Bat­tue et hu­mi­liée, Ma­rie re­vit après 17 ans d’en­fer conju­gal

Frap­pée et hu­mi­liée, Ma­rie a vé­cu l’en­fer pen­dant 17 ans. Pour don­ner du cou­rage aux femmes bat­tues, elle té­moigne.

Le Bessin Libre - - Societe - Va­len­tin Bi­ret

Sou­rire aux lèvres, Ma­rie, Man­choise 54 ans, est pour­tant re­ve­nu de loin. Son his­toire, c’est celle d’une femme bat­tue et hu­mi­liée, qui a com­men­cé une nou­velle vie à 35 ans après plu­sieurs ten­ta­tives de sui­cides. Cer­taines femmes s’y re­con­naî­tront sans doute. Pour les ai­der à s’en sor­tir, Ma­rie a dé­ci­dé de té­moi­gner.

“J’étais sa femme et je n’avais le droit de rien dire”

Elle ren­contre son ma­ri à 18 ans, et tout va très vite. Un pre­mier en­fant, un ma­riage. Mais pe­tit à pe­tit, leur re­la­tion se dé­grade à me­sure que la vio­lence, d’abord ver­bale, s’ins­talle. “J’étais sa femme et je n’avais le droit de rien dire”. Ma­rie est mal­me­née, bous­cu­lée, se de­mande en per­ma­nence ce qu’elle a mal fait et ce qui va lui tom­ber des­sus. A la nais­sance de son 2e en­fant, un autre pa­lier est fran­chi. “Il a com­men­cé à les frap­per, pour un oui ou pour un non”. Sa fille garde en­core des sé­quelles d’avoir été se­couée quand elle pleu­rait, après seule­ment quelques mois de vie. Pu­dique, Ma­rie cherche ses mots, mais quand ils se dé­cident à sor­tir, ils vous glacent le sang. “J’ai tou­jours eu le sou­rire, mais quand même, j’ai failli me sui­ci­der. Puis je me suis dit” non, il y a mes en­fants“”. Sou­vent, Ma­rie se ré­fu­gie aux toi­lettes pour pleu­rer. Elle vit dans la peur. “Un jour, il m’a lan­cé une grosse scie à bois : si je ne m’étais pas re­cu­lée, j’au­rais eu les jambes cou­pées”, ra­conte la Man­choise. Un autre jour, son ma­ri lance un cou­teau sur la table avec ces mots: “Si tu as en­vie d’en fi­nir…”

Pous­sée à avor­ter, elle ac­couche seule

Hu­mi­liée, ra­bais­sée, Ma­rie est aus­si trom­pée. “A la nais­sance de mon 3e en­fant, il n’était pas là. C’est là que j’ai com­pris”. Les mots de sa belle-mère, au re­tour de la ma­ter­ni­té, res­tent gra­vés dans sa mé­moire : “Tu peux en­core faire dis­pa­raître le bé­bé”. Un des­tin que connaî­tra sa fille des an­nées plus tard, quand son père a vou­lu, elle aus­si, la faire avor­ter. A l’ex­té­rieur, le couple garde les ap­pa­rences. “Il fal­lait que je sois ma­quillée, que j’aille chez l’es­thé­ti­cienne, mais les gens voyaient bien que j’avais du mal à mar­cher”. Le dé­clic se fait en 1999. “Je suis al­lée voir mes pa­rents et je leur ai tout dit”. Avo­cat, al­lo­ca­tions, achat d’une voi­ture, banque, ap­par­te­ment… Ma­rie or­ga­nise mé­ti­cu­leu­se­ment son dé­part. “Comme ma belle-mère m’es­pion­nait, j’ai mis mes af­faires dans des sacs-pou­belles”. Elle part le 31 dé­cembre 1999. “Je vou­lais qu’il se sou­vienne de cette date chaque an­née”. Chan­tage, ap­pels à son tra­vail, in­ti­mi­da­tion: le ma­ni­pu­la­teur abat toutes ses cartes, mais Ma­rie tient bon. Les ré­tro­vi­seurs cas­sés et les ten­ta­tives d’in­ter­ne­ment pour ré­cu­pé­rer la garde des en­fants res­te­ront vains. Pour­tant, comme la plu­part des vic­times, Ma­rie conti­nue de culpa­bi­li­ser, et fait une deuxième ten­ta­tive de sui­cide. “J’ai été hos­pi­ta­li­sée : c’est là que j’ai connu mon se­cond ma­ri”. Une lu- mière au bout du tun­nel. Tra­vail, ap­par­te­ment : Ma­rie en­voie tout val­ser pour re­faire sa vie. Sa foi et sa dé­ter­mi­na­tion l’ont sans doute sau­vé. “Je me suis tou­jours dit que j’al­lais m’en sor­tir”. Les gen­darmes, son prêtre, son père… Dans son mal­heur, Ma­rie a eu la chance de croi­ser quelques anges gar­diens. Au­jourd’hui, elle n’a plus peur, même si les bouf­fées d’an­goisses et les cau­che­mars viennent en­core la han­ter. “Par­fois, j’ai en­core du mal à mar­cher”, avoue Ma­rie, dont le corps garde en mé­moire 17 ans d’an­goisse. Humble, elle me­sure pour­tant le che­min par­cou­ru. “Je l’ai fait pour mes en­fants, j’ai vou­lu que ma der­nière ne soit pas vic­time elle aus­si. J’es­père qu’elle est fière de moi…”

Pra­tique. * Pré­nom d’em­prunt

Femme bat­tue et hu­mi­lié, Ma­rie* a vé­cu l’en­fer pen­dant 17 ans. Re­ve­nue de loin après plu­sieurs ten­ta­tives de sui­cide, elle ra­conte.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.