Voi­ci les nou­veaux “monstres” ma­rins made in Cher­bourg

Le Suf­fren est le pre­mier des six sous­ma­rins Bar­ra­cu­da, nou­velle classe de notre dis­sua­sion nu­cléaire.

Le Bocage Libre - - Actualite - Jean Riou­fol

Ce­la fai­sait plus de cinq ans que la Di­rec­tion gé­né­rale de l’ar­me­ment (DGA) n’avait plus ou­vert les portes de Na­val Group - ex-DCNS, de­puis 2017 - aus­si lar­ge­ment à la presse, mer­cre­di 28 no­vembre, au sein du chan­tier cher­bour­geois qui tra­vaille ac­tuel­le­ment sur le pro­gramme Bar­ra­cu­da.

Au coeur des 50 hec­tares du site de l’ar­se­nal, c’est une pe­tite ville, hau­te­ment sur­veillée, qui tourne en per­ma­nence, afin de li­vrer l’es­sen­tiel de son ac­ti­vi­té dans les dé­lais : les six sous-ma­rins nu­cléaires d’at­taque (SNA) de la classe Bar­ra­cu­da. “Ce pro­gramme, lan­cé en 1998, vient pour suc­cé­der à la classe des six Ru­bis, mis en ser­vice au dé­but des an­nées 1980”, rap­pelle Alain Morvan, di­rec­teur du site de Cher­bourg et res­pon­sable de la branche sous-ma­rins de Na­val Group de­puis quatre ans.

4e gé­né­ra­tion de sous-ma­rins nu­cléaires

La com­mande pour le pre­mier des six SNA, le Suf­fren, a été pas­sée en dé­cembre 2006. Pré­vue pour une li­vrai­son à la Ma­rine en 2017, le chan­tier a ac­cu­mu­lé trois an­nées de re­tard. “C’est une aven­ture hu­maine et in­dus­trielle”, jus­ti­fie Vincent Mar­ti­not-La­garde, di­rec­teur du pro­gramme Bar­ra­cu­da.

Cette gamme de Bar­ra­cu­da, la qua­trième gé­né­ra­tion de sous-ma­rins nu­cléaires, ar­rive à point nom­mé “dans le contexte in­ter­na­tio­nal et la lutte contre le ter­ro­risme”, ex­plique Alain Morvan. Tan­dis que des pays dits “his­to­riques” dans la fa­bri­ca­tion des sous-ma­rins pour­suivent leur mo­der­ni­sa­tion - Chine, EtatsU­nis, Grande-Bre­tagne et Rus­sie -, de nou­veaux ac­teurs océa­niques émergent, avec l’Inde, l’Aus­tra­lie et le Bré­sil, qui ont d’ailleurs pas­sé de gros contrats avec le groupe in­dus­triel fran­çais.

Dans ce contexte stra­té­gique, “le SNA Bar­ra­cu­da va de­ve­nir un ins­tru­ment de puis­sance et un na­vire de com­bat au meilleur stan­dard opé­ra­tion­nel”, in­diquent les res­pon­sables cher­bour­geois de Na­val Group. “Il s’agit à la fois d’as­su­rer les mis­sions ac­tuel­le­ment dé­vo­lues aux sous­ma­rins de type Ru­bis : le sou­tien à la dis­sua­sion, avec une maî­trise des es­paces aé­ro­ma­ri­times, en par­ti­cu­lier dans le do­maine de la dé­tec­tion sous-ma­rine. Le Bar­ra­cu­da doit être en me­sure de conser­ver l’avan­tage acous­tique face à ses fu­turs ad­ver­saires, qu’ils soient nu­cléaires ou non. Il s’agit de ga­ran­tir l’in­vul­né­ra­bi­li­té des sous-ma­rins nu­cléaires lan­ceurs d’en­gins (SNLE), dans nos ap­proches ma­ri­times, mais aus­si d’as­su­rer la li­ber­té d’ac­tion de nos forces de pro­jec­tion, no­tam­ment en zone lit­to­rale”.

700 000 pièces, 2 000 tra­vailleurs

Les points forts des Bar­ra­cu­da, longs de 99 mètres, doivent ré­si­der dans les mis­sions de re­cueil dis­cret de ren­sei­gne­ments et, grâce à de nou­velles ca­pa­ci­tés, de frap­per dans la pro­fon­deur, et per­mettre la pro­jec­tion de forces spé­ciales, avec une mise en oeuvre dis­crète de na­geurs.

Si du re­tard a été pris dans la construc­tion du Suf­fren et de sa li­vrai­son, c’est en rai­son de sa nou­veau­té, c’est une grande pre­mière pour le groupe in­dus­triel. Des er­reurs ont été cor­ri­gées. De plus, ces na­vires sont de vé­ri­tables concen­trés de tech­no­lo­gie. Ils sont fa­bri­qués avec pas moins de 700 000 pièces ! L’as­sem­blage est donc ti­ta­nesque, tout comme les 70 000 ap­pa­reils fonc­tion­nels, les 17 000 tron­çons de tuyau­tage, les 160 ki­lo­mètres de câbles... Pour réa­li­ser cet ou­vrage, 2 000 per­sonnes, dont 500 sous-trai­tants, tra­vaillent en 3x8 heures. “Na­val Group, c’est 13 000 sa­la­riés sur les dix sites du groupe, dont 2 480 à Cher­bourg, aux­quels s’ajoutent 1 100 per­sonnes d’en­tre­prises par­te­naires”, dé­taille Alain Morvan. “De­puis 2017, pour ce pro­gramme, nous em­bau­chons 300 per­sonnes par an. Ce se­ra le rythme au moins jus­qu’en 2020”, se ré­jouit ce­lui qui voit ar­ri­ver des pro­fils d’ho­ri­zons bien di­vers. “Il y a des re­con­ver­sions éton­nantes. Nous avons la res­pon­sable d’un centre équestre, une coif­feuse, ou en­core un pa­ra­chu­tiste qui sont de­ve­nus sou­deurs”, glisse le pa­tron. Pour la réa­li­sa­tion de ces SNA, 400 com­pé­tences sont né­ces­saires. “Et nous avons 120 ap­pren­tis sur le site, de Bac+2 à Bac+5. Le com­pa­gnon­nage est éga­le­ment im­por­tant”, ajoute Alain Morvan. Au­pa­ra­vant di­rec­teur de la cen­trale EDF à Fla­man­ville, le pa­tron ap­pré­cie les dis­po­si­tifs mis en place par les dif­fé­rents ac­teurs lo­caux, afin de fa­vo­ri­ser ces pas­se­relles entre en­tre­prises, et les re­con­ver­sions. Le pro­gramme Bar­ra­cu­da en­gage par ailleurs les forces sous-ma­rines fran­çaises au moins jus­qu’en 2062, an­née de re­trait du ser­vice ac­tif. Au de­là de la fa­bri­ca­tion, il y au­ra bien en­ten­du la main­te­nance, puis la dé­cons­truc­tion de ces sous-ma­rins. Le Suf­fren, qui se­ra mis à l’eau à l’été 2019 pour des tests gran­deur na­ture dans la forme Ca­chin - le port mi­li­taire de Cher­bourg, zone de dé­fense hau­te­ment sen­sible - se­ra donc li­vré en 2020.

Le nu­mé­ro 2, le Du­guay-Trouin et le nu­mé­ro 3, le Tour­ville, sont éga­le­ment au coeur de l’ate­lier Lau­beuf. Dans cet es­pace de tra­vail, haut de 52 mètres, il se­rait pos­sible de faire ren­trer pas moins de dix Arc de Triomphe... Avec le De Grasse, nu­mé­ro 4 de la sé­rie, ils doivent être li­vrés sur la pé­riode de Loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire, pro­mul­guée le 13 juillet 2018, dans le cré­neau 2019-2025. Le Cin­quième, le Ru­bis, a été com­man­dé cette an­née et le der­nier, le Ca­sa­bian­ca, se­ra com­man­dé l’an pro­chain. Il est d’ailleurs ins­crit dans le pro­jet de loi de fi­nances 2019.

Ces Bar­ra­cu­da ont été conçus pour ac­cueillir un équi­page de 63 per­sonnes, dont 12 of­fi­ciers. La pos­si­bi­li­té d’ac­cueillir un équi­page mixte a été prise en compte dans les études, avec une ha­bi­ta­bi­li­té amé­lio­rée par rap­port aux SNA de type Ru­bis. Les sous-ma­ri­niers dis­po­se­ront de chambres al­lant de quatre à six cou­chages, et des sa­ni­taires sup­plé­men­taires. “Nous ne sa­vons pas en­core si des femmes fe­ront par­tie de l’équi­page”, pré­vient Vincent Tri­fot, ca­pi­taine de fré­gate. “Ce­la doit être tran­ché au prin­temps”. Sur les Ru­bis, l’au­to­no­mie était de 45 jours, avant d’en­ta­mer les por­tions de com­bat. “Là, on pas­se­ra à 70 jours. La nour­ri­ture, c’est le point cru­cial”, con­clut Alain Morvan.

Le Suf­fren, en construc­tion au coeur du chan­tier Lau­beuf à Na­val Group, sur le site de Cher­bourg, est le pre­mier des six sous-ma­rins nu­cléaires d’at­taque qui doit être li­vré à la Ma­rine en 2020.

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