Pro­me­nade in­so­lite : la grange à mo­tos

En plein Bes­sin, une grange à mo­tos an­ciennes trans­for­mée en mi­ni mu­sée. C’est chez Phi­lippe, l’homme-mo­to.

Le Bocage Libre - - Decouverte - Alain Fergent

Il a pas­sé sa vie à ac­com­pa­gner les ac­ci­den­tés de la vie. Pa­tron pen­dant une ving­taine d’an­nées de l’Ins­ti­tut d’Edu­ca­tion Mo­trice d’Hé­rou­ville-Saint-Clair, l’IEM, dans la ban­lieue de Caen, Phi­lippe Sau­vage, 66 ans, barbe de quelques jours, y a pui­sé de for­mi­dables res­sources pour voir la vie au­tre­ment.

Mo­tos et juke box

L’IEM ac­cueille une pe­tite cen­taine de pen­sion­naires âgés de 4 à 20 ans, tous han­di­ca­pés phy­siques. “Au­près d’eux, on re­la­ti­vise les pe­tits tra­cas du quo­ti­dien. Ils vous donnent une force de vie ex­cep­tion­nelle”. Et de forces, Phi­lippe, tout jeune re­trai­té, n’en manque pas. En plein Bes­sin, dans la jo­lie cam­pagne des en­vi­rons de Bayeux, il a re­ta­pé sa belle mai­son de pierre et la grange at­te­nante dont il a fait un pe­tit mu­sée qui abrite ses tré­sors, une bonne quin­zaine de mo­tos an­ciennes dont cer­taines réparées aux pe­tits oi­gnons et d’autres res­tées dans leur jus. La grange à mo­tos au dé­cor vin­tage est celle où le pas­sion­né de mé­ca­nique re­çoit ses amis qui par­tagent avec lui le plai­sir d’en­four­cher ces vieilles bé­canes d’un autre temps. Au­tour de la table à man­ger et des mo­tos, un juke box, un flip­per et une table de billard... tout pour être heu­reux entre co­pains. “J’ai dé­cou­vert la mo­to à 18 ans, quand j’ai eu mon per­mis de conduire. Au­pa­ra­vant, je rou­lais en So­lex ou en Mo­to­bé­cane. Les deux-roues, j’ai tou­jours ai­mé ce­la”. Com­ment ex­pli­quer cette pas­sion ? “Pour ce qui concerne la mo­to, il y a d’abord la sen­sa­tion d’une grande li­ber­té, et peut-être der­rière tout ce­la un peu d’adré­na­line et l’idée de pou­voir do­mi­ner le risque en pi­lo­tant de tels en­gins”. Le risque, pré­ci­sé­ment, Phi­lippe a fi­ni de jouer avec. “J’ai dé­lais­sé les mo­tos mo­dernes, celles qui peuvent at­teindre 200 km/h en quelques se­condes, pour les an­ciennes. Je suis rai­son­nable et je fais très at­ten­tion sur la route. Quand je vois la fa­çon dont cer­tains mo­tards se com­portent, je me dis qu’ils ont per­du des neu­rones ! Moi, ce qui m’in­té­resse, c’est de pou­voir re­trou­ver des en­gins ex­cep­tion­nels parce qu’ils sont très rares ou parce que peu de gens les connaissent”.

Le châ­teau mo­tos

Avec Do­mi­nique sa com­pagne elle aus­si mo­tarde et qui fait le “singe” quand il pi­lote son side-car, il écume les ras­sem­ble­ments de deux-roues et les pe­tites an­nonces dans les jour­naux spé­cia­li­sés. In­ter­net aus­si lui sert pour dé­ni­cher des pièces dé­ta­chées dont il a be­soin pour ses res­tau­ra­tions.

Dans sa grange, une mo­to est res­tée dans son jus, c’est l’une de ses pré­fé­rées, une an­cienne qu’un sol­dat al­le­mand a aban­don­née dans un fos­sé à la Li­bé­ra­tion. “Je l’ai ré­cu­pé­rée dans son jus. Je n’y ai pas tou­ché”. Il y a aus­si cette Ter­rot de 1930 avec la­quelle il roule ré­gu­liè­re­ment. La plu­part de ces mo­tos sont d’avant-guerre, un temps que Ro­mane, l’une de ses pe­tites filles, n’a évi­dem­ment pas connue. Elle ap­pelle la mai­son de Pa­py la “mai­son des mo­tos”. C’est comme un châ­teau de prin­cesse dont les car­rosses au­raient deux roues.

Dans le Bes­sin, Phi­lippe est comme dans son royaume : à l’abri des re­gards, sa grange à mo­tos, presque un châ­teau...

Pra­tique. Ré­tro Fes­ti­val au­to et mo­to de Caen, 30 juin et 1er juillet, à l’Hip­po­drome de Caen.

Phi­lippe Sau­vage, 66 ans, se pas­sionne pour les mo­tos an­ciennes d’avant-guerre. Dans le Bes­sin, il a re­ta­pé une an­cienne grange pour en faire son pe­tit mu­sée per­son­nel em­pli d’une quin­zaine de mo­dèles, dont une Ter­rot de 1930, sa mo­to au quo­ti­dien !...

La mo­to d’un sol­dat al­le­mand ré­cu­pé­rée dans un fos­sé !

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