Des lieux re­cu­lés pour mieux avan­cer

La Voix du Sancerrois - - Le Dossier - ADRIEN MARIDET

De­puis plu­sieurs mois, de plus en plus d’adeptes font des lieux aban­don­nés et re­cu­lés leur nou­veau ter­rain de jeu. Der­rière ces vi­sites hors des sen­tiers ba­li­sés, ces sites dé­lais­sés nour­rissent l’ob­jec­tif de nom­breux Ur­bexers, ani­més par la soif de dé­cou­vertes.

◗ Ur­bex. Ces cinq lettres ne font ni ré­fé­rence à un si­rop contre la toux, ni à une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans le trai­te­ment de sur­face des mé­taux. Mais bien à un phé­no­mène lié à l’ex­plo­ra­tion ur­baine de lieux aban­don­nés, dé­lais­sés et fi­gés dans le pas­sé.

« En mode crade et tou­jours à deux »

Dans l’air du temps, Ur­bex a fait son trou sur la toile et dis­pose au­jourd’hui d’une énorme com­mu­nau­té sur le ré­seau so­cial Ins­ta­gram. Avec des Ur­bexers ame­nés à pos­ter en ligne des vi­déos ou autres cli­chés de leurs vi­sites sans guide, qui ne manquent pas de faire ré­agir leurs abon­nés.

Des sites « la plu­part du temps in­ter­dits au pu­blic ou dif­fi­ci­le­ment ac­ces­sibles, où la na­ture a re­pris ses droits et où le temps s’est com­plè­te­ment ar­rê­té », re­con­naît Thi­baud, Ur­bexer de 26 ans pas­sé par la Nièvre et dé­sor­mais ins­tal­lé à Pa­ris.

Friches in­dus­trielles, châ­teaux ou hô­tels lais­sés à l’aban­don, hô­pi­taux et or­phe­li­nats désaf­fec­tés, dis­co­thèques dé­ser­tées… Les spots à dé­cou­vrir ne manquent pas.

De son cô­té, Thi­baud a goû­té aux joies de l’ex­plo­ra­tion ur­baine, il y a deux ans et de­mi, en tom­bant « par ha­sard » sur un ar­ticle d’un blo­gueur. « Un jour de pluie », où lui et son par­te­naire, Axel, « cher­chaient des lieux tou­ris­tiques à vi­si­ter » pen­dant leurs va­cances dans l’Hé­rault.

Bien leur en a pris, puis­qu’ils en sont dé­sor­mais à une quin­zaine de lieux ex­plo­rés du­rant leur temps libre, aux quatre coins de la France. Des sites où ils se rendent « en mode crade et tou­jours à deux », l’as­pect sé­cu­ri­taire ne de­vant pas être né­gli­gé. Et à leurs risques et pé­rils, puisque « cer­tains lieux en ruines peuvent être dan­ge­reux (toi­tures ef­fon­drées, plan­chers écrou­lés, sols re­cou­verts de gra­vats…) », in­siste­t­il.

Thi­baud af­fec­tionne par­ti­cu­liè­re­ment « les châ­teaux ou grosses mai­sons bour­geoises, où des ves­ti­ ges d’époques an­ciennes (mo­bi­lier, vais­selle, vê­te­ments…) n’ont pas bou­gé de­puis plu­sieurs di­zaines d’an­nées ». Mais aus­si « les an­ciens hos­pices et hô­pi­taux », où les salles d’opé­ra­tion ne voient plus dé­fi­ler les pa­tients, ou « les ma­nu­fac­tures et en­tre­pôts res­tés dans leur jus, qui sont de­puis re­cou­verts de tags et to­ta­le­ment vides ».

« C’est comme une chasse au tré­sor »

Mais ce­lui qui tra­vaille dans une agence de pub l’as­sure. Bien qu’il puisse tou­jours ou presque pé­né­trer « sans pro­blème » dans les bâ­tisses aban­don­nées, il « n’irait pas cas­ser une porte ou une fe­nêtre, s’il n’y a pas d’autres pos­si­bi­li­tés d’en­trer. Si ce n’est pas pos­sible, tant pis, de­mi­tour ». Tout Ur­bexer qui se res­pecte se doit d’ailleurs de « lais­ser les lieux tels quels ». Il s’in­ter­dit de « dé­gra­der ou vo­ler quoi que ce soit sur place, d’en­trer dans des bâ­ti­ments en tra­vaux et de don­ner la lo­ca­li­sa­tion des sites à n’im­porte qui ».

Plus que le cô­té sti­mu­lant de bra­ver l’in­ter­dit, c’est da­van­tage « l’ex­ci­ta­tion de ne ja­mais trop sa­voir où tu vas tom­ber, la sa­tis­fac­tion de réus­sir à trou­ver des lieux aban­don­nés si­tués au mi­lieu de nulle part et la cu­rio­si­té de dé­cou­vrir ces en­droits re­mar­quables de ses propres yeux » qui prennent le des­sus. « Ur­bex, c’est comme une chasse au tré­sor, qu’on pla­ni­fie comme si on par­tait en co­lo. On se laisse prendre au jeu », af­firme­t­il.

« Ob­ser­va­teur des pay­sages et des aléas du temps sur les vieilles pierres », l’Ur­bexer consi­dère cette ac­ti­vi­té comme « un passe­temps très pre­nant, plus qu’une pas­sion ». Et se laisse al­ler à une confi­dence. « Au­jourd’hui, je pré­fère presque par­tir à l’aven­ture, re­vivre le pas­sé et me plon­ger dans l’his­toire ré­vo­lue d’un bâ­ti­ment dé­lais­sé, plu­tôt qu’une vi­site clas­sique d’un châ­teau par exemple », re­con­naît Thi­baud.

Quoi qu’il en soit, chaque ex­plo­ra­tion ré­serve son lot de sur­prises et est l’oc­ca­sion de dé­gai­ner son ap­pa­reil pho­to et de re­par­tir avec des images plein la tête.

(PHO­TO : DR)

Comme Thi­baud, nom­breux sont ceux à se lais­ser prendre au jeu et à par­tir à la dé­cou­verte de sites tom­bés dans l’ou­bli.

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