À vingt ans, trente-deux mois de pri­son

Une jeune Vier­zon­naise condam­née pour vol ag­gra­vé avec vio­lence

Le Berry Républicain - - Cher Faits Divers-société -

Avec son cou­sin mi­neur, elle a bra­qué deux couples de per­sonnes âgées, un ami et com­mis aus­si des vols à l’ar­ra­ché dé­jà ju­gés. Elle a « fê­té » ses 20 ans en pri­son.

Elle a dé­jà chif­fon­né ses dix­neuf ans et, le 5 dé­cembre der­nier, ses vingt ans, en dé­ten­tion pro­vi­soire dans le quar­tier des femmes de la mai­son d’ar­rêt du Bor­diot, à Bourges. Des bar­reaux en guise de bou­gies, Mi­na (*) n’en rê­vait sû­re­ment pas. Hier soir, le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Bourges l’a condam­née à trois ans de pri­son dont quatre mois avec sur­sis.

Deux couples bra­qués

Iro­nie de la condam­na­tion car c’est jus­te­ment en quatre mois, entre août et no­vembre 2017, avec son jeune cou­sin, mi­neur, qu’elle braque, à Vier­zon, deux couples de per­sonnes âgées et qu’elle dé­pouille un ami à elle. Elle com­met aus­si des vols à l’ar­ra­ché pour les­quels le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Bourges l’a dé­jà condam­née en sep­tembre der­nier.

Dans cette pa­ren­thèse in­fer­nale, elle brûle tout son ca­pi­tal de jeune fem­ me libre, elle dont le ca­sier ju­di­ciaire était vierge de toute condam­na­tion. Elle échappe sur­tout de peu à la cour d’as­sises, pour vol avec armes. Les faits, au dé­part cri­mi­nels, sont cor­rec­tion­na­li­sés en vol ag­gra­vé et ten­ta­tive de vol avec vio­lence.

Mi­na, vi­sage an­dro­gyne do­mi­né par une masse de che­veux bruns, re­garde, comme un té­moin, les faits dont elle était pour­tant l’ac­trice. Rien, dans ses pa­roles, pe­sées au gramme près, n’ex­plique cet ac­cès de vio­lence.

Sauf, peut­être, l’in­fluen­ ce no­cive de son cou­sin. Elle le dé­peint im­ma­ture. Est­elle mieux quand, en août, elle entre dans le sa­lon d’un couple de per­sonnes âgées pour y trou­ver de l’ar­gent ou de l’or ?

Il est tôt, 7 h 30, ce ma­tin du 25 août 2017. Elle a dans les yeux une nuit blanche par­ta­gée avec son cou­sin, sur fond d’al­cool et de joints. Une dame de 87 ans, pra­ti­que­ment sa voi­sine, s’in­quiète de voir quel­qu’un qu’elle ne connaît pas chez elle. Son jeune cou­sin bous­cule l’oc­to­gé­naire, elle tombe à terre. Il lui braque une arme sur la tempe et… les deux com­plices partent les mains vides.

Une de­mi­heure plus tard, ils re­mettent ça, un peu plus loin, chez un autre couple de per­sonnes âgées. Ils entrent dans la chambre. La chienne aboie. « Tout part en vrille », ex­plique­t­elle, tou­jours aus­si éco­nome de mots. La dame ouvre la porte de sa chambre et tombe nez à nez avec deux in­trus, ha­billés en noir, ca­gou­lés. Le cou­sin sort son arme. Il bous­cule la dame, qui se cogne la tête. Et ils s’en­fuient. Les poches tou­jours aus­si vides. Trois mois plus tard, ils re­com­mencent. Chez un ami de Mi­na, cette fois. Ils em­portent ses vê­te­ments. Elle est ar­mée d’un poing amé­ri­cain et ses che­veux dis­pa­raissent sous une cas­quette blanche, cette fois.

« Je fai­sais n’im­porte quoi, avec n’im­porte qui », lance­t­elle. Elle tourne le dos à sa fa­mille, as­sise sur les bancs du pu­blic, sa mère, son frère. Puis elle éclate en san­glots. Elle tente d’amor­tir les faits, mais elle sait – son avo­cate l’aide d’ailleurs à ac­cou­cher des mots qu’elle doit pro­non­cer – qu’elle a par­ti­ci­pé à des faits vio­lents.

Me Cou­derc dé­fend les vic­times. « Ci­bler des per­sonnes âgées, c’est un choix, les faits sont gra­vis­simes. » À tel point que le par­quet re­quiert trois ans de pri­son ferme. « Des choix in­di­vi­duels ont été faits. On ne peut pas faire de la pré­ve­nue la ma­rion­nette de son cou­sin. »

Me De­bord n’a pas la même lec­ture de cette his­toire, ni la même ap­proche de la per­son­na­li­té de Mi­na qu’elle dé­fend. L’élève en pre­mière an­née de bac pro agri­cul­ture et hor­ti­cul­ture n’est pas cette jeune femme froide du box des pré­ve­nus. « Elle a une vraie pré­oc­cu­pa­tion des vic­times, elle ne sup­porte pas les images que ce­la lui ren­voie. »

La pri­son, quand on a vingt ans, ce n’est pas une simple « lo­gique arith­mé­tique », comme l’a dit le par­quet en re­qué­rant trois ans de pri­son car Mi­na en ris­quait dix.

Elle ne sor­ti­ra pas non plus de­main. Le tri­bu­nal l’a condam­née à trois ans dont quatre mois ferme. Elle a dé­jà exé­cu­té douze mois de dé­ten­tion pro­vi­soire. Elle est aus­si in­ter­dite de sé­jour­ner à Vier­zon pen­dant trois ans.

(*) Le pré­nom a été chan­gé. Nous ne pou­vons pas don­ner des élé­ments qui per­met­traient d’iden­ti­fier un mi­neur au­teur d’une in­frac­tion, ici le cou­sin de la pré­ve­nue.

« Ci­bler des per­sonnes âgées, c’est un choix, les faits sont gra­vis­simes »

JUS­TICE.Une Vier­zon­naise condam­née à de la pri­son ferme.

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