Dos­sier Peu­geot 508

DU SCULPTURAL STEL­VIO, EN ITALIE, AUX EAUX CRIS­TAL­LINES DE L’ISTRIE, EN CROA­TIE, EN PAS­SANT PAR L’AL­LE­MAGNE, L’AU­TRICHE ET LA SLO­VÉ­NIE, NOTRE MA­RA­THON DE 3 500 KM ME­NÉ TAM­BOUR BAT­TANT N’A RIEN ÉPAR­GNÉ À LA NOU­VELLE 508. UN DÉ­FI QUE LA “LIONNE” A RE­LE­VÉ AV

L'Automobile - - Sommaire - Texte gaël brian­ceau - pho­tos b. rouf­fi­gnac

Pour tra­quer les forces et les fai­blesses de la Lionne, rien de tel qu’un pé­riple-ma­ra­thon. Un dé­fi que la 508 a re­le­vé avec élé­gance.

Alors que, ma­jes­tueu­se­ment, se des­sine au loin le Stel­vio, le plus haut col des Alpes ita­liennes ( 2 758 m), une 550 Ma­ra­nel­lo nous dé­passe d’un souffle. Son V12 chante si juste qu’in­cons­ciem­ment j’ac­cé­lère pour ne pas en perdre une miette. Suivre l’élé­gante Fer­ra­ri sur ces routes de mon­tagne ajoute une touche de gla­mour à notre pé­riple en­ta­mé quelque 2 000 km plus tôt en ré­gion pa­ri­sienne. Sou­dain, comme vexé de ne pas me dis­tan­cer, le gent­le­man­dri­ver­dé­gaine un coup d’ac­cé­lé­ra­teur ra­geur. Je m’ac­croche pour voir ce que la Peu­geot a dans le ventre. Dans les courtes lignes droites, les 225 ch de “ma” 508 ne sont pas de taille face aux 485 pur-sang ita­liens. En re­vanche, je re­colle à ses échap­pe­ments à la moindre suc­ces­sion de vi­rages. Avec son train avant ef­fi­cace, bien ser­vi par des Mi­che­lin Pi­lot Sport 4 spé­ci­fiques, et un nou­veau train ar­rière mul­ti­bras, la 508 ap­pa­raît aus­si sou­ve­raine qu’im­per­tur­bable. Alors que le conduc­teur de la Fer­ra­ri semble trans­pi­rer au vo­lant, je conduis le coude à la por­tière. J’au­rais ai­mé une di­rec­tion plus in­ci­sive et di­recte, fa­çon 308, mais ma­nier ce pe­tit “cer­ceau” s’avère d’au­tant plus plai­sant que le mode Sport se ré­vèle bien ca­li­bré. Non seule­ment il rend la di­rec­tion plus consis­tante et “in­for­ma­tive”, l’ac­cé­lé­ra­teur et la boîte au­to­ma­tique EAT8 plus ré­ac­tifs, mais il a le bon goût de raf­fer­mir l’amor­tis­se­ment pi­lo­té, li­vré de sé­rie, sans le rendre ca­ri­ca­tu­ral – sauf dans les quinze pre­mières secondes, où la voi­ture fait son “show” pour nous si­gna­ler qu’il se passe quelque chose. Heu­reu­se­ment, le bruit élec­tro­nique ajou­té via les haut-par­leurs ap­pa­raît bien plus dis­cret que dans les 308 et re­hausse gen­ti­ment la so­no­ri­té du simple quatre- cy­lindres tur­bo.

Un fer­ra­riste aga­cé

Après un quart d’heure, l’in­so­lente fa­ci­li­té de la Peu­geot dé­goûte le Fer­ra­riste, qui jette l’éponge dans le der­nier ha­meau avant le pas­sage du col. Il nous reste une so­lide mon­tée étroite de 26 km, af­fi­chant plus de trente épingles et une dé­cli­vi­té de 7,7 % en moyenne. Un vrai “juge de paix” qui met en exergue quelques fai­blesses de la 508.

Croi­sé à Sin­sheim, en Al­le­magne, ce MIG-23 par­tage avec la 508 le goût du pro­fi­lage

Ain­si, le 1.6 l manque de to­nus sous 2 000 tr/mn, obli­geant la boîte au­to­ma­tique à re­pas­ser en pre­mière dans les épingles, alors que l’EAT8, même en Sport, tarde à ré­tro­gra­der au frei­nage. Il reste la pos­si­bi­li­té de pas­ser en mode manuel via les pa­lettes du vo­lant mais, là en­core, la trans­mis­sion re­fuse sou­vent de faire en­trer les rap­ports in­fé­rieurs. Bref, à dé­faut d’une spor­ti­vi­té exa­cer­bée, cette Peu­geot pré­fère la conduite “grand tou­risme”, comme il sied à une ber­line de stan­ding. Car, plu­tôt que de vi­ser les clas­siques VW Pas­sat et Re­nault Ta­lis­man, la deuxième gé­né­ra­tion de 508 lorgne du cô­té des VW Ar­teon et Au­di A5 Sport­back, sa ré­fé­rence as­su­mée. D’ailleurs, la veille, pour le clin d’oeil, nous avons po­sé nos roues à In­gol­stadt, de­vant le mu­sée de la Marque aux An­neaux. Avec son pro­fil fa­çon cou­pé quatre-portes, ses portes sans mon­tants (avec une in­élé­gante par­tie fixe sur les vitres ar­rière) et son ga­ba­rit (4,75 m de long sur 1,86 m de large), la 508 re­luque l’A5 Sport­back (4,73 m sur 1,84 m). Pas sûr que les clients d’Au­di consi­dé­re­ront la Peu­geot. Mais celle- ci af­fiche la pré­sence et l’agres­si­vi­té que re­cherchent les ama­teurs de ber­line hup­pée. En re­pre­nant l’au­to­route me­nant à Mu­nich avant d’en­tre­prendre la tra­ver­sée de l’Au­triche et de la Slo­vé­nie, se joindre au train des cadres pres­sés qui n’hé­sitent pas à dé­pas­ser les 200 km/h, quand la lé­gis­la­tion et les condi­tions de cir­cu­la­tion le per­mettent, offre une bouf­fée de li­ber­té bien­ve­nue. La 508 est dans son élé­ment, af­fi­chant une te­nue de cap im­per­tur­bable.

Une sa­crée au­to­rou­tière

Dé­ve­lop­pées avec un four­nis­seur al­le­mand, ses vitres sans mon­tants maî­trisent leurs bruits aé­ro­dy­na­miques, et, si l’amor­tis­se­ment gé­nère quelques mou­ve­ments pa­ra­sites en mode Confort, bas­cu­ler en Nor­mal ou, mieux, en Sport per­met de rou­ler à des al­lures pro­hi­bées chez nous en toute dé­con­trac­tion. Mais entre les nom­breuses zones de tra­vaux, le tra­fic dense et l’ar­ri­vée en Au­triche, où il faut s’ac­quit­ter d’une vi­gnette de 9 € pour dix jours, plus ques­tion de vi­tesse… mal­gré, il faut le sou­li­gner, l’ef­fi­ca­ci­té de Waze à si­gna­ler les zones de dan­ger dans tous les pays tra­ver­sés (dis­po­nible via An­droid Auto sur l’écran cen­tral, mais pas en­core sur Apple CarP­lay). J’en pro­fite pour tes­ter trois équi­pe­ments li­vrés de sé­rie sur la GT : l’ex­cellent sys­tème au­dio Fo­cal de 515 W, à la clar­té de

Lo­vé dans la 508, les ki­lo­mètres dé­filent sans fa­tigue dans cet uni­vers du 21e siècle

son re­mar­quable, ain­si que le ré­gu­la­teur de vi­tesse adap­ta­tif cou­plé à l’aide au main­tien dans la voie. No­tam­ment dans ce so­lide ra­len­tis­se­ment qui nous im­pose qua­rante mi­nutes pour fran­chir 5 km. Le sui­vi de ligne a le bon goût de ne pas sla­lo­mer dans la voie mais reste lar­ge­ment faillible, comme dans cette zone de tra­vaux où la Lionne était bi­zar­re­ment at­ti­rée par les cônes sym­bo­li­sant la ligne de gauche ! Une pho­to fa­çon carte pos­tale de l’Au­triche dans la boîte, la tra­ver­sée de la Slo­vé­nie (et une autre vi­gnette, fac­tu­rée 15 € cette fois, pour dix jours aus­si) n’est qu’une for­ma­li­té. L’ar­ri­vée en Croa­tie, quelque 250 km plus tard, membre de l’Union eu­ro­péenne mais pas de la zone eu­ro, ap­pa­raît plus dé­pay­sante. Ce pe­tit pays de quatre mil­lions d’ha­bi­tants est très tour­né vers le tou­risme, et c’est à Ro­vinj, his­to­rique pe­tite ville cô­tière, que nous ache­vons une jour­née bien rem­plie. Le len­de­main, dès 7 heures, les ap­pa­reils pho­to sont prêts. Mais les voi­tures ne sont plus les bien­ve­nues dans le centre. Tou­te­fois, nous dé­ni­chons une côte à faire rê­ver, que Ber­nard im­mor­ta­lise avec son drone. J’y re­vien­drai en va­cances… avec une voi­ture confor­table car, si les na­tio­nales lo­cales sont en bon état, on ne peut pas en dire au­tant du ré­seau se­con­daire. Voi­là qui sou­ligne l’in­té­rêt de l’amor­tis­se­ment pi­lo­té de la 508, li­vré d’ori­gine sur la GT. Au prix d’une sou­plesse par­fois un peu ex­ces­sive, bas­cu­ler en Confort offre une plus grande dou­ceur pour ab­sor­ber les on­du­la­tions. Sur les sai­gnées trans­ver­sales, tou­te­fois, la sus­pen­sion pi­lo­tée ne peut rien contre les re­bonds des lourdes roues de 19 pouces. Au­tant faire l’éco­no­mie de cette op­tion à 570 € et se conten­ter des 18 pouces de sé­rie. Pas ques­tion de perdre le rythme, il nous faut dé­jà prendre le che­min de l’Italie, d’au­tant que le pas­sage de la fron­tière entre la Croa­tie et la Slo­vé­nie est très en­com­bré. Trente ki­lo­mètres plus tard, Trieste est en vue, mais le temps nous manque pour ap­pré­cier le port le plus à l’est de la pé­nin­sule trans­al­pine.

Des sif­flets ad­mi­ra­tifs en Italie

Après le Stel­vio, Tu­rin est notre der­nier ob­jec­tif. La ci­té du Pié­mont a long­temps été le sym­bole de la puis­sance de l’in­dus­trie au­to­mo­bile ita­lienne et reste le siège so­cial de Fiat, pro­prié­taire d’Alfa Ro­meo de­puis 1986. Un dé­tour par le Lin­got­to, cet ex- centre d’es­sai sur­mon­té d’un au­to­drome, s’im­pose. Sor­tir le ma­té­riel pho­to nous vaut un contrôle ser­ré de la po­lice. Mais, après quelques mi­nutes et les vé­ri­fi­ca­tions ef­fec­tuées, les fonc­tion­naires se dé­tendent et n’ont d’yeux que pour la Peu­geot. De tous les pays tra­ver­sés, l’Italie est le plus pas­sion­né par ce qui a quatre roues et un vo­lant. Quelques sif­flets ad­mi­ra­tifs fusent même quand

Rien de tel qu’un pé­riple de 3 500 km pour ap­pré­cier l’es­prit haut de gamme de cette 508

j’in­vite la po­lice à dé­cou­vrir l’in­té­rieur, mor­ceau de bra­voure de la 508. À y pas­ser qua­torze heures par jour de­puis une moi­tié de se­maine, nous le connais­sons dé­sor­mais par coeur. Reste qu’à chaque ou­ver­ture de la porte conduc­teur, je me dis que les équipes de­si­gn ont fait fort. De­puis le lan­ce­ment de la 208 (2012), le Lion peau­fine son concept d’i-Cock­pit et cette dé­cli­nai­son pour la 508 en met plein la vue. Ici, dans sa ver­sion la plus luxueuse (vrai bois, sel­le­rie avec cuir per­fo­ré), on est vrai­ment dans du haut de gamme, comme au­cune autre ber­line fran­çaise ne peut le re­ven­di­quer. La qua­li­té n’af­fiche pas tout à fait la ma­nia­que­rie d’une Au­di. En re­vanche, cô­té mo­der­ni­té, on change de siècle avec cet agen­ce­ment digne d’une étude de style et un af­fi­cheur nu­mé­rique aux ani­ma­tions aus­si fluides qu’es­thé­tiques.

Sur le ter­rain des pre­mium

L’er­go­no­mie des com­mandes n’a pas été ou­bliée, avec des touches d’ac­cès di­rect si­tuées sous l’écran tac­tile et des bou­tons en nombre rai­son­nable sur le vo­lant. Les ran­ge­ments sont as­sez nom­breux, à dé­faut d’être tous spa­cieux, et quatre ports USB sont ac­ces­sibles (deux sous l’arche, pré­sents sous le le­vier de vi­tesse, deux à l’ar­rière). Pe­tit dé­tail très pra­tique : dans la pe­tite trappe si­tuée à droite du mi­ni-le­vier de vi­tesse, un trou per­met de re­lier un smart­phone via un câble à la prise USB qui gère les don­nées. La ré­ac­ti­vi­té de l’écran dix pouces s’ap­pré­cie au­tant que les ré­glages des sièges, équi­pés, no­tam­ment, d’une lon­gueur d’as­sise mo­du­lable. Bref, on voyage en pre­mière classe de­vant. Der­rière, en re­vanche, le nou­veau for­mat de la 508 (- 8 cm en lon­gueur, - 6 cm en hau­teur par rap­port à sa de­van­cière) n’est pas sans consé­quence. Il faut in­cli­ner la tête pour ac­cé­der à la ban­quette et l’es­pace y perd des plumes. C’est fla­grant en garde au toit (- 6 cm), en es­pace aux jambes (- 4 cm) et en lar­geur aux épaules (-4 cm). Ce qui n’em­pêche pas, tou­te­fois, à deux adultes d’être bien re­çus. De son cô­té, le coffre, s’il se ré­duit de presque 30 dm³ (487 dm³ an­non­cés), pro­fite dé­sor­mais d’un hayon élec­trique pour se mon­trer plus pra­tique et ac­ces­sible que ja­mais (ou­ver­ture mains libres). Der­nière vic­time du pro­fil fa­çon cou­pé, la vi­sion vers l’ar­rière est aus­si li­mi­tée que la taille de la lu­nette… Sur le che­min du re­tour, ava­lé comme une for­ma­li­té, la 508 dé­montre qu’il faut comp­ter sur elle sur le mar­ché des “pros”, qu’elle vise en prio­ri­té (cadres, re­pré­sen­tants…). Pour les clients qui en se­ront de leur poche, les 46 000 € demandés peuvent faire ti­quer. Même si elle est bien mieux équi­pée que ses ri­vales, la Lionne se frotte aux Au­di A5 Sport­back 2.0 TFSI S tro­nic (190 ch, dès 43 620 €), BMW 420i Gran Cou­pé auto. (184 ch, dès 43 850 €) et autre Ja­guar XE 25t au­to­ma­tique (250 ch, dès 44 050 €). Mais c’est un ter­rain de chasse dont elle n’a pas l’ha­bi­tude. ///

On s’ha­bi­tue vite à ma­nier ce pe­tit vo­lant tous les jours. Mais, comme tou­jours avec l’i- Cock­pit, il faut faire des com­pro­mis pour qu’il ne masque pas l’af­fi­cheur...

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