Mare Nos­trum

Le Courrier de Fourmies - - REPÈRES -

Cent dix mille en 2014, entre vingt-cinq et trente-cinq mille de­puis le 1er jan­vier — dont plus de quinze cents sont morts noyés — rien ne semble pou­voir ar­rê­ter le flux des mi­grants quit­tant les côtes li­byennes pour l’Ita­lie. Le drame du week-end der­nier — pro­ba­ble­ment huit cents morts lors d’un cha­vi­rage — illustre à la fois une ter­rible im­puis­sance et l’ina­ni­té des po­li­tiques seule­ment ré­pres­sives, sur­tout à l’échelle d’un seul pays. «L’Ita­lie­ne­peu­tê­tre­lais­sée­seule» face aux vagues quo­ti­diennes d’im­mi­grants, a dit Mat­teo Ren­zi ; il a évi­dem­ment rai­son. Avec l’opé­ra­tion Ma­reNos­trum, elle sup­por­tait le coût de nom­breux sau­ve­tages, même loin de ses côtes ; on a pen­sé que ce­la ne pou­vait qu’en­cou­ra­ger les can­di­dats au dé­part et l’Eu­rope a pris le re­lais avec Tri­ton, qui se li­mite à une sur­veillance cô­tière dans une zone de 30 milles nau­tiques. On voit le ré­sul­tat. Quoi­qu’en disent les ex­perts du Ca­fé du Com­merce et autres spé­cia­listes de so­lu­tions soi-di­sant ra­di­cales, il est stric­te­ment im­pos­sible de dresser un mur in­fran­chis­sable tout au long des mil­liers de ki­lo­mètres de fron­tières et de côtes eu­ro­péennes. Rien n’ar­rête des hommes et des femmes prêts à ris­quer leur vie pour échap­per à leur condi­tion, par­fois à une mort en­core plus pro­bable dans leur pays et à l’ab­sence de tout es­poir d’une vie meilleure. Dès lors, que peut-on faire ? D’abord ces­ser de se mettre la tête dans le sac. L’ab­sence d’Etat en Li­bye, la guerre en Sy­rie ou en Ery­thrée sont pour beau­coup dans l’af­flux de mi­grants ; ce n’est pas en re­non­çant à sta­bi­li­ser cette ré­gion du monde que les Oc­ci­den­taux — pas seule­ment les Eu­ro­péens — se pro­té­ge­ront de l’im­mi­gra­tion clan­des­tine et du ter­ro­risme. En­suite, face au constat d’échec, il va bien fal­loir es­sayer autre chose : des cher­cheurs pro­posent, par exemple, d’ac­cor­der beau­coup plus de vi­sas, payants, pour contrer clan­des­ti­ni­té et pas­seurs, l’ar­gent per­met­tant de fi­nan­cer une lutte sans mer­ci contre le tra­vail au noir ; ce­la mé­ri­te­rait au moins ré­flexion. Mais quelle que soit la stra­té­gie re­te­nue, rien ne fonc­tion­ne­ra sans une po­li­tique européenne de l’im­mi­gra­tion. Au­jourd’hui, on est loin du compte, mais en l’ab­sence de co­opé­ra­tion au sein de l’Union, on conti­nue­ra à ali­men­ter le tra­vail clan­des­tin et à ra­mas­ser chaque mois des cen­taines de ca­davres dans les eaux ou sur les plages de Mé­di­ter­ra­née.

Par Jean-Pierre de Ker­raoul

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