30 ans d’em­maüs : C. Lic­te­vout se sou­vient

Fon­da­teur de la com­mu­nau­té Em­maüs de Gla­geon, Charles Lic­te­vout re­vient sur sa créa­tion, son fonc­tion­ne­ment, les sa­cri­fices... et se sou­vient avec émo­tion de la vi­site de l’ab­bé Pierre.

Le Courrier de Fourmies - - LA UNE - So­phie Ra­bot

C’est le 1er jan­vier 1984, il y a trente ans, que la com­mu­nau­té Em­maüs de Gla­geon a ou­vert ses portes. A l’ori­gine de sa créa­tion, Charles Lic­te­vout. A l’époque, il avait 48 ans. « J’étais à l’époque di­rec­teur de la co­opé­ra­tive agri­cole de Four­mies. J’en avais marre. Je suis par­ti », ex­plique-t-il. Il de­vient alors re­pré­sen­tant en ali­men­ta­tion pour bé­tail. Un jour, il doit se rendre à Lille pour une réu­nion. Mais sur la route, il dé­cide de s’ar­rê­ter à la com­mu­nau­té Em­maüs ins­tal­lée à Fon­taine-Notre-Dame (près de Cam­brai). « Fi­na­le­ment, j’y ai pas­sé la jour­née. et, en par­tant, je me suis dit, c’est ce qu’il me faut ». Son col­lègue de Cam­brai lui pro­pose de le

« Moi, j’avais tout ce qu’il me fal­lait. J’ai vou­lu faire quelque chose pour les autres. » CHARLES LIC­TE­VOUT FON­DA­TEUR DE LA COM­MU­NAU­TÉ EM­MAÜS DE GLA­GEON

for­mer. « Et, par chance, j’ai ren­con­tré un cu­ré. Il ve­nait de

Sars-Po­te­ries ». Il al­lait ré­gu­liè­re­ment à la com­mu­nau­té cher­cher des af­faires pour

en­voyer en Afrique. « Je lui ai par­lé de mon pro­jet. Il m’a alors dit qu’il avait un ami, pro­prié­taire de l’usine du Mou­lin à Gla­geon et qu’il la ven­dait ». Un pre­mier ren­dez-vous est pris, une vi­site or­ga­ni­sée. « Quand je m’y suis pro­me­né, je me suis dit que ça de­vait coû­ter les yeux de la tête ». Le pro­prié­taire lui pro­po­sait à 400 000 fr avec les quatre mai­sons. Mai­sons qu’il au­rait pu vendre en­suite, à condition de réunir l’ar­gent. « Mon ami de Cam­brai m’a alors don­né 500 000 fr ». A l’époque, « la com­mu­nau­té en place ai­dait les autres ». Charles Lic­te­vout crée alors un co­mi­té d’ad­mi­nis­tra­tion com­po­sé de per­sonnes es­sen­tiel­le­ment is­sues du Se­cours ca­tho­lique. « Avec ce co­mi­té, nous avons concré­ti­sé l’achat de l’usine » . La com­mu­nau­té ouvre. Les pre­miers com­pa­gnons peuvent alors l’in­té­grer. « La pre­mière chose que l’on a faite, nous avions des lits de ré­cu­pé­ra­tion. On les a re­ta­pés et ins­tal­lés. On se chauf­fait comme on pou­vait avec du bois, les bé­né­voles se char­geaient d’al­ler cher­cher l’ali­men­ta­tion ». Charles Lic­te­vout a beau­coup sa­cri­fié les pre­miers mois pour la com­mu­nau­té qu’il di­ri­geait. « Pour m’as­su­rer de la bonne mise en place et de son bon fonc­tion­ne­ment, je lo­geais avec les com­pa­gnons. Ils ve­naient man­ger chez moi. Je vou­lais que ça réus­sisse. Alors je ne comp­tais pas mes heures ». Et quand il n’était pas sur place, il était tou­jours pré­sent pour les ur­gences. Au dé­but, ils étaient à peine 10, puis ra­pi­de­ment 25. « A un mo­ment, nous étions plus de 50 », note-t-il. Mais pour fonc­tion­ner, il fal­lait lan­cer une ac­ti­vi­té. ils viennent de la ré­gion, quel­que­fois de très loin, par­fois même de l’étran­ger. Ils ar­rivent comme ça, avec leur pas­sé. On ne leur de­man­dait rien. Même pas leurs pa­piers. Mais pour in­té­grer la com­mu­nau­té, il fal­lait qu’ils se plient aux règles ». Charles Lic­te­vout re­con­naît : « Certes, on a par­fois de drôles de per­son­nages. Mais en gé­né­ral, ce ne sont pas des fai­néants puis­qu’ils viennent tra­vailler pour quatre sous ». La com­mu­nau­té, Charles Lic­te­vout l’a di­ri­gée pen­dant 12 ans, avant de prendre sa re­traite. « C’était une belle ex­pé­rience pour ter­mi­ner une car­rière pro­fes­sion­nelle. C’était pas- sion­nant mais épui­sant et très pre­nant. Mais c’est moi qui l’ai vou­lu. J’avais tout ce qu’il me fal­lait. Je vou­lais faire quelque chose pour les autres ». Et de conclure : « J’ai tra­vaillé dans 16 en­tre­prises dans ma vie. Mais c’est un des mé­tiers qui m’a plu le plus. Parce que l’on sert à quelque chose ». « L’ab­bé Del­saux m’avait prê­té de l’ar­gent pour ache­ter un ca­mion. C’est comme ça que nous avons com­men­cé à ré­cu­pé­rer du car­ton, de la fer­raille, des meubles... nous avons ou­vert une salle de vente qui s’est ra­pi­de­ment dé­ve­lop­pée. Nous sommes al­lés jus­qu’à 4 000 m2 de sur­face de vente, plus un han­gar où nous ex­po­sions des pièces, du ma­té­riel de bri­co­lage,... Nous avons com­men­cé tout dou­ce­ment et dif­fi­ci­le­ment », se sou­vient-il. « Mais nous avions as­sez d’ar­gent pour vivre, après quelques déboires ». Un jour en ef­fet, un des com­pa­gnons s’est sau­vé avec le ca­mion, qu’il a re­trou­vé à Aix-la-Cha­pelle. La com­mu­nau­té était or­ga­ni­sée. Cha­cun y avait sa tâche, se­lon ses com­pé­tences : me­nui­se­rie, ma­çon­ne­rie, rip­peur, conduc­teur... « L’in­té­rêt, c’est que ça leur donne un sta­tut. Ils re­prennent confiance en eux ». Ils de­vaient ac­cep­ter ces condi­tions et Charles Lic­te­vout y veillait avec beau­coup d’au­to­ri­té. « Le rôle d’Em­maüs, c’est ac­cueillir les lais­sés pour compte, qui ac­ceptent de tra­vailler pour peu, mais ils sont lo­gés, nour­ris, blan­chis. Ce n’était pas évident, à la fois pour eux, mais aus­si pour moi et les bé­né­voles. Il faut ai­mer les gens. Ils ar­rivent chez nous. Souvent

Mai 1985, l’ab­bé Pierre s’était ren­du à la com­mu­nau­té de Gla­geon.

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