BSH : « C’est pos­sible qu’un ta­ré se fasse ex­plo­ser à cô­té de toi »

Le maire de Jeumont et pré­sident de l’Ag­glo­mé­ra­tion Mau­beuge-Val de Sambre était au stade de France, ven­dre­di soir.

Le Courrier de Fourmies - - ATTENTATS DE PARIS - Meunier

Les jours passent de­puis les at­ten­tats de Pa­ris de ven­dre­di der­nier, mais l'émo­tion, elle, reste pal­pable. Le maire de Jeumont et pré­sident de l'ag­glo­mé­ra­tion Mau­beuge- Val de Sambre, Ben­ja­min Saint-Huile, est en­core pro­fon­dé­ment mar­qué par la nuit qu'il a pas­sée dans les rues de Saint-De­nis, le soir du drame. Là, ce n'est pas le po­li­tique qui parle. C'est l'homme. Au dé­part pour­tant, cette soi­rée de­vait être un mo­ment de fête puis­qu'il était pré­sent au Stade de France, avec sa com­pagne, pour as­sis­ter à la ren­contre entre la France et l'Al­le­magne. Près d'une heure avant le coup d'en­voi, il trouve une place pour ga­rer son vé­hi­cule. Ha­sard gla­çant, « mon vé­hi­cule était ga­ré à 30 mètres du res­tau­rant Mac Do­nalds » , dé­crit-il, le ton grave. C'est à cet en­droit que le troi­sième ter­ro­riste des at­ten­tats à Saint-De­nis fe­ra ex­plo­ser sa cein­ture d'ex­plo­sifs près de deux heures plus tard… Ben­ja­min Saint- Huile et sa com­pagne pé­nètrent à l'in­té­rieur du Stade de France. Le match com­mence et une pre­mière dé­fla­gra­tion est en­ten­due peu après le quart d'heure de jeu. Sur le mo­ment, il croit re­con­naître le bruit d'un pétard, comme ce­la se pro­duit par­fois dans un stade de football. Mais lors de la deuxième explosion, quelques mi­nutes plus tard, le doute laisse place à l'in­quié­tude. « Ça vibre dans le stade » , re­late-t-il. De sa place dans les tri­bunes du Stade de France, Ben­ja­min Saint-Huile a une bonne vi­si­bi­li­té de la tri­bune of­fi­cielle où se trouvent no­tam­ment le pré­sident de la Ré­pu­blique et plu­sieurs mi­nistres du gou­ver­ne­ment.

Une bonne vi­si­bi­li­té sur la tri­bune pré­si­den­tielle

« De­puis la deuxième explosion, le match ne m'in­té­resse plus et je passe mon temps à re­gar­der le pré­sident de la Ré­pu­blique. » Le Jeu­mon­tois prend conscience que quelque chose de grave est en train de se dé­rou­ler lorsque le ser­vice de sécurité s'ap­proche du Pré­sident. « Ils viennent une fois, puis deux, puis trois pour lui par­ler à l'oreille, consta­tet-il, Fran­çois Hol­lande, qui était alors très sou­riant, se ferme com­plè­te­ment. » Dans la fou­lée, la tri­bune of­fi­cielle est éva­cuée, avant que tous les per­son­nages po­li­tiques re­prennent leur place en tri­bune quelques mi­nutes plus tard. Sauf Fran­çois Hol­lande. A ce mo­ment, dans sa par­tie de tri­bunes, Ben­ja­min Sain­tHuile com­mence à en­tendre les pre- mières "ru­meurs". Sa place n'est pas trop éloi­gnée de la tri­bune of­fi­cielle et il bé­né­fi­cie donc d'un peu de ré­seau té­lé­pho­nique. « Un ami m'a alors en­voyé un mes­sage pour me dire de ne pas bouge r de ma place, m'in­for­mant qu'il y a eu des ex­plo­sions à l'ex­té­rieur du stade. » Sa com­pagne sou­haite quit­ter l'en­ceinte, il lui ré­pond qu'ils se­ront « plus en sécurité à l'in­té­rieur. » Le match se pour­suit, la mi-temps passe, la se­conde pé­riode re­prend, mais Ben­ja­min Saint-Huile n'a plus la tête au foot de­puis long­temps. « Je suis in­ca­pable de dire ce qu'il s'est pas­sé. » Plus la ren­contre avance, plus il ap­prend l'hor­reur des évé­ne­ments avec les fusillades à Pa­ris, au Ba­ta­clan… Et là, le Sam­brien re­con­naît avoir fait « l'er­reur » de par­tir cinq mi­nutes avant le coup de sif­flet fi­nal, afin d'évi­ter la foule du Stade de France. Comme lui, de nom­breux sup­por­ters ont ap­pris la ca­tas­trophe et la plaine du stade est dé­jà noire de monde. Son ob­jec­tif est de ré­cu­pé­rer au plus vite son vé­hi­cule. En che­min, il en­tend des in­for­ma­tions ter­ri­fiantes : « de ce cô­té-là, ça tire, là­bas, ça ex­plose ! » . L'agi­ta­tion est to­tale. « Un hé­li­co­ptère tourne au­tour du stade, les gens courent par­tout, nous aus­si, on court… » Sa voi­ture ne se trouve plus qu'à 200 mètres, mais des bar­rières de po­lice l'empêchent d'al­ler plus loin. « Vous dé­ga­gez » , en­tend-il des po­li­ciers, qui ra­joutent : « il y a des bouts de corps un peu par­tout, vous ne pas­sez pas ! » . Tout le monde se re­trouve à mar­cher dans le même sens. Un at­trou­pe­ment contrô­lé par les po­li­ciers qui crient cet ordre : « vous en­le­vez vos ca­puches et vous le­vez vos mains ! » . « A cet ins­tant, tu te dis que c'est pos­sible qu'un ta­ré se fasse ex­plo­ser juste à cô­té de toi, re­late le Jeu­mon­tois. A chaque fois que tu en­tends une porte qui claque, tu te dis que ça y est… que c'est la fin ! »

Son épouse fait un ma­laise

Face à la si­tua­tion, sa com­pagne est vic­time d'un ma­laise. Prise en charge par la Croix rouge puis trans­por­tée à l'hô­pi­tal, elle réus­sit à re­prendre ses es­prits. Dans la nuit, le couple a pu re­ga­gner Jeumont grâce à un ami. Une fois ar­ri­vé dans le Nord, tard dans la nuit, Ben­ja­min Saint-Huile a vrai­ment pris conscience de l'am­pleur du drame. De­puis, il se re­met pé­ni­ble­ment de cette nuit qui res­te­ra comme « le mo­ment le plus trau­ma­ti­sant de toute ma vie. » Au­jourd'hui, il ne sait pas s'il pour­ra de nou­veau se rendre dans un stade de football. « Il fau­dra bien y re­tour­ner un jour » , concède-t-il. Mais clai­re­ment, le plus tard se­ra le mieux...

Foot­bal­leur émé­rite, Ben­ja­min Saint-Huile est aus­si un fervent sup­por­ter.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.