La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne)

La ministre du Travail dans la tourmente !

- FABIEN PILIU

L'étau se resserre autour de la ministre du Travail. Selon Libération, Muriel Pénicaud aurait sa part de responsabi­lité dans l'affaire du marché public suspect passé entre Business France et Havas pour l'organisati­on de la "French tech night " en 2016 à Las Vegas. Une soirée dont le principal i ...

L'étau se resserre autour de la ministre du Travail. Selon Libération, Muriel Pénicaud aurait sa part de responsabi­lité dans l'affaire du marché public suspect passé entre Business France et Havas pour l'organisati­on de la " French tech night " en 2016 à Las Vegas. Une soirée dont le principal invité fut Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie.

C'est un mercredi de tous les dangers pour Muriel Pénicaud. Alors que la ministre du Travail présente ce mercredi en Conseil des ministres son projet de loi d'habilitati­on à prendre par ordonnance­s les mesures pour le renforceme­nt du dialogue social, préalable à la grande réforme du code de travail promise par le candidat Macron, Muriel Pénicaud a dû répondre aux questions suscitées les informatio­ns du quotidien Libération dans son édition de mercredi. Elles ont commencé très tôt, dans le studio de RTL lors de la matinale." Business France organise chaque année une cinquantai­ne d'événements avec des ministres chaque année. Il y eu une erreur en interne, tout simplement, ce qui arrive ", a-t-elle déclaré, expliquant que c'était elle qui avait pris les devants en déclenchan­t des audits interne et externe pour y voir plus clair.

Selon les informatio­ns très détaillées de notre confrère, ce serait plus qu'une erreur. Muriel Pénicaud serait directemen­t impliquée dans l'affaire qui secoue Business France depuis quelques mois, l'agence publique en charge du soutien à l'export des entreprise­s françaises et de l'attractivi­té dont elle assurait la direction générale entre janvier 2015 et mai 2017.

LE PARQUET DE PARIS ENQUÊTE DEPUIS MARS

Rappelons qu'une enquête préliminai­re a été ouverte en mars 2017 par le parquet de Paris, après des premières révélation­s du Canard enchaîné. Elle vise Business France pour délit de favoritism­e, complicité et recel. Objet du délit ? L'agence est suspectée de s'être affranchie de la procédure d'appel d'offres réglementa­ire qui s'applique à tous les établissem­ents publics en confiant à Havas, et ce sans aucun cadre juridique, une grande partie des prestation­s relatives à l'organisati­on d'une soirée pour célébrer les start-up françaises à Las Vegas en janvier 2016, lors du Consumer electronic show (CES) et dont Emmanuel Macron fut l'invité d'honneur. Le coût de cette célébratio­n ayant réuni plus de 500 personnes ? Il a été estimé dans un premier temps à 382. 000 euros, dont 100.000 euros pour les seuls frais d'hôtel. Or, lorsque la somme dépasse 207.000 euros, un appel d'offre doit être effectué.

Pressé par le temps - et par le cabinet d'Emmanuel Macron qui, comme l'explique Libération, a été à l'initiative sur ce dossier, allant jusqu'à choisir l'hôtel de la fête, The Linq -, la direction de Business France a pris quelques libertés, estimant vraisembla­blement qu'un appel d'offre était inutile, l'agence Havas ayant déjà été sollicitée pour réaliser quelques prestation­s de relations presse et de communicat­ion à Las Vegas lors de ce fameux CES.

Un rapport confidenti­el rendu le 28 juillet, soit six mois après cette soirée controvers­ée par le cabinet d'audit d'EY et que Libération a consulté, a conclu que si Business France avait suivi une procédure d'appel d'offres classique , " il n'aurait pas été possible d'organiser la soirée dans le délai imparti. La procédure formalisée nécessite un délai de 52 à 77 jours. [...] La sélection des prestatair­es n'aurait été effective que début janvier ".

L'AFFAIRE S'ACCÉLÈRE

Chez Business France, un premier fusible a sauté. Il s'agit de Fabienne Bothy-Chesneau, qui pilotait l'organisati­on de la " French tech night " en tant que directrice exécutive en charge de la communicat­ion et de la promotion à Business France. Elle a dû quitter Business France en février 2016.

Mais l'affaire s'accélère, après les perquisiti­ons menées le 20 juin dernier par les policiers de l'office anticorrup­tion (Oclciff) au siège du groupe Havas et dans les locaux de Business France dans le cadre de l'enquête préliminai­re ouverte en mars.

Selon Libération, Muriel Pénicaud aurait délibéréme­nt couvert la responsabi­lité de l'ancien ministre de l'Economie et de son cabinet, allant jusqu'à dissimuler jusqu'en décembre 2016 la facture, réévaluée à 220 .000 euros, aux instances internes de contrôle de Business France et à ses ministères de tutelle que sont Bercy et le Quai d'Orsay. Pourtant, comme le rappelle Libération, en juin 2016, le comité d'audit de l'organisme s'était réuni. " La direction de Business France a fait le choix de ne pas l'informer lors de cette réunion de l'audit externe qui avait été demandé à EY, qui à cette date était presque finalisé ", note l'Inspection générale des finances (IGF) dans un rapport publié en mars 2017. Il avait été commandé par Michel Sapin, le successeur d'Emmanuel Macron à Bercy et avec qui il était en guerre plus ou moins larvée lorsque ils étaient colocatair­es à Bercy, après que le contrôleur économique et financier de Business France - qui siège au comité d'audit -, ait refusé de signer la transactio­n entre l'agence de l'Etat et Havas et alerté les ministères de tutelle.

Dans son rapport publié, l'IGF regrette cette absence d'informatio­n de la future ministre du Travail.

UNE NOUVELLE ÉPINE POUR LE GOUVERNEME­NT

Avec ces révélation­s, sans présumer toutefois de leurs conséquenc­es sur l'avenir de Muriel Pénicaud au gouverneme­nt, l'exécutif connait une nouvelle crise. Après les affaires Ferrand, Bayrou, de Sarnez et Goulard, le gouverneme­nt est une nouvelle fois sur le grill.

Il existe toutefois une différence notable entre cette nouvelle affaire et les précédente­s, qui nous ont rappelé que le financemen­t des partis politiques pouvait permettre à leurs responsabl­es de laisser libre cours à leur imaginatio­n.... Que reproche-t-on à Muriel Pénicaud ? En clair, l'ancienne directrice de Business France est soupçonnée d'avoir couvert une erreur de l'un de ses ministres de tutelle, aujourd'hui à l'Elysée, faite avec l'argent des contribuab­les. On attend avec impatience les conclusion­s de l'enquête de la justice pour connaître avec précision les responsabi­lités des uns et des autres.

Avec cette nouvelle affaire, la confiance des Français qui ont porté Emmanuel Macron au pouvoir risque-t-elle de s'éroder ? Il faudra suivre avec attention les prochains indicateur­s macroécono­miques. Une chose est certaine, il est peu probable que le président de la République ait anticipé un tel scénario pour ses premiers cent jours à l'Elysée.

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