mé­rique. L’in­tel­li­gence di­gi­tale se glisse à tous les étages et même si la connec­ti­vi­té des lo­ge­ments n’est pas en­core to­ta­le­ment dé­ployée, elle consti­tue un vrai su­jet de ré­flexion dont se sont em­pa­rés les pro­mo­teurs im­mo­bi­liers, mais aus­si les amé­na­geurs.

forme (e-concier­ge­rie, ré­seau so­cial, éner­gie, car­net de san­té, ma­raî­chage en cir­cuits courts, bou­lan­ge­rie connec­tée, etc.) fi­gurent quelques ré­gio­nales comme La Valériane (e-san­té), Idéa­lys et Avii­tam (car­net de san­té in­tel­li­gent) à Mont­pel­lier, So­lem à Cla­piers (ob­jets connec­tés), mais aus­si Uman­life à Pa­ris (e-san­té), et Eco­sys­te­mic à Foix (ap­pli­ca­tions web et mo­bile pour le main­tien à do­mi­cile des sé­niors). Pa­ral­lè­le­ment, la SERM a créé en juin un Club de l’in­no­va­tion « pour ca­pi­ta­li­ser les ex­pé­riences me­nées sur cer­taines opé­ra­tions et les dé­cli­ner sur d’autres », pré­cise Laurent Combes. « Il faut faire en sorte que le tra­vail fait en si­lo de­vienne trans­ver­sal, com­mente Chan­tal Marion, vice-pré­si­dente de la Mé­tro­pole de Mont­pel­lier, en charge du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et de l’in­no­va­tion. Mont­pel­lier est un la­bo­ra­toire vi­vant et ce club met­tra les dif­fé­rents ac­teurs en lien… Les Chi­nois sur­veillent beau­coup ce qui se fait au­tour des per­sonnes âgées et s’in­té­ressent donc de près à Eu­rê­ka. » Mais la ques­tion du coût, et donc de la ren­ta­bi­li­té de la connec­ti­vi­té d’un lo­ge­ment, est en­core un frein à un dé­ploie­ment gé­né­ra­li­sé. « L’in­fra­struc­ture coûte as­sez cher, en­vi­ron 10 €/ m2, note Laurent Combes à la SERM. Pour Eu­rê­ka, le pro­jet a bé­né­fi­cié d’un fi­nan­ce­ment dans le cadre de l’éco­ci­té (sou­te­nue par le pro­gramme na­tio­nal “Ville de de­main”, NDLR). L’uti­li­sa­teur paie­ra 1,80 €/ mois/mé­nage. Mais il est im­por­tant d’avoir une masse cri­tique pour ce type de plate-forme nu­mé­rique. »

USAGES ET REN­TA­BI­LI­TÉ

Laurent Villa­ret, res­pon­sable du Pôle dé­ve­lop­pe­ment chez Hé­lé­nis, pro­mo­teur mont­pel­lié­rain choi­si pour le pre­mier lot de la ZAC Eu­rê­ka (une cen­taine de lo­ge­ments, des com­merces et des bu­reaux) confirme : « Nous pen­sons qu’eu­rê­ka se­ra une réus­site car le por­tail nu­mé­rique se­ra confi­gu­ré à l’échelle d’un quar­tier, avec en­vi­ron 3 000 per­sonnes concer­nées, ce qui consti­tue une cou­ver­ture in­té­res­sante et une masse cri­tique suf­fi­sante, et li­mite le coût de charge… Mais avant de gé­né­ra­li­ser, on a be­soin de re­tour d’ex­pé­rience sur la va­leur ajou­tée, les usages et la ren­ta­bi­li­té des mon­tants in­ves­tis ». NG Pro­mo­tion, à Mont­pel­lier, a conçu NG Con­nect il y a six ans, une ap­pli­ca­tion pour smart­phone pro­po­sant un ré­seau so­cial pour chaque ré­si­dence. Cé­dric Gon­zales, son di­ri­geant, pré­voit d’y ajou­ter pro­chai­ne­ment une brique « do­mo­tique connec­tée ». « La connec­ti­vi­té rentre dans les mé­nages, ob­serve-t-il. Mais même si ce n’est pas en­core une exi­gence des clients, il est im­pé­ra­tif d’être dans cette dé­marche et d’ins­crire les lo­ge­ments dans l’ère nu­mé­rique. » À la FPI, Xa­vier Brin­ger ajoute qu’« il y a en­core de la place pour l’in­ven­ti­vi­té. Il fau­dra en­core cinq ans pen­dant les­quels les ac­teurs vont se mettre en place et trou­ver la bonne in­ter­ac­ti­vi­té entre les choses. La connec­ti­vi­té n’est pas en­core un cri­tère im­pé­ra­tif chez les clients. Elle pose plus de ques­tions qu’elle ne les ras­sure. Et c’est en­core un ef­fort pour les pro­mo­teurs mais il faut se te­nir prêts ».

De­main, tous les lo­ge­ments se­ront plus ou moins connec­tés. À Mont­pel­lier, la start-up Mas­mar­thome pro­pose aux pro­mo­teurs im­mo­bi­liers un ou­til pour équi­per les lo­ge­ments de fonc­tion­na­li­tés do­mo­tiques connec­tées sur les ques­tions d’éner­gie, de sé­cu­ri­té,...

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