Les 60 ans du cir­cuit de Charade

L'Automobile - - Sommaire - /// texte fran­cis mon­se­nergue

LE MA­GNI­FIQUE CIR­CUIT AU­VER­GNAT FÊTE SES 60 ANS. À CETTE OC­CA­SION, UN RAS­SEM­BLE­MENT DES MA­CHINES, À DEUX ET QUATRE ROUES, ET DES PI­LOTES AYANT ÉCRIT LES PLUS BELLES PAGES DE CETTE HIS­TOIRE, “CHARADE HE­ROES”, EST OR­GA­NI­SÉ FIN SEP­TEMBRE. DE QUOI RA­VI­VER NOS SOU­VE­NIRS DE JEUNE PAS­SION­NÉ.

Dé­but juillet 1969. La vieille “deuche”, mo­dèle 1957, est à bout de souffle. La route de­puis Pa­ris et main­te­nant, la grim­pette vers Charade, elle n’en peut plus ! Et nous donc, à trois bal­lo­tés pen­dant des heures dans cette drôle de chose ca­ho­tante, hy­per bruyante et traî­narde… Dire que plus tard, elle de­vint un mythe ! Al­lez com­prendre… Bref, on lui avait de­man­dé de nous em­me­ner au Grand Prix de France dis­pu­té sur le cir­cuit de Charade, dans le mas­sif des vol­cans d’Au­vergne, elle l’a fait ! Au bout de cet in­ter­mi­nable pé­riple, la ré­com­pense. Les billets d’en­trée ? Pas de pro­blème, en vente sur place et à un prix “po­pu­laire”. Nos places ? As­sis à même le sol dans l’un des vi­rages les plus cé­lèbres de l’en­droit, le Louis Ro­sier (du nom d’un pi­lote du coin, qui évo­lua en F1 et ga­gna les 24 Heures du Mans 1950 après vingt-trois heures au vo­lant contre une pour son co­pi­lote, son fils !). Et d’em­blée, un ca­deau, la Coupe R8 Gor­di­ni, une horde qui dé­boule dans la des­cente, se fric­tionne en né­go­ciant, de fa­çon acro­ba­tique, le vi­rage à droite – un fes­ti­val de glis­sades avec dé­ro­bades de la “Gord” à mo­teur ar­rière – avant de fi­ler vers la ligne de dé­part/ar­ri­vée. Am­biance sur­vol­tée. Puis la course de For­mule France. De­puis quelques an­nées, avec la Coupe R8, la FF – fu­ture For­mule Re­nault –, les Al­pine en F3 et ral­lyes, les Ma­tra en F3, F2 et “Pro­tos”, c’est la grande éclo­sion du sport au­to­mo­bile tri­co­lore.

Sou­ve­nirs et anec­dotes

En ce dé­but d’été, l’at­mo­sphère est eu­pho­rique sur ce somp­tueux tra­cé mon­ta­gneux do­mi­nant Cler­montFer­rand, un pe­tit Nür­bur­gring (8 km contre 22 km) avec 51 vi­rages de mon­tées et de des­centes par­fois ver­ti­gi­neuses, comme celle, lé­gen­daire, de Gra­ve­noire, à l’une des ex­tré­mi­tés de la boucle. C’est là que, quatre ans au­pa­ra­vant, pour le pre­mier GP de France au­ver­gnat, Jim Clark s’était ma­gis­tra­le­ment im­po­sé de­vant un sa­cré quatuor : Ste­wart, Sur­tees, Hulme et Hill, rien moins que des cham­pions du monde, ti­trés ou en de­ve­nir ! En 1969, Jim­my n’est plus là mais, à l’ex­cep­tion de Sur­tees, pour cause de for­fait de BRM, son écu­rie an­glaise, les trois autres sont pré­sents. D’autres sont ar­ri­vés en F1, à com­men­cer par Jean-Pierre Bel­toise, le sym­bole du

re­nou­veau fran­çais, le porte-dra­peau, la ré­fé­rence. En ce 6 juillet, “Bé­bel”, va élec­tri­ser Charade. Si son équi­pier de chez Ma­tra, Ja­ckie Ste­wart, par­ti en pole po­si­tion, s’est échap­pé dès le dé­part, der­rière, ça ba­taille sec. Et quand, dans le der­nier tour, Jean-Pierre, au­teur d’une re­mon­tée fan­tas­tique, est ap­pa­ru de­vant Ja­cky Ickx (vain­queur de ses pre­mières 24 Heures du Mans trois se­maines plus tôt), la foule a hur­lé et sa­lué la vic­toire du Fran­çais, ou­bliant to­ta­le­ment que Ja­ckie Ste­wart, ul­tra-do­mi­na­teur du Grand Prix, avait dé­jà fran­chi la ligne de­puis plu­sieurs di­zaines de secondes, avant son co­équi­pier. Autre sou­ve­nir mar­quant de cette jour­née ex­tra­or­di­naire, la souf­france de Jo­chen Rindt sur ce cir­cuit au pro­fil de “grand huit”. Pour es­sayer d’at­té­nuer ses nau­sées, le fu­tur cham­pion du monde au­tri­chien (à titre post­hume, en 1970) s’était fait prê­ter un casque ou­vert par l’An­glais Piers Cou­rage, car il ne sup­por­tait pas son casque in­té­gral, nou­veau­té pas en­core gé­né­ra­li­sée. Ces deux hé­ros, comme Bruce McLa­ren, dis­pa­raî­tront l’an­née sui­vante. En 1971, un autre ac­teur du GP de France 1969 se tuait éga­le­ment en course, Jo Sif­fert. Les images publiées dans ces pages at­testent de la dan­ge­ro­si­té des cir­cuits de l’époque. Trop de hé­ros l’ont payé de leur vie. Heu­reu­se­ment, les temps ont bien chan­gé. Et la “Deuche” du dé­part ? Elle a tel­le­ment ai­mé l’Au­vergne qu’elle y est res­tée, épui­sée. Sans Blab­lacar, notre trio a mis vingt-quatre heures pour ren­trer en au­tos­top. Pas grave, nous avions la tête, les yeux et les oreilles ber­cés par la ma­gie de cette jour­née à Charade, un jour de juillet 1969.

Le 27 juillet 1958, Mau­rice Trin­ti­gnant (Coo­per no 2) avant le dé­part de la pre­mière course de F2 or­ga­ni­sée à Charade. À sa droite, la Porsche F2 ca­ré­née de Claude Sto­rez. Vain­queur du GP de Mo­na­co pour la se­conde fois deux mois avant, Trin­ti­gnant s’im­pose dans cette épreuve inau­gu­rale.

1 Compte ren­du du GP de France dans le nu­mé­ro d’août 1970 de L’Au­to­mo­bile : Jean-Pierre Bel­toise (Ma­tra) et Ja­cky Ickx (Fer­ra­ri) se li­vrèrent un duel achar­né en tête de la course, mais tous deux durent aban­don­ner, lais­sant la vic­toire à Jo­chen Rindt. 2 Gia­co­mo Agos­ti­ni, le mul­tiple cham­pion du monde de mo­to, s’im­po­sa plu­sieurs fois dans le Grand Prix de France à Charade.

31 La toute pre­mière course dis­pu­tée à Charade en 1958, les Trois Heures in­ter­na­tio­nales d’Au­vergne avec un dé­part “type Le Mans”. Si de su­blimes Fer­ra­ri partent en tête avec des pi­lotes comme les Belges Gen­de­bien et Mai­resse, la ga­gnante est une bar­quette Lo­tus XI pi­lo­tée par l’Écos­sais Innes Ire­land. 2 La meute de la Coupe R8 Gor­di­ni en Au­vergne 3 La “une” de Sport Mé­ca­nique, en­cart cen­tral de L’Au­to­mo­bile, en août 1972 avec la Ma­tra V12 de Ch­ris Amon, pole po­si­tion et 3e à Charade.4 Ja­ckie Ste­wart a ga­gné deux des quatre Grands Prix de France dis­pu­tés à Charade.

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