Il a vio­len­té sa com­pagne et il té­moigne

Le Courrier de Fourmies - - SAMBRE-AVESNOIS -

50 ans en est ar­ri­vé là ? Paul l’ex­plique par « une accumulati­on des ten­sions dues à la vie com­mune. » Lui et sa com­pagne se connaissen­t de­puis dix ans. « Elle avait quatre en­fants, moi deux et on en a un en com­mun. Ils sont âgés de 25 à 8 ans. On s’est re­trou­vé à sept à la mai­son, puis on a ac­cueilli un beau gar­çon et une belle fille. Un des en­fants a eu un en­fant… On tra­vaillait tous les deux, cer­tains ma­jeurs ne tra­vaillaient pas. Tout ce­la a pro­vo­qué des ten­sions et des conflits au sein de notre couple. J’ai dé­ci­dé de par­tir vivre seul avec la garde al­ter­née du pe­tit der­nier. Ça a du­ré un an. Avec ma com­pagne, on s’est re­vu en jan­vier 2013, on se voyait le week-end et ça se pas­sait bien. Le 1er avril, on pre­nait l’apé­ro en­semble. On a évo­qué les re­la­tions qu’on avait eues cha­cun de notre cô­té pen­dant notre sé­pa­ra­tion. » C’est là que ça a dé­ra­pé. Pla­cé en garde à vue, l’homme a été pla­cé sous contrôle ju­di­ciaire en at­ten­dant le ju­ge­ment du 3 mai. « J’avais pour in­ter­dic­tion de voir ma com­pagne et une obli­ga­tion de soins pour l’al­cool. » Lors­qu’on lui de­mande s’il a des pro­blèmes avec l’al­cool, Paul ré­pond par la né­ga­tive. « Je bois oc­ca­sion­nel­le­ment, mais ja­mais à ou­trance. C’est vrai que le soir des faits j’étais al­coo­li­sé. Mais au­jourd’hui en­core je suis sui­vi, et mon taux de gam­ma est nor­mal. » Dès son pla­ce­ment sous contrôle ju­di­ciaire, Paul a été sui­vi par l’AJAR d’abord dans le cadre d’une en­quête so­ciale ra­pide. Là, il a dû ren­con­trer une mé­dia­trice une fois par se­maine pour rendre compte de ses obli­ga­tions. « Je suis tom­bé sur quel­qu’un de très ou­vert, très à l’écoute, qui n’a pas por­té de ju­ge­ment » , ex­plique-t-il.

“Une re­la­tion de confiance s’est ins­tal­lée”

Une fois le ju­ge­ment don­né, Paul a pour­sui­vi ses en­tre­tiens avec la même mé­dia­trice. Au­jourd’hui, il la voit une fois par mois et ce jus­qu’à la fin de sa mise à l’épreuve. Tou­jours pour lui rendre compte de ses obli­ga­tions mais aus­si pour par­ler. « Je n’ai pas eu de dif­fi­cul­té à me li­vrer. Même si je ne me sou­viens plus de mon geste, je sais que j’ai fait un acte que je dois as­su­mer. Je dis les choses telles qu’elles sont. Je suis obli­gé de vivre avec. » En plus de son sui­vi avec la mé­dia­trice de l’AJAR, Paul ren­contre une psy­cho­logue. Mais avec son in­ter­lo­cu­trice de l’AJAR, « on aborde des su­jets qui sont to­ta­le­ment dif­fé­rents. Je lui dis tout. Une re­la­tion de confiance s’est ins­tal­lée. Au dé­but, les séances étaient longues. Main­te­nant, elles se sont rac­cour­cies. Je fais tout ce qu’on me de­mande de faire. »

“J’ai un énorme sou­tien de ma com­pagne […] Elle n’ou­blie pas, mais elle m’a par­don­né”

Et la conjointe de Paul dans tout ça ? « Elle n’a pas por­té plainte. Au com­mis­sa­riat, on l’a pous­sé à le faire, mais elle ne le sou­hai­tait pas. Après le ju­ge­ment, nous nous sommes re­vus. Elle est au cou­rant de tout mon sui­vi. On en parle beau­coup. C’est elle qui m’a beau­coup ai­dé mal­gré ce geste. Elle est at­ten­tive. Ça m’a beau­coup ai­dé à sur­mon­ter le cap. Les pro­blèmes d’avant sont ré­glés. » Ai­dé par la mé­dia­trice de l’AJAR, Paul semble avoir pris conscience que « le dia­logue est la clé. Au­jourd’hui, on aborde les su­jets dif­fé­rem­ment. Quand l’un de nous hausse le ton, il va faire un tour. On at­tend que ça re­des­cende pour abor­der le su­jet au­tre­ment. » De­puis six mois d’ailleurs, Paul et sa com­pagne vivent à nou­veau en­semble. Pour­tant, l’un comme l’autre n’a pas ef­fa­cé ce qu’il s’est pas­sé : « Au­jourd’hui je me sens bien, mais ce genre d’acte, on y pense tous les jours. La mé­dia­trice et la psy­cho­logue m’aident à voir les choses dif­fé­rem­ment. » Sur pro­po­si­tion de l’AJAR, mais sur la base du vo­lon­ta­riat, Paul s’est ins­crit à un stage de conjugalit­é. Ce­lui-ci est pro­po­sé aux hommes vio­lents ou qui l’ont été. Il dure six se­maines à rai­son d’une séance de 2 h 30 par se­maine. « J’ai as­sis­té à la pre­mière séance mar­di der­nier. C’est en­ca­dré par deux édu­ca­trices de l’AJAR. C’est bé­né­fique. Je me rends compte que je ne suis pas seul. Là, on voit bien que les pro­blèmes de couple peuvent vite bas­cu­ler dans la vio­lence. Dans ce stage, je veux par­ler de mon ex­pé­rience, mon­trer que la so­lu­tion c’est le dia­logue et le par­tage, pas un acte qui fou tout en l’air. » Il ter­mine : « J’ai un énorme sou­tien de ma com­pagne et j’ai cette chance qu’elle soit re­ve­nue. Elle n’ou­blie pas, mais elle m’a par­don­né. »

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