Fer­ra­ri 488 Pis­ta Dans la digne li­gnée des sé­ries spé­ciales des cou­pés V8, la Pis­ta se ré­vèle à la fois sau­vage et docile.

L'Automobile - - Sommaire - /// texte ch­ris­tophe congre­ga

360 STRADALE, 430 SCU­DE­RIA, 458 SPECIALE… LA LI­GNÉE DES SÉ­RIES SPÉ­CIALES DU COU­PÉ V8 FER­RA­RI A TOU­JOURS EXA­CER­BÉ LES PER­FOR­MANCES ET L’ÉMOTION DE LEURS MATRICES. MAIS LA PIS­TA SU­BLIME BIEN DA­VAN­TAGE LA 488 EN MA­TIÈRE DE PUIS­SANCE, TOUT EN LA REN­DANT EN­CORE PLUS FA­CILE À PI­LO­TER. MA­GIQUE !

Àquelques ki­lo­mètres de la piste pri­vée de Fer­ra­ri, au mo­ment où d’énormes gouttes de pluie s’écrasent sur le pare-brise, une chose est sûre, mes tours du cir­cuit de Fio­ra­no au vo­lant de la 488 Pis­ta se­ront ar­ro­sés. Avec 720 ch, et sur­tout 770 Nm de couple dé­li­vrés aux seules roues ar­rière, il va y avoir du sport ! Le pi­lote d’es­sai mai­son, ve­nant de faire une “fi­gure” dans la ligne droite à cause d’une hau­teur d’eau très im­por­tante, peu com­pa­tible avec les Mi­che­lin Pi­lot Sport Cup 2 (qua­si­ment des se­mis­licks), im­pose de pa­tien­ter. Après vingt mi­nutes d’at­tente, j’ai en­fin le feu vert, avec la liste des pièges – les en­droits où l’eau stagne – pour re­dou­bler de vigilance.

Ré­so­lu­ment ty­pée piste

Pre­mier tour calme pour re­pé­rer, puis j’aug­mente le rythme pro­gres­si­ve­ment… et dé­couvre un train avant in­ha­bi­tuel­le­ment ef­fi­cace et in­ci­sif sur cet as­phalte bien mouillé. Les Mi­che­lin sont pour­tant à peine en­taillés sur un bon tiers ex­té­rieur de la bande de rou­le­ment, mais leur gomme tendre, une fois mon­tée en tem­pé­ra­ture, ar­rive tout de même à four­nir une adhé­rence que je ne m’at­ten­dais guère à trou­ver vu les condi­tions. Mieux en­core, alors que je pousse de plus en plus et pro­voque un dé­but de glisse, tout reste d’une grande pro­gres­si­vi­té, fa­ci­li­tant le contrôle des dé­ro­bades. Certes, l’élec­tro­nique tra­vaille dur pour conser­ver la tra­jec­toire vou­lue en agis­sant sur le couple dé­li­vré par le V8, le frei­nage sé­lec­tif roue par roue, ain­si que le dif­fé­ren­tiel ar­rière pi­lo­té. Et en mode CT- OFF du Ma­net­ti­no (contrôle de trac­tion cou­pé), la Pis­ta inau­gure une fonc­tion de contrôle dy­na­mique de la glisse ai­dant à maî­tri­ser le sur­vi­rage sans trop cou­per les gaz. Sans ou­blier que l’al­lè­ge­ment de 90 kg, par rap­port à la 488 “nor­male”, aide bien sûr à cette meilleure ef­fi­ca­ci­té en courbe. Mais sans ses gommes aus­si réus­sies, l’équi­libre de cette Pis­ta,

Ce V8 bi­tur­bo au chant rauque émeut moins que ce­lui, cris­tal­lin, de la 458. Mais quelle pêche !

dans ces condi­tions dif­fi­ciles, n’au­rait pu être si ras­su­rant ! La piste de Fio­ra­no re­fu­sant de sé­cher, nous al­lons sou­mettre cette Pis­ta à l’épreuve des Apen­nins tos­co- émi­lien, une chaîne mon­ta­gneuse à quelques di­zaines de ki­lo­mètres au sud de Ma­ra­nel­lo.Sur ces routes en­fin sèches, mais très si­nueuses, gé­né­ra­le­ment étroites, et au re­vê­te­ment sou­vent dé­gra­dé, cette ul­tra­spor­tive ita­lienne, fran­che­ment ty­pée piste, conti­nue d’im­pres­sion­ner par son ai­sance… et ses per­for­mances com­plè­te­ment dé­mo­niaques. Évi­dem­ment, avec une mé­ca­nique sur­ali­men­tée, il est fa­cile d’ob­te­nir da­van­tage de puis­sance en souf­flant plus fort. Mais Fer­ra­ri a tout au­tant tra­vaillé la do­ci­li­té de son V8 3.9, no­tam­ment grâce à des tur­bos do­tés de cap­teurs de ré­gime et aux frot­te­ments abais­sés de 30 %, des bielles en ti­tane, des vo­lants mo­teur et vi­le­bre­quin al­lé­gés, et une op­ti­mi­sa­tion de la dé­tec­tion de cli­que­tis, le tout lar­ge­ment re­pris de la va­riante de course GTE. De quoi per­mettre un meilleur contrôle, par la pé­dale de droite, de ses per­for­mances en forte hausse (720 ch, contre 670 ch pour la 488 GTB).

Des per­for­mances qua­si ir­réelles

Ap­puyé par une boîte 7 double em­brayage en­core plus ra­pide que sur la GTB, ce V8 qua­si­ment dé­pour­vu de temps de ré­ponse trans­forme cette Pis­ta al­lé­gée en vé­ri­table ca­ta­pulte à la moindre ac­cé­lé­ra­tion un peu sou­te­nue. Au point que ses re­lances, à la li­mite de la vio­lence, ne sont pas loin de dé­pas­ser les ca­pa­ci­tés d’as­si­mi­la­tion d’un cer­veau hu­main nor­ma­le­ment consti­tué ! À peine quelques secondes en sor­tie de vi­rage suf­fisent pour qu’un “200 km/h” ap­pa­raisse dans l’af­fi­cheur cen­tral. Mais at­ten­tion, no­tions de pi­lo­tage né­ces­saires pour ne pas se faire pié­ger quand la route tourne, là où cette ita­lienne étale jus­te­ment tous ses ta­lents grâce, entre autres, à sa mise au ré­gime. Un al­lè­ge­ment au­quel le V8 par­ti­cipe pour 18 kg (dont 9,7 kg pour le seul col­lec­teur d’échap­pe­ment en In­co­nel, un al­liage très lé­ger à forte te­neur en ni­ckel, is­su de la course), com­plé­té par de la fibre de car­bone pour les bou­cliers avant et ar­rière, le ca­pot, le col­lec­teur d’ad­mis­sion, les contre­portes et ha­billages in­té­rieurs, voire même les roues (op­tion à 18 000 €). Moins de poids, donc moins d’iner­tie, c’est plus d’agi­li­té en en­trée de courbe. Mais alors que les spor­tives à mo­teur cen­tral

élar­gissent gé­né­ra­le­ment la tra­jec­toire sous une forte ac­cé­lé­ra­tion, cette Pis­ta, grâce à un châs­sis aux ré­glages qua­si par­faits, bluffe par l’adhé­rence si­dé­rante de son train avant dans ces condi­tions ( jus­qu’à 1,3 g en courbe !). Im­pos­sible de jouer avec ses li­mites sur route, sauf à fri­ser l’in­cons­cience. Le tout, avec une pro­gres­si­vi­té d’amor­tis­se­ment peu com­mune, sur­tout quand on ac­tive le mode “Soft” de la sus­pen­sion, as­su­rant à la fois un bon ni­veau de confort, et le main­tien des roues bien au sol pour soi­gner l’ef­fi­ca­ci­té, même sur route très bos­se­lée. Au rythme au­quel dé­boule cette ita­lienne, j’ap­pré­cie de n’avoir qu’à me concen­trer sur le vo­lant, tant la boîte double em­brayage, en mode Sport, rend les pa­lettes – pour­tant idéa­le­ment longues – to­ta­le­ment in­utiles. En ef­fet, sa ca­pa­ci­té à tou­jours choi­sir le bon rap­port laisse croire qu’elle lit dans mes pen­sées. Pour que le ta­bleau soit par­fait, il man­que­rait juste à cette Pis­ta une di­rec­tion un peu plus consis­tante en conduite très spor­tive. Mais quelle sa­crée ma­chine !

Ef­fi­ca­ci­té dia­bo­lique, per­for­mances ex­trêmes, et pour­tant cette Pis­ta est d’une fa­ci­li­té in­croyable au vo­lant !

Pas d’ai­le­ron mo­bile ici, mais des des­sous soi­gnés per­met­tant d’aug­men­ter l’ap­pui de la Pis­ta de 20 % par rap­port à la 488 GTB.

11 Prendre 8 000 tr/mn sans répit est rare avec un mo­teur tur­bo. Pour fa­ci­li­ter la mo­tri­ci­té sur les rap­ports in­ter­mé­diaires, ce V8 dé­livre de plus en plus de couple lors des mon­tées en ré­gime.

Afin de bien re­froi­dir les échan­geurs des tur­bos par les ouïes des ailes ar­rière, les ad­mis­sions d’air mo­teur sont dé­pla­cées près des feux.

33 Pour al­lé­ger sa Pis­ta, Fer­ra­ri n’est pas avare en fibre de car­bone, y com­pris à l’in­té­rieur.

22 Pour la route, le mode Sport du ma­net­ti­no est idéal, Race étant trop ex­trême, no­tam­ment cô­té boîte de vi­tesses et CT- Off, dé­dié aux ama­teurs de drift !

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